Divergences idéologiques au G20 [FR]
Dans la dernière ligne droite avant le G20, les perspectives d’une réponse ambitieuse et coordonnée à la crise ont été assombries par les gouvernements nationaux des deux côtés de l’Atlantique qui mènent des politiques nationales sectaires.
Dans la dernière ligne droite avant le G20, les perspectives d’une réponse ambitieuse et coordonnée à la crise ont été assombries par les gouvernements nationaux des deux côtés de l’Atlantique qui mènent des politiques nationales sectaires.
Lors d’une conférence de presse avant le sommet européen la semaine dernière, le premier ministre anglais Gordon Brown a insisté sur le besoin de stratégies de sortie de crise coordonnées. Questionné pour savoir s’il faisait référence au timing ou à la nature de ces stratégies, M. Brown a répondu que ces deux aspects seraient éclaircis lors des discussions du G20 (24-25 septembre). Cependant, selon les décideurs politiques et les économistes, les attentes d’un accord historique comme celui de Bretton Woods ont peu de chances d’être satisfaites.
Les chefs d’Etats et de gouvernements européens se sont rencontrés à Bruxelles le 17 septembre pour s’accorder sur une position avant les discussions de Pittsburgh. La déclaration finale du sommet parle d’unité sur les stratégies de sortie de crise une fois que la relance sera ancrée (EURACTIV 18/07/09).
Lors d’une réunion du Conseil après le sommet, le premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt, dont le pays occupe actuellement la présidence tournante de l’UE, a déclaré qu’expliquer en quoi consistera cette stratégie de sortie sera l’un des sujets principaux du sommet de Pittsburgh.
M. Reinfeldt a également affirmé que les négociations au G20 incluraient la question d’une action urgente contre le chômage en forte hausse, qui devrait atteindre 11 % en 2010 selon les prévisions, un record dans la période d’après guerre. Chaque personne au chômage est une opportunité perdue pour la croissance et la prospérité future. Nous devons agir et renverser la situation, a-t-il dit.
Mais les décideurs politiques européens craignent que les dirigeants mondiaux n’oublient la situation globale lors du sommet. La réforme financière, ce n’est pas que les bonus, explique Alexandra Pardal, en charge des politiques européennes au Parti socialiste européen. Nous faisons face à une crise de l’emploi et l’UE se doit d’agir contre cela, a-t-elle dit.
S’exprimant mardi (22 septembre), la ministre de l’économie française Christine Lagarde a déclaré qu’elle était inquiète que les signes de reprise créent un sentiment de vanité venant saper les discussions à Pittsburgh.
Cette rencontre constitue un vrai défi, a-t-elle dit lors d’une conférence de presse, nous assistons actuellement, notamment aux Etats-Unis, à des signes de reprise suffisants pour que de nombreux acteurs disent « retournons à nos vieilles habitudes et menons nos affaires comme nous le faisions dans le passé», a-t-elle expliqué.
Il y a clairement un lobby à Londres qui souhaite défendre becs et ongles ses avantages comparatifs, a déclaré mercredi (23 septembre) le ministre allemand des finances Peer Steinbrück, attaquant le Royaume-Uni qui bloque des règlementations plus strictes pour l’industrie.
En Allemagne, les économistes en chef des plus grandes banques du pays ont violemment attaqué la chancelière Angela Merkel pour avoir fait du problème de la culture des bonus la question principale, et ils l’ont accusé d’utiliser cette question comme tremplin électoral, jouant sur la jalousie des électeurs pour les salaires des banquiers.
Divergence transatlantique trop grande pour que quelque chose ne change
Un désaccord fondamental sur la cause de la crise et sur les moyens de la résoudre pourrait saper le potentiel de Pittsburgh de mettre en place des règles contraignantes, selon Simon Tilford, économiste en chef au Centre for European Reform.
Il y a quelques mois, ont eu lieu des discussions sérieuses en faveur d’un contrat du type de celui de Bretton Woods pour les politiques macroéconomiques, c’est-à-dire, baisser les excédents et les déficits, mais aujourd’hui, il est peu probable que l’on assiste à la conclusion d’un accord substantiel sur la gestion de l’économie internationale, a-t-il dit.
L’administration américaine va observer les négociations du G20 afin de résoudre la question du déséquilibre mondial dans l’ordre économique mondial, qui dans l’esprit des Américains constitue la raison du déclenchement de cette crise, explique M. Tilford. En Europe, les déséquilibres globaux ne sont pas perçus de la même manière.
Le projet soumis affirme que les membres du G20 avec des balances de paiements courantes excédentaires doivent s’engager à mettre en place des politiques visant à dynamiser la croissance interne tirée par la demande.
L’économiste affirme que les Etats-Unis insisteront pour que des actiosn soient prises pour stimuler la demande interne des pays et faire décroître ses propres excédents. Cette position n’est pas tenable car c’est une position égoïste qui pourrait conduire à un renouveau du protectionnisme, a ajouté M. Tilford.
Cependant, l’économiste insiste pour dire qu’un rééquilibrage est nécessaire pour s’assurer que la reprise ne soit pas de courte durée, parce que des excédents importants et des déficits élevés agiront comme un frein pour l’économie mondiale.
L’Allemagne, reine des querelles de clocher
De tous les Etats membres de l’UE, c’est l’Allemagne qui a montré l’engagement le plus faible, selon M. Tilford. L’économiste a qualifié l’approche du pays de nombriliste, affirmant qu’il retourne aux pratiques habituelles : compter sur les exportations et ignorer le besoin de stimuler la demande nationale.
Sur la question des déséquilibres, Berlin a refusé d’écouter les appels à un mécanisme contraignant pour encourager la demande domestique et a affirmé précédemment que le maximum auquel il consentirait serait un mécanisme de surveillance politique.
Les élections de cette semaine en Allemagne et les élections régionales de l’année prochaine ont suscité une prise de distance avec le discours vigoureux favorable à une stratégie coordonnée de sortie de crise. Le ministre des Finances M. Steinbrück a annoncé des réductions de dépenses et des augmentations des impôts, peu avant la réunion du G20.
De même, le Royaume-Uni a suivi son propre agenda pré-G20, et a annoncé de radicales réductions de dépenses publiques destinées à renforcer la relance du pays (EURACTIV 17/09/09).
Division idéologique au Parlement européen
La division mondiale sur le moyen de sortir de la crise – forger des stratégies de sorties de crise ou encourager l’emploi et réguler les services financiers – est aussi une pomme de discorde au Parlement européen.
Selon Alexandra Pardal, un brèche béante existe entre la gauche et la droite et elle insiste pour dire que les priorités dans l’UE et au G20 ne devraient pas être des stratégies de sortie mais plutôt des stratégies de rentrée : des mesures pour créer et sauvegarder l’emploi et la croissance.
Mme Pardal villipende le PPE, mené par la chancelière allemande Angela Merkel, pour sa position irresponsable, selon ses termes, sur les stratégies de sortie dans le sillage de l’augmentation du chômage de masse et de l’explosion des déficits publics. Elle critique aussi la présidence suédoise de l’UE pour avoir prématurément fait campagne pour les stratégies européennes de sortie.
Les ambitions de la gauche européenne
« Fermez les paradis fiscaux ! » est l’un des appels les plus ambitieux d’une nouvelle campagne intitulée « Régulez la finance mondiale maintenant ! » lancée ce lundi (21 septembre) à Bruxelles par le dirigeant du Parti des socialistes européens (PSE), Poul Nyrup Rasmussen. La nouvelle campagne vise à aller de pair avec une initiative similaire aux Etats-Unis, « Les Américains pour la réforme financière ».
Le PSE affirme avoir une forte relation de travail avec d’importants démocrates américains depuis huit ans, et se trouve actuellement en dialogue sur la crise financière avec Barney Frank, un membre du Congrès de premier plan. Aujourd’hui (23 septembre), le chef du parti, M. Rasmussen, prend part à des négociations au cours de la Clinton Global Initiative.
L’ancien premier ministre danois, qui est selon certains le plus farouche défenseur d’une régulation renforcée des marchés financiers, a critiqué la présidence suédoise de l’UE pour avoir affaibli la position de l’UE sur la réforme financière au lancement de la campagne, en particulier en ce qui concerne un impôt sur les transactions financières et une directive de régulation des fonds d’investissements alternatifs.