De nombreux Ukrainiens refoulés aux frontières allemandes

Près d’un cinquième des personnes refoulées lors des contrôles aux frontières allemandes sont de nationalité ukrainienne, soulignent des statistiques du gouvernement consultées par Euractiv.

EURACTIV Allemagne
Last special train with Ukraine refugees arrives at Messbahnhof station
Depuis début novembre 2022, l'État de Basse-Saxe a atteint son quota d'accueil d'Ukrainiens en quête de protection et redirige depuis les nouveaux arrivants à la gare de Laatzen vers d'autres Länder. [Michael Matthey/picture alliance via Getty Images]

BERLIN — Près d’un cinquième des personnes refoulées lors des contrôles aux frontières allemandes sont de nationalité ukrainienne, soulignent des statistiques du gouvernement consultées par Euractiv.

Ces résultats sont surprenants, car les Ukrainiens fuyant l’invasion de leur pays par la Russie peuvent normalement bénéficier d’une protection et d’un séjour temporaire dans n’importe quel État de l’Union européenne (UE). Ils sont également autorisés à voyager au sein de l’espace Schengen pour leurs loisirs.

Pourtant, les statistiques gouvernementales demandées par le parti allemand Die Linke (La Gauche), et consultées par Euractiv, révèlent que les Ukrainiens représentent un cinquième (19,1 %) des personnes qui se sont vues refuser le passage de la frontière allemande depuis août 2023 — le deuxième groupe le plus important après les Syriens (19,8 %). Une information rapportée pour la première fois par l’Agence de presse allemande (dpa) la semaine dernière.

Les données couvrent principalement la période pendant laquelle l’Allemagne a considérablement renforcé les contrôles à ses frontières, des contrôles qui avaient été théoriquement supprimés avec l’entrée dans l’espace Schengen.

Le gouvernement avait d’abord introduit de nouveaux contrôles aux frontières avec la Pologne, la République tchèque et la Suisse en octobre 2023, qui s’étaient ajoutés à ceux de la frontière autrichienne. Les contrôles aux autres frontières ont été mis en place en septembre dernier.

Le nombre de personnes refoulées a donc bondi, passant de 35 618 l’année précédente à quelque 45 000 en 2024 (jusqu’en novembre), alors même que le nombre d’arrivées illégales enregistrées a diminué.

Le nombre élevé d’Ukrainiens refoulés s’explique par les tentatives de plusieurs d’entre eux de se réinstaller en Allemagne depuis d’autres États membres de l’UE où ils ont obtenu une protection.

Dans une déclaration obtenue par Euractiv mardi, le ministère de l’Intérieur allemand soutient que ces tentatives, menées sans autorisation préalable, sont l’une des raisons pour lesquelles les Ukrainiens ont pu être refoulés.

Un débat national sur les généreuses allocations de chômage accordées aux réfugiés ukrainiens en Allemagne par rapport aux autres États membres de l’UE divise actuellement le pays. Les chrétiens-démocrates (CDU/CSU), en tête des sondages pour les prochaines élections, ont promis de réduire les allocations versées aux Ukrainiens afin d’encourager l’emploi.

Selon un porte-parole du ministère de l’Intérieur, certains Ukrainiens ont été refoulés parce qu’ils ne disposaient pas des documents de résidence requis par certains États de l’UE pour voyager à des fins touristiques dans l’espace Schengen.

Les refoulements à la frontière sont un sujet sensible durant la campagne électorale, certains partis accusant la CDU/CSU d’enfreindre le droit européen en prévoyant de refouler sans distinction toutes les personnes entrant illégalement sur le territoire, y compris les demandeurs d’asile.

« Cela ignore complètement le fait que les forces frontalières rejettent déjà des personnes à grande échelle », souligne Clara Bünger, députée Die Linke, en pointant les statistiques.

« Le débat sur la migration est complètement déconnecté de la réalité. »

(LG)