Elections italiennes : le rôle de l’Europe dans la formation de l’alliance de droite en Italie

La tendance des responsables politiques italiens à miser sur les structures et les institutions de l’Union européenne pour renforcer leur image au niveau national est mise en évidence dans le cadre des élections nationales à venir.

EURACTIV.com
Anti-government rally in Rome
(de gauche à droite) Le chef du parti Forza Italia, Silvio Berlusconi, le chef du parti Fratelli d’Italia, Giorgia Meloni et le secrétaire de la Ligue, Matteo Salvini. [EPA-EFE/ALESSANDRO DI MEO]

La tendance des responsables politiques italiens à miser sur les structures et les institutions de l’Union européenne pour renforcer leur image au niveau national est mise en évidence dans le cadre des élections nationales à venir, au cours desquelles 12 des 76 députés européens italiens ont présenté leur candidature.

Le parti d’extrême droite Fratelli d’Italia (Frères d’Italie), actuel favori des élections du 25 septembre, a bénéficié du « cursus honorum » de Bruxelles.

Selon l’institut de sondage Ipsos, Fratelli d’Italia est en tête des sondages avec 24 % des intentions de vote, suivi par le Partito democratico (Parti démocrate, centre gauche, 23 %), la Lega (extrême droite) et le Movimento 5 Stelle (Mouvement 5 étoiles), tous deux à 13,4 %, et Forza Italia (droite libérale) à 8 %.

Fratelli d’Italia a changé de manière significative au cours des dernières années, passant d’un parti souverainiste similaire au Rassemblement national de Marine Le Pen à un parti conservateur national se rapprochant du centre.

La trajectoire européenne du parti a pris un nouveau tournant lorsqu’il a rejoint le groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) au Parlement européen en février 2019, devenant ainsi un membre national de premier plan aux côtés du parti Droit et justice (PiS) polonais.

La leader du parti, Giorgia Meloni, est ensuite devenue présidente du groupe CRE en septembre 2020.

« La légitimité de Fratelli d’Italia se construit également au niveau européen via ses liens avec M. Berlusconi et le Parti populaire européen », a déclaré à EURACTIV Edoardo Bressanelli, professeur associé de politique européenne à l’École supérieure Sainte-Anne de Pise.

M. Bressanelli estime que la trajectoire européenne de Fratelli d’Italia a également renforcé ses liens avec le Parti populaire européen conservateur centriste, dont Forza Italia est membre.

En vue des élections à venir, Fratelli d’Italia est allié à Forza Italia ainsi qu’au parti d’extrême droite Lega, siégeant au sein du groupe eurosceptique Identité et Démocratie.

L’eurodéputé Raffaele Fitto de Fratelli d’Italia, actuellement en course pour les élections législatives en Italie, était précédemment membre de Forza Italia de l’ex-Premier ministre Silvio Berlusconi et président de la région des Pouilles.

Bruxelles : « cursus honorum » des responsables politiques italiens

Selon M. Bressanelli, Bruxelles confère davantage de visibilité et de reconnaissance aux responsables politiques dans leur pays d’origine et au sein de leur parti. Cela leur ouvre la voie à des rôles de dirigeants ou de responsables politiques de premier plan.

Néanmoins, tous ne suivent pas le « cursus honorum » de Bruxelles, c’est à dire une succession de postes à responsabilités à un rang toujours plus élevé, avec le même engagement et aux mêmes fins.

Certains responsables politiques préfèrent plutôt occuper l’« arrière ban » dans le cadre de leur mandat européen, sans pour autant assumer d’importantes responsabilités.

D’autres, en revanche, deviennent célèbres grâce à leur travail acharné et à leur rôle au sein du Parlement européen, et finissent par être reconnus en tant que responsables politiques de premier plan susceptibles d’occuper des postes de haut niveau, explique M. Bressanelli.

L’arrière-ban

Silvio Berlusconi et Carlo Calenda peuvent être considérés comme des députés d’arrière-ban au Parlement européen.

Tous deux ont des intérêts politiques différents qui ne sont pas liés à la politique européenne. Le premier figure parmi les responsables politiques les plus absents du Parlement européen, comme le rapportait Europa Today en janvier dernier.

Il est également très impliqué dans la campagne électorale italienne en tant que leader de Forza Italia. Il fait campagne pour des sujets d’intérêt national, tels que l’idée d’une élection générale du président de la République, qui est actuellement soumise à un vote au sein du Sénat italien et de la Chambre des députés.

De Bruxelles à Rome

Antonio Tajani, quant à lui, considéré comme le numéro 2 de Forza Italia après Silvio Berlusconi, a été commissaire européen aux Transports et à l’Industrie et l’Entrepreneuriat (2008-2014) et président du Parlement européen (2017-2019).

« M. Tajani lui-même, étant donné son rôle au Parlement européen plus tard et à la Commission européenne avant, est devenu un leader reconnaissable au sein du groupe du Parti populaire européen (PPE) », a fait valoir l’expert.

L’ancien président social-démocrate du Parlement européen David Sassoli a vu son nom « mentionné à plusieurs reprises pour de hautes fonctions, mais il est malheureusement décédé prématurément », explique M. Bressanelli.

De même, le maire social-démocrate de Rome Roberto Gualtieri — qui n’est pas candidat aux législatives — est devenu un homme politique de premier plan en Italie après être passé par Bruxelles.

D’abord député européen pendant dix ans (2009-2019), il a été ministre de l’Économie au sein du deuxième gouvernement de Giuseppe Conte (septembre 2019 — février 2021).

L’année dernière, M. Calenda a mené une campagne électorale pour la mairie de Rome et dirige désormais, aux côtés de Matteo Renzi, la coalition centriste, dite du « Troisième pôle », composée par leurs partis respectifs, Azione et Italia Viva.

L’interminable campagne électorale qu’il a menée tout en siégeant au Parlement européen illustre clairement la priorité qu’il accorde à la politique locale et nationale.

Mais « le niveau régional peut être plus gratifiant en termes de constitution de réseaux et de construction d’une carrière au sein du parti, plutôt que de rester à Bruxelles », a indiqué M. Bressanelli.