Emergence difficile de la filière de capture et stockage de CO2
Ces technologies font partie des instruments mis en avant par l’Agence internationale de l’énergie et l’Union européenne pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Mais la filière devra surmonter beaucoup d’obstacles avant d’exister.
Ces technologies font partie des instruments mis en avant par l’Agence internationale de l’énergie et l’Union européenne pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Mais la filière devra surmonter beaucoup d’obstacles avant d’exister.
Cet article a été publié une première fois en novembre 2011. La capture et le stockage de carbone est à nouveau au coeur de l’actualité avec le projet Ulcos. Nous avons donc décidé de le mettre à jour et de le republier.
Limiter à 2°C le réchauffement de la planète semble déjà hors de portée. Et le retard, sinon l’échec, des discussions internationales sur le climat pour trouver une suite au protocole de Kyoto ne vont pas arranger la situation. Avec le développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, la capture et le stockage de carbone fait partie des outils prévus par la communauté internationale pour limiter les émissions de gaz à effet de serre.
Mais pour que le CSC puisse se développer, la volonté des grands États comme la Chine ou les États-Unis de s’impliquer dans la réduction des émissions de CO2 au niveau mondial est primordiale.
Diminuer de 20% les émissions mondiales
Le procédé de CSC consiste à capturer jusqu’à 90% des émissions de CO2 issues des centrales thermiques ou des usines industrielles, puis à les transporter par pipeline ou bateau jusqu’à des formations géologiques spécifiques, selon la définition du BRGM. Principal gaz à effet de serre, le CO2 est alors stocké au lieu d’être émis dans l’atmosphère. Trois techniques de capture sont aujourd’hui à l’étude : avant, pendant et après la combustion.
Selon l’Agence internationale de l’énergie, la capture et stockage de CO2 pourrait permettre de diminuer de 20% les émissions mondiales d’ici 2050. Mais la filière du CSC n’est aujourd’hui pas viable économiquement. « Il faut un signal d’investissement à long terme, le prix du carbone est une donnée essentielle », estime Patrick Fragman, vice-président capture et séquestration de CO2 chez Alstom.
Or, selon une étude de McKinsey de 2008, entre 2020 et 2030, c’est-à-dire lors de la première période de commercialisation, le coût d’abattement d’une tonne de « CO2 évité » en Europe serait entre 35 et 50 euros. A titre indicatif, aujourd’hui le prix du carbone sur les marchés est tombé à 6 euros. Il est donc plus rentable économiquement de relâcher le CO2 dans l’atmosphère…
Expérimentations européennes
L’Union européenne a décidé de miser sur le CSC et adopté deux directives en 2009. L’une d’entre elles définit le régime juridique applicable au stockage géologique de CO2, l’autre intègre cette technologie dans le système d’échange de quotas d’émissions à partir de 2013. En Europe, les pays comme la Pologne, où le charbon occupe une place importante, ont milité en faveur de cette technique pour atteindre les objectifs européens de lutte contre les émissions de CO2.
La France, dont l’électricité est à 80% d’origine nucléaire, est moins concernée pour elle-même. Le Grenelle de l’environnement prévoit, conformément aux textes européens, l’obligation d’obtenir un permis exclusif de recherche de formations souterraines. Mais il ne comporte aucune disposition sur le régime d’exploitation du stockage géologique du CO2.
Total fait actuellement des tests sur le site de Lacq (Béarn), et un projet sur l’aciérie d’Arcelor Mittal à Florange était à l’étude. L’aciériste a cependant décidé de se retirer de cette initiative, mercredi 6 décembre 2012.
Ce sont surtout les perspectives d’exportation, particulièrement en Chine, qui poussent les grandes entreprises françaises comme Alstom, Air liquide ou encore Total à développer la technologie du CSC.
Reste que la filière en est aujourd’hui encore au stade de l’expérimentation. Sur 238 projets pilotes ou démonstrateurs programmés dans le monde, dont 80 de grandes tailles, 9 seulement sont déjà construits.
Au-delà du coût trop élevé du carbone, le développement de la filière est aujourd’hui freiné par le prix des démonstrateurs. En temps de crise, la marge de manœuvre des pouvoirs publics pour amorcer la pompe est très faible.
Un retour d’expérience insuffisant
L’AIE estime à 433 milliards d’euros dans l’énergie et 438 milliards dans l’industrie, les investissements nécessaires entre 2010 et 2050 pour cette technologie pour diviser par deux les émissions de gaz à effet de serre en comparaison avec 2005.
Depuis plusieurs années, l’idée d’inclure le CSC dans les mécanismes de développement propres (MDP) instaurés par le protocole de Kyoto est sur la table. Le principe du MDP est simple : en échange du développement de technologies dans les pays en développement, les États développés obtiennent des crédits carbones. Mais rien n’a abouti pour le moment, et en cas d’échec de la conférence de Durban, l’existence même des MDP pourrait être remise en question.
Reste enfin à convaincre que les risques du CSC sur l’environnement sont maîtrisés. A Lacq, l’État vient d’octroyer à Total un délai pour prolonger l’expérimentation de captage et d’injection de dioxyde de carbone. L’entreprise a rencontré quelques ratés lors de l’enfouissement. « Quelle est la fiabilité de ces gisements, du stockage? Cette technique est tout sauf rassurante », se lamente Daniel Delestre de France Nature Environnement.
Selon une étude de l’Ineris en 2010, le captage, le transport et le stockage de CO2 peuvent générer notamment des risques d’éruptions, des fuites massives ou diffuses de CO2…Le texte ajoute que l’évaluation des risques souffre « d’un cruel manque de retour d’expérience ». Au début de l’année 2011, une autre étude a souligné la nécessité de poursuivre les recherches sur le stockage.