En Allemagne, les agriculteurs craignent l’adhésion de l’Ukraine à l’UE

L’adhésion de l’Ukraine, véritable puissance agricole, à l’UE entraînerait la « mort » de l’agriculture familiale, a averti le syndicat agricole allemand Deutscher Bauerverband (DBV), face aux inquiétudes croissantes concernant la direction que prendra la Politique agricole commune (PAC) dans le futur.

EURACTIV Allemagne
German Chancellor attends ceremony marking 75th anniversary of the German Farmers’ Association
Début novembre, la Commission européenne recommandait d’ouvrir les négociations d’adhésion avec l’Ukraine. Joachim Rukwied, président de la DBV a vivement réagi à cette annonce, mettant en garde contre les conséquences de cette décision sur le secteur agricole de l’UE. [EPA-EFE/Hannibal Hanschke]

L’adhésion de l’Ukraine, véritable puissance agricole, à l’UE entraînerait la « mort » de l’agriculture familiale, a averti le syndicat agricole allemand Deutscher Bauerverband (DBV), face aux inquiétudes croissantes concernant la direction que prendra le programme de subventions agricoles de l’UE — la Politique agricole commune (PAC) — dans le futur.

Début novembre, la Commission européenne recommandait d’ouvrir les négociations d’adhésion avec l’Ukraine. Joachim Rukwied, président de la DBV a vivement réagi à cette annonce, mettant en garde contre les conséquences de cette décision sur le secteur agricole de l’UE.

L’adhésion de cette puissance agricole « entraînerait la disparition de l’agriculture familiale en Europe », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse sur l’avenir de la PAC, mercredi dernier (15 novembre). Il estime que cette question doit être prise en compte dans toutes les discussions politiques.

M. Rukwied a attiré l’attention sur la dimension du secteur agricole ukrainien et sur le fait que la taille d’une exploitation moyenne dans le pays est beaucoup plus importante que dans l’UE.

Une adhésion signifierait donc « l’intégration dans l’UE d’un secteur agricole aux structures complètement différentes [de celle des États membres actuels], avec des exploitations de l’ordre de plusieurs centaines de milliers d’hectares », a-t-il expliqué.

Dans ce contexte, il a affirmé qu’une PAC incluant l’Ukraine n’était « pas envisageable », à moins qu’elle ne se fasse au détriment des exploitations agricoles des autres États membres.

Le document de position pour la prochaine période de financement de la PAC (2028-2034) présenté par l’association mercredi était donc basé sur l’état actuel de l’UE et non sur une UE élargie, souligne M. Rukwied — même si Bruxelles a déjà évoqué 2030 comme date à partir de laquelle elle pourrait être prête à accueillir de nouveaux membres.

Nécessité de revoir la PAC

Il existe un large consensus parmi les représentants politiques et les organisations agricoles sur le fait que la PAC ne pourrait pas continuer sous sa forme actuelle si l’Ukraine — surnommée le grenier à blé de l’Europe — devait adhérer à l’UE.

En particulier, les « paiements directs », un élément clé de cette politique puisqu’ils constituent environ 75 % des subventions agricoles, versés aux exploitations par hectare de terre agricole.

Selon les données de Eurostat, la superficie moyenne des terres arables des exploitations agricoles ukrainiennes s’élève à 485 hectares, ce qui est considérablement supérieur à la moyenne de 30 hectares en France ou de 8 hectares en Pologne.

La PAC actuelle comporte déjà un régime de paiement redistributif qui plafonne les paiements directs aux grandes exploitations, afin de favoriser les paiements supplémentaires aux plus petites, mais ce dispositif est jugé insuffisant pour atténuer l’impact de la présence d’une puissance agricole mondiale telle que l’Ukraine parmi les bénéficiaires des subventions de la PAC.

Le ministère allemand de l’Agriculture voit dans cette future adhésion de Kiev l’occasion de réformer fondamentalement la PAC et de s’éloigner des paiements à la surface, largement inconditionnels.

Plusieurs États fédérés allemands, ainsi que des organisations environnementales et des représentants de l’agriculture biologique et de l’agriculture à petite échelle, se sont également prononcés en faveur de la préparation des fonds agricoles de l’UE à l’adhésion de l’Ukraine.

De son côté, le gouvernement de Kiev affirme que l’adhésion de l’Ukraine permettrait de renforcer le secteur agricole de l’UE et ferait de l’Union un acteur mondial dans le domaine de l’agriculture.

Selon une étude récente de l’Institut de Vienne pour les études économiques internationales a conclu que le secteur agricole ukrainien ne deviendrait pas un « puits sans fond » pour la PAC parce qu’il est déjà compétitif sans bénéficier de subventions importantes. Il reste toutefois « trop compétitif » par rapport à d’autres pays de l’UE à certains égards.

« En fait, grâce à une terre noire [tchernoziom] fertile et à une main-d’œuvre bon marché, l’agriculture ukrainienne produit si efficacement qu’elle représente une concurrence sérieuse pour de nombreux pays de l’UE, comme le montre le différend sur les exportations de céréales ukrainiennes vers la Pologne et la Hongrie », peut-on lire dans l’étude.

En outre, l’adaptation aux normes de production de l’UE constitue un autre défi de l’adhésion.

M. Rukwied a insisté sur le fait que l’Ukraine rejoindrait l’UE « en tant que pays [n’appliquant pas] nos normes agricoles, par exemple en ce qui concerne l’utilisation de pesticides » et qu’elle serait donc en concurrence déloyale avec les exploitations agricoles d’autres pays de l’UE.

Si elle veut rejoindre l’Union, l’Ukraine devra transposer toutes les normes européennes dans son droit national.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]