En Estonie, la Première ministre Kaja Kallas précipitée dans une crise autour du budget militaire du pays
La Première ministre estonienne Kaja Kallas se trouve au cœur d’une controverse après la démission d’un haut fonctionnaire du ministère de la Défense en signe de protestation contre l’inaction du gouvernement en matière de budget d’armement.
La Première ministre estonienne Kaja Kallas se trouve au cœur d’une controverse après la démission d’un haut fonctionnaire du ministère de la Défense en signe de protestation contre l’inaction du gouvernement en matière de budget d’armement. Mme Kallas affirme avoir pris connaissance de cette information par la presse.
Après des résultats décevants aux élections européennes, où le Parti de la réforme (Renew) de Mme Kallas est arrivé en troisième position, la Première ministre estonienne est de nouveau confrontée à des appels à démissionner de la part de l’opposition. La raison ? Une affaire liée à la défense qui a secoué la vie politique du pays au cours de ces derniers jours.
Le secrétaire permanent du ministère de la Défense, Kusti Salm, a démissionné mercredi (12 juin), invoquant l’incapacité du gouvernement à répondre à la nécessité pour le pays de dépenser au moins 1,6 milliard d’euros supplémentaires en munitions afin de remédier à une pénurie « critique ».
M. Salm a déclaré que lui et le commandant des forces de défense estoniennes, le général Martin Herem, avaient proposé à plusieurs reprises au gouvernement d’augmenter les stocks de munitions, mais en vain.
Lors d’une conférence de presse du gouvernement jeudi, Mme Kallas a déclaré que ni elle ni le gouvernement ne méritaient de telles accusations.
« Nous avons appris cela dans la presse. Nous avons interrogé Kusti Salm et Martin Herem sur ce que nous avons lu dans la presse, et le ministre des Finances a fait le point et élaboré un plan », a déclaré la Première ministre.
« Ces accusations sont exagérées et je ne comprends pas pourquoi elles sont formulées. Nous n’avons pas été en mesure d’organiser un débat pour poser les mêmes questions », a ajouté Mme Kallas.
Urmas Reinsalu, chef du parti d’opposition Isamaa (PPE), a accusé Mme Kallas d’avoir menti lors d’une conférence de presse du gouvernement et a demandé sa démission.
« La vérité est que cette question a déjà été discutée au sein du gouvernement il y a un an, lorsque l’avis militaire du chef des forces de défense estoniennes a été délibérément rejeté par le gouvernement », a déclaré M. Reinsalu.
« Un fonctionnaire honnête a démissionné pour nous mettre en garde. En réponse à l’inaction du gouvernement pendant un an, la ministre a menti en disant qu’elle avait lu les préoccupations de [Kusti] Salm dans la presse », a souligné M. Reinsalu.
« La Première ministre devrait démissionner », a-t-il conclu.
La popularité de Mme Kallas a chuté en raison des coupes budgétaires dans le secteur public et du sentiment largement répandu parmi la population qu’elle se concentre davantage sur un éventuel poste à l’OTAN ou à l’UE que sur la politique intérieure.
Par ailleurs, le nom de Mme Kallas a été parmi les plus évoqués pour remplacer l’Espagnol Josep Borrell à la tête du Service européen pour l’action extérieure (SEAE). Elle jouirait même le soutien du président français Emmanuel Macron, a rapporté Politico samedi.
La Première ministre a néanmoins déclaré à la chaîne estonienne ETV que les journalistes spéculaient sur le soutien de M. Macron.
Un contexte tendu
De telles crispations autour du budget de l’armement tombent mal pour la Première ministre estonienne, alors que la région voit resurgir des tensions frontalières avec la Russie, qui a multiplié les provocations territoriales à la fin du mois de mai.
À l’époque, le ministère russe de la Défense a publié sur son site web, pendant quelques heures, une proposition de révision de la frontière maritime de la Russie avec la Finlande et la Lituanie dans la mer Baltique. La même semaine, l’Estonie a dû faire face à un incident frontalier avec la Russie, au cours duquel Moscou a retiré les bouées marquant leur frontière commune sur la rivière Narva.
Le ministre estonien des Affaires étrangères, Margus Tsahkna, a déclaré à l’AFP que la Russie cherchait manifestement à provoquer, « à repousser les limites et à jouer avec nos craintes » de voir de telles tensions dégénérer en conflit ouvert.
Selon M. Salm, c’est précisément dans ce contexte que l’Estonie n’en fait pas assez pour se défendre.
« Aujourd’hui, la Russie développe sa machine de guerre plus rapidement que l’Estonie et ses alliés ne peuvent suivre », a-t-il déclaré au radiodiffuseur estonien ERR.
« À mon avis, à court terme, nous avons besoin de décisions politiques ayant un impact à long terme sur la sécurité, en particulier un investissement de 1,6 milliard d’euros pour remédier à la grave pénurie de munitions », a déclaré M. Salm.
M. Salm a toutefois déclaré au journal estonien Postimees qu’il n’y avait pas de menace militaire directe aujourd’hui, car les troupes stationnées à la frontière de l’Estonie se battent en Ukraine.
« Mais si la guerre en Ukraine venait à prendre fin, ou si la Russie décidait de déplacer ces unités vers l’Estonie et la Lettonie, ce ne serait pas nécessairement le cas », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il existait un certain nombre de similitudes inquiétantes avec la période qui a précédé la Seconde Guerre mondiale en 1939.