Des procès pour responsabilité climatique devraient voir le jour bientôt
Un éminent professeur de climatologie affirme que les nouvelles preuves du lien entre réchauffement climatique et précipitations extrêmes est tout à fait essentiel pour élaborer une méthodologie qui pourrait permettre de poursuivre en justice les sociétés productrices de combustibles fossiles en vertu de leur responsabilité dans les catastrophes climatiques.
Un éminent professeur de climatologie affirme que les nouvelles preuves du lien entre réchauffement climatique et précipitations extrêmes est tout à fait essentiel pour élaborer une méthodologie qui pourrait permettre de poursuivre en justice les sociétés productrices de combustibles fossiles en vertu de leur responsabilité dans les catastrophes climatiques.
Deux études ont été publiées dans le magazine Nature le 16 février, utilisant des modèles complexes de simulation par ordinateur pour évaluer le rapport entre les gaz responsables du réchauffement climatique et les précipitations extrêmes.
Un document stipule que les émissions de gaz à effet de serre ont accru de manière significative les risques entraînés par les inondations de l'automne 2000 au Royaume-Uni.
Dans neuf cas sur dix, leur modèle a montré un risque d'inondation accru de 20 % et dans deux tiers des cas, une augmentation de plus de 90 %.
Le professeur Carlo Jaeger de la Potsdam University for Climate Impact Research, qui a réalisé une étude qui relie les émissions de carbone aux vagues de chaleur en Europe en 2003, a confié à EURACTIV que la méthodologie utilisée dans cette étude avait d' « énormes conséquences », même si elle est toujours en évolution.
« Il est extrêmement important d'avoir une méthode qui nous permet d'évaluer les fractions de probabilité et à quel point les dés sont pipés car au tribunal, c'est ainsi que sont réglées les questions de responsabilités », a-t-il déclaré.
« Si vous avez un accident, la Cour [pourrait] demander : « Quelle fut la contribution des producteurs ou d'autres entités à cet accident ? » Les dommages sont alors répartis en fonction de ces proportions ».
Déluge aux Royaume-Uni en 2000
Le déluge de l'automne 2000, qui a inondé plus de 10 000 foyers, a donné lieu à l'automne britannique le plus humide depuis 1766 et a causé 1,3 milliard de livres sterling de pertes pour les assurances.
S'il était possible de prouver définitivement que le changement climatique a augmenté de 20 % la probabilité de subir des inondations, alors la même part de dommages pourrait théoriquement devoir être versée par les sociétés qui y ont contribué.
« Si cela arrive un jour, s'il est possible que ça marche, c'est une autre histoire », admet le professeur Jaeger. Les systèmes informatiques utilisés dans cette étude dépendent fortement des prévisions saisonnières qui ne sont pas toujours fiables, a-t-il ajouté.
« Mais ces méthodes évoluent et je suis sûr que nous serons capables d'établir des fractions de risque attribuables et d'allouer des fractions de dommage », a-t-il déclaré.
La méthodologie utilisée par l'équipe de chercheurs de l'université d'Oxford qui ont rédigé le rapport implique de réaliser des milliers de simulations par ordinateur pour comparer l'état de l'atmosphère avec une projection de ce qu'elle aurait pu être sans les émissions anthropiques de gaz à effet de serre.
L'impact des futures projections de précipitations dans les rivières britanniques a donc été évalué.
Plus d'un milliard d'heures de travail sur ordinateur furent offertes par 300 000 membres du public pour aider à mener cette étude via le projet climateprediction.net.
Un lien de causalité difficile à établir
Alors qu'aucun scientifique ne peut définitivement affirmer avoir établi un lien de causalité entre des évènements climatiques et l'émission humaine de gaz à effet de serre, on sait qu'une atmosphère plus chaude est plus humide du fait d'un processus d'évaporation accéléré.
Une formule établit que pour chaque degré en plus à la surface de la Terre, il y aura de 6 à 7 % supplémentaires d'humidité dans l'air.
Un autre document d'étude dans la même rubrique du magazine Nature va encore plus loin, affirmant avoir trouvé la preuve d'un lien entre les émissions de gaz à effet de serre et le plus grand nombre d'inondations dans l'hémisphère nord.
Les projections climatiques des chercheurs de l'Université de Victoria au Canada semblent refléter les mesures pluviométriques de manière tellement précise que les résultats ne pourraient pas être expliqués par une variation naturelle.
Le rapport précise que les impacts des changements futurs en termes de précipitations extrêmes pourraient bien être sous-estimés car les modèles ont tendance à sous-estimer les inondations liées au réchauffement.
Le professeur Jaeger a précisé qu'il n'était « pas toujours très sage de crier au loup et de créer des simulations spectaculaires ». Mais il a cité deux conséquences immédiates de l'étude.
« Tout d'abord, c'est très bien de planter des arbres. Il faut mentionner les gros efforts de reforestation réalisés dans la région de la Méditerranée et ailleurs. Ensuite, nous devons accorder plus d'espace à nos rivières. Si nous ne le faisons pas, les probabilités d'avoir des inondations augmentent énormément, même sans changement climatique ».
Il s'agit d'une chose que nous aurions déjà dû apprendre à faire, et « d'ailleurs, les rivières sont plus belles quand on leur donne plus d'espace », a-t-il conclu.