Différend au sein de la gauche espagnole sur la « victoire » contestée de Nicolás Maduro au Venezuela

La parti de gauche Sumar a connu une scission idéologique cette semaine. Yolanda Díaz a appelé à la « reconnaissance des résultats » des élections contestées au Venezuela, contre la volonté d'autres partenaires de gauche.

/ EFE avec EURACTIV.com
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Yolanda Diaz (G) et Pedro Sánchez (D) [Shutterstock/Fernando Astasio Avila]

La parti de gauche Sumar, un partenaire mineur du gouvernement espagnol dirigé par les socialistes, a connu une scission idéologique cette semaine. Son ancienne dirigeante et actuelle ministre du Travail, Yolanda Díaz, a appelé à la « reconnaissance des résultats » des élections contestées au Venezuela, contre la volonté de nombreux autres membres de la coalition de gauche espagnole.

Sumar est un partenaire minoritaire du gouvernement de Pedro Sanchez (PSOE, S&D), avec lequel il partage les portefeuilles ministériels du pays.

Quelques heures après l’annonce de la victoire de Nicolás Maduro par le Conseil national électoral vénézuélien (CNE), lundi 29 juillet, Yolanda Díaz a appelé à reconnaître sa victoire. Pourtant, des prestigieuses institutions internationales dont le Centre Carter, observateur de ces élections, ont exprimé des inquiétudes quant à la transparence de ce scrutin controversé.

« La première étape est de reconnaître les résultats des élections, ce que font les démocrates du monde entier, et la seconde est simple : face aux doutes, transparence, transparence et transparence », a réagi l’ancienne dirigeante de Sumar, une coalition composée d’une douzaine de partis de la gauche radicale, quatrième force du parlement espagnol.

Cependant, la position du gouvernement espagnol, récemment exprimée par le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares (PSOE/S&D), est d’exiger une « transparence totale » de la part de Caracas, et une « vérification » des résultats des élections, a rapporté EFE, partenaire d’Euractiv.

De son côté, la dirigeante de l’opposition vénézuélienne María Corina Machado a écrit dans un article d’opinion publié jeudi 1er août dans le Wall Street Journal qu’elle craignait pour sa vie, tout en dénonçant une nouvelle fois Nicolás Maduro pour « fraude électorale ».

« Nicolás Maduro n’a pas remporté l’élection présidentielle vénézuélienne de ce dimanche. Il a perdu haut la main face à Edmundo González Urrutia (le candidat de l’opposition), avec 67 % des voix contre 30 %. Je sais que c’est vrai parce que je peux le prouver », a pointé la dirigeante de l’opposition.

Pourtant, le Conseil national électoral du Venezuela a proclamé lundi Nicolás Maduro président, avec 51,2 % des voix, contre 44,2 % pour Edmundo González Urrutia.

Les États-Unis ne reconnaissent pas non plus les résultats des élections. Le secrétaire d’État Antony Blinken a indiqué cette semaine qu’il existait des « preuves accablantes » qu’Edmundo González avait remporté « la majorité des voix ».

L’un des principaux points de discorde reste le fait que le décompte officiel des voix n’a pas encore été publié, alors qu’une partie de la gauche radicale espagnole s’est d’abord empressée de reconnaître la validité des données officielles.

Dans ce contexte complexe, les propos tenus par Yolanda Díaz lundi 29 juillet ont provoqué un tsunami politique en Espagne. Certaines des entités qui composent la coalition de gauche, dont le parti régional Más Madrid, ont pris leurs distances par rapport à ses positions initiales en faveur de Nicolás Maduro.

Dans un message sur X, la dirigeante de Más Madrid et actuelle ministre de la Santé, Mónica García, a appelé à une transparence totale du processus électoral au Venezuela, tout en demandant que la volonté du peuple vénézuélien soit respectée, a rapporté EFE.

« Des garanties de vérification et de transparence sont nécessaires, une condition de base dans n’importe quelle partie du monde, comme l’ont demandé les présidents (Gabriel) Boric (Chili), (Gustavo) Petro (Colombie), Luiz Inácio Lula da Silva (Brésil) et les organisations internationales », a écrit Más Madrid dans un communiqué.

Nicolás Maduro a remercié Yolanda Díaz, avant de supprimer le message

La réaction initiale pro-Maduro d’une grande partie de l’extrême gauche espagnole a été immédiatement reprise par le président vénézuélien, qui a remercié Yolanda Diaz avant de supprimer son post, sans doute pour éviter d’embarrasser les partenaires de Pedro Sánchez au sein de l’exécutif.

« Au nom du peuple vénézuélien, nous remercions le gouvernement espagnol d’avoir reconnu les élections présidentielles de 2024 qui se sont tenues hier dans notre pays », avait écrit Nicolás Maduro dans un message supprimé peu de temps après sur X lundi.

Le parti de gauche Izquierda Unida, membre de Sumar, s’est également retrouvé au cœur d’une controverse après avoir initialement appelé l’opposition vénézuélienne, lundi, à reconnaître la victoire de Nicolás Maduro. Le coordinateur national du parti, Antonio Maillo, a toutefois été contraint d’atténuer son soutien initial au président vénézuélien.

Pendant ce temps, le parti de gauche Podemos, un ancien allié de Sumar, s’est empressé d’exprimer son soutien à Nicolás Maduro.

« Plus d’un millier d’observateurs internationaux ont participé aux élections. Le peuple s’est exprimé et sa volonté doit être respectée. La droite (espagnole et internationale) n’admet la démocratie que lorsqu’elle gagne, et c’est inacceptable », a déclaré Ione Belarra, dirigeante de Podemos et ancienne alliée de Yolanda Díaz.