Élections régionales : l’est de l’Allemagne se prépare à une poussée populiste

À quelques semaines d’élections régionales dans certains Länder de l’est de l’Allemagne, le parti d’extrême droite de l’AfD et le mouvement populiste de gauche BSW sont crédités de très bons résultats.

Euractiv.com
AfD Campaigns In Thuringia
Björn Höcke, tête de liste du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) dans l'État de Thuringe, lors d'un évènement de campagne pour les élections de Thuringe, le 11 août 2024 à Sonneberg, en Allemagne. [Getty Images/Stringer]

À quelques semaines d’élections régionales dans certains Länder de l’est de l’Allemagne, le parti d’extrême droite de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) et le mouvement populiste de gauche de l’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW) sont crédités de très bons résultats.

Les électeurs de trois des cinq Länder qui faisaient partie de l’ancienne Allemagne de l’Est se rendront dans quelques semaines aux urnes pour élire de nouveaux gouvernements régionaux. Le scrutin aura lieu le 1er septembre en Thuringe et en Saxe, et le 22 septembre dans le Brandebourg.

Le parti de l’AfD (qui appartient au groupe d’extrême droite de l’Europe des nations souveraines au Parlement européen) pourrait arriver en tête dans deux de ces trois régions, et donc pour la première fois remporter une élection majeure en Allemagne.

L’extrême gauche devrait également réaliser une percée importante. Le parti récemment formé par Sahra Wagenknecht, la BSW, issue d’une scission du mouvement Die Linke, est crédité de 11% à 19% des voix dans les sondages.

Les partis centristes traditionnels devraient en revanche se trouver largement marginalisés, certaines projections suggérant que ces derniers pourraient tous ensemble obtenir moins de la moitié des voix.

« Les Länder d’Allemagne de l’Est ont toujours été différents, en raison de leur histoire et de leur héritage culturel», explique pour Euractiv Constantin Wurthmann, politologue à l’Université d’Erlangen.

Selon nombre d’analystes, les électeurs de l’est de l’Allemagne ont grandi sous une dictature et les problèmes économiques qui ont suivi la réunification contribuent à expliquer leurs réflexes électoraux anti-establishment.

«De nombreuses personnes se considèrent comme des citoyens de seconde zone, dont l’identité est constamment dénigrée », continue Constantin Wurthmann.

À titre de comparaison, l’AfD n’est arrivée qu’en quatrième position lors des élections européennes de juin dans l’ouest du pays, avec 13 % des voix. La BSW n’a quant à elle obtenu que 5 % des suffrages.

49 % pour les populistes

La montée des partis populistes dans l’est du pays n’est pas nouvelle, les partis centristes ayant déjà dû se battre pour rester au pouvoir lors des précédentes élections régionales, souvent dans le cadre de coalitions tripartites.

Mais l’apparition de la BSW accentue encore la pression, rendant parfois impossible la formation de coalitions sans les «petits» partis.

En Thuringe par exemple, les quatre partis centristes traditionnels — l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU, Parti populaire européen), le Parti social-démocrate (SPD, Socialistes et Démocrates européens), les Verts et le Parti libéral-démocrate (FDP, Renew) — ne devraient ensemble que remporter un tiers des voix.

Près de la moitié des votes pourraient aller à l’AfD (30 %) et à la BSW (19 %), soit une augmentation de 25 % par rapport aux dernières élections. La coalition qui gouverne le pays au niveau national, composée du SPD, des Verts et du FDP, ne pourrait recueillir qu’un peu plus de 10% des suffrages.

L’inquiétude des partis centristes

La branche de l’AfD en Thuringe est considérée comme étant particulièrement extrémiste. Son principal dirigeant, Björn Höcke, a ainsi été condamné pour avoir utilisé des slogans nazis.

Friedrich Merz, le chef de file de la CDU, a quant à lui qualifié la BSW de parti « extrémiste de droite sur certains sujets et extrémiste de gauche sur d’autres », compte tenu des positions de gauche du mouvement sur les questions sociales et de son conservatisme sur le plan social.

Selon les sondages, «49 % des électeurs soutiennent deux partis clairement pro-russes (l’AfD et la BSW) », souligne Kai Arzheimer, professeur de sciences politiques à l’Université de Mayence, sur X. Ces deux mouvements sont opposés aux livraisons d’armes à l’Ukraine et aux sanctions contre la Russie.

Qui pour gouverner à l’est ?

Si les résultats des élections venaient confirmer les sondages, certaines régions de l’est du pays pourraient donc être dirigées par des mouvements extrémistes. Le danger ne provient pas d’un gouvernement dirigé par l’AfD, le parti étant soumis à un cordon sanitaire en Allemagne (Brandmauer ).

Mais certaines coalitions pourraient porter la BSW au pouvoir. Pour le politologue Constantin Wurthmann, il faudra en effet que les partis politiques arrivent à coopérer en dépassant leurs différences idéologiques.

Dans le Brandebourg et en Thuringe, la coopération entre la BSW et la CDU, actuellement le plus grand parti d’opposition d’Allemagne, sera probablement nécessaire pour former un gouvernement.

Les deux mouvements ont pourtant des positions différentes sur les questions de défense et sur le soutien à l’Ukraine. Alors que la CDU milite pour le renforcement de l’armée allemande, Sahra Wagenknecht, la leader de la BSW, s’oppose au projet très controversé d’installer des missiles américains à longue portée en Allemagne.

Malgré ces divergences, la CDU n’a pas exclu la possibilité de coopérer avec la BSW au niveau régional.

Les espoirs d’une victoire centriste

Certains espèrent toutefois que les électeurs se rallieront à la dernière minute derrière les candidats centristes, ce qui profiterait à la CDU, notamment en Saxe et en Thuringe.

«Beaucoup de gens me disent qu’ils ont déjà voté pour un autre parti, mais que cette fois-ci, ils voteront pour la CDU», a récemment déclaré à la radio RND le ministre-président de Saxe, Michael Kretschmer (CDU). «Ils veulent que les choses continuent de manière raisonnable et que la Saxe ait un gouvernement stable ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]