Élections en Turquie : Recep Tayyip Erdoğan affronte un candidat de centre gauche au second tour

La course à la présidence de la Turquie se jouera lors du second tour, car ni le président sortant Recep Tayyip Erdoğan ni son rival de centre gauche Kemal Kiliçdaroglu n’ont obtenu la majorité des voix.

Euractiv.com
Turkey holds general election
Il s’agit de la course la plus serrée de l’histoire de la Turquie depuis l’arrivée au pouvoir du président Erdoğan il y a plus de vingt ans. Bien que ce dernier soit loin d’une défaite puisqu’il a obtenu 49,39 % des voix, il n’a pas atteint la majorité requise pour s’assurer une victoire au premier tour. Le candidat du Parti républicain de Turquie (CHP), Kemal Kiliçdaroglu, a réussi à obtenir 44,92 % des voix. [EPA-EFE/TOLGA BOZOGLU]

La course à la présidence de la Turquie se jouera lors du second tour, car ni le président sortant Recep Tayyip Erdoğan ni son rival de centre gauche Kemal Kiliçdaroglu n’ont obtenu la majorité des voix.

Il s’agit de la course la plus serrée de l’histoire de la Turquie depuis l’arrivée au pouvoir du président Erdoğan il y a plus de vingt ans. Bien que ce dernier soit loin d’une défaite puisqu’il a obtenu 49,39 % des voix, il n’a pas atteint la majorité requise pour s’assurer une victoire au premier tour. Le candidat du Parti républicain de Turquie (CHP), Kemal Kiliçdaroglu, a réussi à obtenir 44,92 % des voix sur les 91,93 % de votes dépouillés.

« Bien que les résultats ne soient pas encore clairs, nous sommes largement en tête », a annoncé M. Erdoğan à ses partisans à Ankara tôt ce lundi (15 mai).

Le président sortant a perdu la faveur de nombreux électeurs en raison des performances économiques médiocres de la Turquie, de l’inflation galopante et de la mauvaise gestion du violent séisme qui a coûté la vie à plus de 50 000 personnes dans le sud-est du pays.

Son concurrent, Kemal Kiliçdaroglu, s’est engagé à mettre fin à la montée de l’autoritarisme en Turquie et à rétablir l’indépendance de la justice, de la banque centrale et des médias. Le candidat du CHP a ainsi réussi à obtenir le soutien du parti nationaliste Bon Parti (IYI) et du Parti de la gauche verte (YSP).

Lundi matin, M. Kiliçdaroglu a déclaré à la presse que la « volonté de changement dans la société est supérieure à 50 % ».

Les nationalistes, faiseurs de rois

Au second tour, le vote des électeurs du troisième candidat à la présidence, Sinan Oğan (5,3 % des voix), sera décisif.

À l’origine, Sinan Oğan faisait partie du Parti d’action nationaliste (MHP), actuellement dans la coalition au pouvoir avec le Parti de la justice et du développement (AKP) du président Erdoğan. Cependant, il s’est fortement opposé au soutien politique du MHP à M. Erdoğan en 2015 et a finalement quitté son parti en 2017 après que le MHP a soutenu le référendum visant à changer le système politique en une république présidentielle.

Le camp nationaliste est fortement divisé. En effet, alors que le MHP soutient Recep Tayyip Erdoğan, le parti IYI, fondé en 2017 par la femme politique Meral Akşener, est la deuxième force la plus puissante de la coalition du rival du président sortant, M. Kiliçdaroglu.

Une autre figure nationaliste soutenant l’opposition est le maire d’Ankara, Mansur Yavaş, qui a commencé sa carrière politique au sein du MHP avant de passer au CHP en 2013.

Ces figures nationalistes de premier plan pourraient donc faire pencher la balance et inciter les électeurs nationalistes à voter pour M. Kiliçdaroglu lors du prochain tour.

« Je considère que les électeurs de M. Oğan ont plus d’options avec l’opposition, qui peut présenter des nationalistes populaires comme Mme Akşener et M. Yavaş », a confié à EURACTIV Nate Schenkkan, directeur principal de la recherche pour Freedom House.

Toutefois, il a ajouté que cela ne sera pas automatiquement le cas, puisqu’il y aura « une forte concurrence pour ces votes en cas de second tour ».

Des élections justes et équitables ?

La crainte que les élections soient injustes et inégales a été exprimée avant le scrutin, les experts estimant que le processus électoral pourrait être biaisé en faveur du gouvernement.

Ces inquiétudes se sont principalement manifestées dans la manière dont les votes ont été comptés et dans les nombreux appels au recomptage des voix lancés par le gouvernement pour retarder le processus.

Le chef de l’opposition, M. Kiliçdaroglu, s’est dit préoccupé par le rythme du décompte des voix, des objections répétées ayant entravé certains décomptes. « Ne bloquez pas la volonté de cette nation. Je lance un appel à nos travailleurs de la démocratie sur le terrain. Ne quittez jamais les urnes et les bureaux de vote. Nous sommes ici jusqu’à ce que chaque vote soit compté », a-t-il indiqué sur Twitter.

L’agence de presse publique Anadolu a également été fortement critiquée pour avoir faussé le décompte en faveur d’Erdoğan. Au début du dépouillement des votes, l’agence de presse avait annoncé une avance de 25 % pour M. Erdoğan. Le CHP, parti de centre gauche, n’a pas tardé à remettre en question l’authenticité des résultats.

Selon M. Schenkkan de Freedom House, cette pratique est utilisée pour orienter le discours et démoraliser l’opposition.

« Tout cela a suscité des inquiétudes quant à la sécurité du scrutin et à la qualité du décompte des voix. Mais l’opposition a montré qu’elle était bien préparée à cette stratégie », a-t-il indiqué à EURACTIV.

« Ils ont des observateurs dans tout le pays et leurs messages ont été cohérents et opportuns afin d’empêcher le gouvernement de contrôler le discours », a-t-il expliqué.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]