En Italie, la droite adoucit son discours anti-européen avant sa prise de pouvoir

Au cours de ces derniers mois, les partis de droite italiens semblent avoir adouci leur discours eurosceptique alors qu’ils se préparent à prendre le pouvoir après leur victoire écrasante aux élections générales du week-end dernier (25 septembre).

Euractiv.com
Center-right rally ahead of general elections in Rome
De gauche à droite : Matteo Salvini (Lega), Silvio Berlusconi (Forza Italia), et Giorgia Meloni (Fratelli d'Italia), à Rome, le 22 septembre 2022. [EPA-EFE/GIUSEPPE LAMI]

Au cours de ces derniers mois, les partis de droite italiens semblent avoir adouci leur discours eurosceptique alors qu’ils se préparent à prendre le pouvoir après leur victoire écrasante aux élections générales du week-end dernier (25 septembre).

Fratelli d’Italia (Frères d’Italie, membre du groupe des Conservateurs et Réformistes européens au Parlement, ECR) et la Lega (la Ligue, du groupe Identité et Démocratie au Parlement, ID) ont sensiblement revu leur position sur l’UE, abandonnant le soutien à une sortie de l’Union au profit d’une critique plus modérée de celle-ci.

Alors que le nouveau gouvernement de droite adoptera une position beaucoup plus eurosceptique que l’administration de Mario Draghi, les positions des partis qui le composent sont moins « nationalistes » qu’auparavant, notamment en matière de politique étrangère et d’une éventuelle modification des traités de l’UE.

Un premier signe de cette évolution est venu de la cheffe de file des Fratelli d’Italia, Giorgia Meloni, lorsqu’elle a répondu à un tweet de félicitations du président ukrainien Volodymyr Zelensky en affirmant qu’il pouvait « compter sur notre soutien loyal à la cause de la liberté du peuple ukrainien ». Le parti de Mme Meloni s’était précédemment montré plus favorable à la Russie de Vladimir Poutine.

L’eurodéputé Carlo Fidanza, membre de Fratelli d’Italia, a confié à EURACTIV lors d’un entretien le 19 mai que le parti avait travaillé à Bruxelles pour intégrer Mme Meloni dans le paysage international, la remodelant en tant que leader d’un « parti national de droite conservatrice avec des positions critiques envers l’UE mais pas anti-européennes ».

Le parti de Mme Meloni est membre du groupe ECR au Parlement européen depuis février 2019, et cette dernière en est devenue présidente en septembre 2020.

M. Fidanza a également expliqué à EURACTIV que son parti était favorable à une « Europe dans laquelle les États-nations conservent leur importante part de souveraineté, et choisissent de la partager sur les grandes questions stratégiques que sont la sécurité, la défense, le contrôle des frontières extérieures et le marché unique, mais laissent [aux États membres le soin d’élaborer] les réglementations détaillées », en accord avec les réalités nationales.

Cependant, on ne sait pas quelle sera leur position sur la proposition de réforme des traités de l’UE et la possibilité de les modifier via une Convention européenne, une proposition présentée par le Parlement européen en juin avec le soutien de la Commission européenne.

Le président du groupe d’extrême droite ID, Marco Zanni, membre de la Ligue de Matteo Salvini, a indiqué à EURACTIV que son parti serait favorable à la Convention uniquement si la discussion était « plus ouverte et non univoque », par exemple en ne se concentrant pas uniquement sur un élargissement des compétences de l’UE mais en examinant les pouvoirs qui peuvent être rendus aux gouvernements nationaux.

« Je crois que ce gouvernement, et c’est certainement une position de la Ligue, est disponible pour apporter une contribution constructive à une modification des règles de l’UE si les conditions sont réunies », a-t-il ajouté.

D’autres partis sont inquiets

Le Mouvement 5 étoiles (Movimento 5 Stelle, M5S) et le Parti démocrate (Partito Democratico, PD) s’inquiètent des conséquences que cette nouvelle coalition de droite pourrait avoir sur l’élaboration des politiques européennes, notamment en ce qui concerne leurs relations avec le Premier ministre hongrois Viktor Orban, et craignent qu’elle ne puisse constituer un obstacle à une plus grande intégration européenne.

« Il y a une crainte manifeste que le leadership de [Giorgia] Meloni rapproche de plus en plus l’Italie de la Hongrie et de la Pologne, comme nous le voyons déjà lors de certains votes au Parlement européen », a confié l’eurodéputé du M5S Fabio Massimo Castaldo aux journalistes mardi (27 septembre).

Ses inquiétudes se portent également sur une éventuelle renégociation du plan de relance italien et le retour d’une « Europe plus intergouvernementale ».

Selon le chef de la délégation du PD au Parlement européen, Brando Benifei, le raisonnement des Fratelli d’Italia et de la Ligue sur l’Europe est « faible » et « non crédible ».

« [Giorgia] Meloni et [Matteo] Salvini, qui seront à la tête du nouveau gouvernement, se sont opposés au plan NextGenerationEU et à la stratégie vaccinale commune de l’UE, qui ont fait leurs preuves », a souligné l’eurodéputé.

Il estime qu’ils ne soutiendront pas une plus grande intégration de l’UE et que, par exemple, sur l’État de droit, « ils défendront [Viktor] Orban et [Mateusz] Morawiecki ».