En plein marasme économique, Chypre prend la présidence de l’UE

En attente de l’aide européenne, le pays s’apprête à prendre la tête du Conseil de l’UE le 1er juillet 2012. L’accord sur les perspectives financières sera le dossier chaud discuté au second semestre 2012.

EURACTIV.com
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En attente de l’aide européenne, le pays s’apprête à prendre la tête du Conseil de l’UE le 1er juillet 2012. L’accord sur les perspectives financières sera le dossier chaud discuté au second semestre 2012.

A quelques jours de son accession à la présidence du Conseil de l’Union européenne, Chypre, qui fait partie des trois plus petites économies de la zone euro a formellement présenté, lundi 25 juin, sa demande d’aide à l’eurozone.

Le montant n’a pas été précisé, mais varierait entre 6 et 10 milliards d’euros. Le pays devra en échange équilibrer son budget, et procéder à des réformes structurelles. Le gouvernement chypriote a expliqué avoir besoin de fonds aussi bien pour protéger son secteur financier que pour combler son déficit budgétaire.

Fortement exposé à la crise grecque, l’île doit trouver au moins 1,8 milliard d’euros, soit 10% de son produit intérieur brut pour recapitaliser la 2ème plus grosse banque du pays Cyprus Popular Bank. Elle pourrait aussi se tourner vers la Russie ou la Chine, pour obtenir un prêt bilatéral.

Selon les conclusions de la reunion de l’Eurogroupe du mercredi 27 juin, des experts se rendront sur l’île début juillet afin d’établir les conditions exactes de l’aide.  

Ces difficultés pourraient nuire à la crédibilité du pays, tout particulièrement dans les négociations sur la surveillance budgétaire des États.

 

  • LES PRIORITES 

Les fonctionnaires chypriotes ont expliqué à la presse européenne qu’ils apporteraient un certain leadership à l’Union, mais « pas de manière traditionnelle ».

En raison de sa petite taille et de sa situation diplomatique difficile, Nicosie souhaite présenter un programme modeste, mais pertinent pour sa présidence, déplaçant ainsi une grande partie de ses ressources administratives en Belgique. Ce type de « présidence bruxelloise » est une nouveauté pour les diplomates.

La distance qui sépare Bruxelles de Nicosie aurait pesé lourd dans la balance, dans la mesure où Nicosie est la capitale européenne la plus éloignée de la capitale belge.

BUDGET. Chypre veut faire avancer les négociations sur le cadre financier pluriannuel (CFP) de l’Union européenne pour les sept années à venir (2014-2020). Bien que ce point figure en haut de la liste de ses priorités, le pays a conscience que dans sa phase finale, la question du budget sera surtout traitée par le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. 

De plus, Nicosie reconnaît qu’il ne serait pas réaliste d’espérer un accord sur le CFP, mais elle souhaiterait aboutir à un accord politique, laissant à la présidence irlandaise le soin de conclure en février 2013.

Les négociations sur les réformes de la Politique agricole commune (PAC), la Politique commune de la pêche (PCP), la politique de cohésion et la politique de recherche et d’innovation (Horizon 2020) devront aussi aboutir.

Nicosie dit vouloir mettre l’accent sur la « qualité des dépenses ». Il rejoint ainsi les pays comme l’Allemagne et le Royaume-Uni qui veulent dépenser moins et mieux.

 L’État insulaire appuiera également la proposition de la Commission pour une politique maritime intégrée, qui fera l’objet d’une conférence en octobre prochain. 

A l’occasion du 20e anniversaire du marché unique, Chypre a l’intention de formuler des propositions sur rôle des PME.

ASILE EUROPEEN COMMUN. La future présidence qualifie « d’objectif parmi les plus importants » la mise en place du régime d’asile européen commun d’ici fin 2012. Chypre est un pays touché par l’immigration en provenance du continent africain, et s’inquiète de l’impasse dans laquelle le Parlement européen et le Conseil se sont engouffrés concernant les règles relatives à la gouvernance de l’espace Schengen, que les États souhaiteraient réécrire de manière unilatérale.

ENVIRONNEMENT ET ENERGIE. La République chypriote affirme qu’elle se concentrera aussi sur la politique énergétique, et sur la gestion durable des ressources, plus particulièrement sur l’eau. 

ELARGISSEMENT. Sur ce thème, le pays a indiqué qu’il souhaitait progresser dans les discussions d’adhésion avec les Balkans occidentaux, l’Islande et la République turque. Une Turquie plus européenne serait dans l’intérêt de Chypre, mais aussi de l’UE, ont expliqué des diplomates chypriotes, ajoutant qu’Ankara y aurait tout intérêt également. Ils ont toutefois ajouté que pour cela, le pays candidat à l’UE devrait « jouer selon les règles ».

  • LE DOSSIER TURC

Depuis la scission de Chypre en 1974, toutes les tentatives pour une réunification ont échoué. La Turquie jouit du statut de pays candidat à l’UE, mais ne reconnaît toujours pas le gouvernement de Nicosie. Ankara menace aussi d’annexer le nord de l’île, qu’elle est seule à reconnaître comme État sur la scène internationale. Cette annexion pourrait se faire avant le 1er juillet 2012, si aucun accord n’était trouvé, selon les déclarations d’un fonctionnaire turc rapportées par le quotidien Milliyet. 

Le contentieux entre les deux Chypre et Ankara pourrait embarrasser les institutions européennes

En 2011, la Turquie a pris les devants en annonçant qu’elle romprait ses relations diplomatiques avec Nicosie lors de sa prise de pouvoir le 1er juillet. Au début du mois, le ministre des affaires étrangères du pays Ahmet Davutoglu a confirmé qu’Ankara mettrait bien sa menace à exécution. Cependant, il a affirmé que son pays continuerait à dialoguer avec la Commission.

«Notre position concernant la présidence assumée par les Chypriotes grecs est claire, a dit le ministre turc lors d’une conférence de presse à Bruxelles le 7 juin. Les relations et les contacts avec l’UE se poursuivront, mais aucun ministère, aucune institution de la République turque ne sera en contact avec la présidence européenne dans quelque activité que ce soit où la présidence chypriote grecque serait partie prenante».

La chef de la diplomatie chypriote Erato Kozakou-Markoullis a de son côté affirmé que l’objectif de son pays était de ne pas se laisser affecter par les « menaces et les provocations » de la Turquie.  « Nous attendons de la Turquie, pays candidat, le même sérieux et la même responsabilité (que Chypre) », a-t-elle déclaré à EURACTIV Grèce.