Des bombardiers « bios » pourraient bientôt survoler Benghazi
Des biocarburants seront utilisés pour alimenter la moitié de la flotte de l'US Air Force (USAF) d'ici 2016. Cette décision a été prise suite à un vol d'essai réussi réalisé avec un avion de chasse F-22 à des vitesses supersoniques, et ce en utilisant un mélange composé à 50 % de biocarburant et à 50 % de carburant traditionnel.
Des biocarburants seront utilisés pour alimenter la moitié de la flotte de l'US Air Force (USAF) d'ici 2016. Cette décision a été prise suite à un vol d'essai réussi réalisé avec un avion de chasse F-22 à des vitesses supersoniques, et ce en utilisant un mélange composé à 50 % de biocarburant et à 50 % de carburant traditionnel.
Le 18 mars, un avion Raptor a volé à 12 200 m (40 000 pieds) et à une fois et demie la vitesse du son. Cet avion était alimenté à 50 % par un biocarburant dérivé de la Camelina Sativa, une espèce de la famille des moutardes.
Jeff Braun, directeur de l'Alternative Fuels Certification Division (en français : division de certification des carburants alternatifs) de l'USAF a déclaré que il s'en était « parfaitement » sorti.
Ces avions font partie des principaux appareils destinés aux opérations de l'armée des Etats-Unis et ils devaient permettre de renforcer la zone d'exclusion aérienne en Libye, même si jusqu'à présent, ils n'ont pas encore été utilisés.
Ce test fructueux ouvre la voie à une application plus large des biocarburants alors que l'USAF entame un tournant dans sa politique qui, selon les observateurs, serait motivée autant par la sécurité énergétique que par la question environnementale.
L'UE a également pour objectif d'atteindre une part de 10 % de biocarburants pour les transports d'ici 2020 et finance le programme « Clean Sky » à hauteur de 1,6 milliards d'euros pour réduire le CO2 et les émissions sonores de 50 %, ainsi que les émissions d'oxyde d'azote de 80 %, d'ici 2020 par rapport aux niveaux de 2000.
Alexandre Dossat, porte-parole de l'organisation Aerospace and Defence à Bruxelles, a affirmé que nous avions maintenant la « preuve » que les biocarburants pouvaient fonctionner pour les avions à des vitesses subsoniques et supersoniques.
Mais pour ne pas prendre de retard dans la course mondiale aux biocarburants, « des décisions devraient être prises aujourd'hui en Europe », a-t-il expliqué.
« Nous avons besoin d'un développement massif de la production », a-t-il dit à EURACTIV, « et cela requiert le soutien des autorités politiques afin que des incitations législatives et des subventions soient rendues disponibles pour s'assurer que les biocarburants prennent leur envol à temps ».
Utilisation des terres
Toutefois, les biocarburants restent controversés dans certains milieux à cause des modifications de l'affectation des sols avec lesquelles ils vont souvent de pair, selon Sebastian Risso, porte-parole pour Greenpeace.
« Les biocarburants sont obtenus à partir de végétaux et cela nécessite donc beaucoup de terres », a-t-il déclaré à EURACTIV. « Mais la plupart des terres dans le monde sont déjà utilisées, ce qui suscite des répercussions : l'utilisation forcée d’autres terres situées ailleurs ou le départ contraint de communautés qui vivent sur certaines terres », a-t-il ajouté, mentionnant des études qui montrent une augmentation des gaz à effet de serre causée par l'expansion de l'agriculture.
La solution de M. Risso, qui consiste à répondre à la demande et notamment celle des vols à courte distance, a étonnamment reçu le soutien d'un membre du secteur des biocarburants qui a souhaité garder l'anonymat.
« Je ne suis pas sûre qu'une croissance du marché des biocarburants soit une chose positive », a-t-il ajouté. « Nous devrions préciser l'origine des matières premières et nous assurer que la source est durable ».
La biocarburant de « première génération » dérivé de la Camelina est actuellement testé et présenté comme un carburant qui peut être cultivé sur des « terrains à l'abandon » ou sur d'autres terres impropres à la culture.
Produit par OUP Honeywell, il a déjà été utilisé pour alimenter d'autres avions de l'USAF, comme le Green Hornet et le Thunderbolt II.
Un analyste prévoit que d'ici 2025, près de quatre milliards de litres de biocarburant Camelina seront produits pour l'aviation et les secteurs biodiesels, sur un marché qui vaut 5,5 milliards de dollars.
Mais même si les affirmations du secteur sur le fait que le Camelina émet 75 % de CO2 de moins que les carburants traditionnels pour l'aviation, ils contribueront encore au réchauffement climatique.
« Les biocarburants sont une bonne chose s'ils sont utilisés de manière durable, mais nous consommons trop d'énergie », a insisté un membre du secteur. « Le problème est notre demande en énergie, et elle est gigantesque ».