En Serbie, les étudiants bloquent la télévision publique
Les manifestations contre la corruption se poursuivent en Serbie, malgré la nomination la semaine dernière d'un nouveau gouvernement et alors que les étudiants bloquent depuis neuf jours les bâtiments de la télévision publique.
Les manifestations contre la corruption se poursuivent en Serbie, malgré la nomination la semaine dernière d’un nouveau gouvernement et alors que les étudiants bloquent depuis neuf jours les bâtiments de la télévision publique.
Après l’immense manifestation qui avait rassemblé des centaines de milliers de personnes dans les rues de Belgrade le 15 mars dernier, la révolte populaire qui secoue la Serbie ne semble montrer aucun signe d’essoufflement. Depuis neuf jours, des étudiants bloquent l’entrée des bâtiments de la télévision publique serbe (RTS), accusée d’ignorer le mouvement et de faire le jeu des autorités, entraînant une perturbation des programmes.
« Je suis de près la situation en Serbie », a même été obligée d’admettre sur X la commissaire européenne à l’Élargissement, Marta Kos, le 19 avril, appelant « tout le monde à s’abstenir d’aggraver les tensions ». Cette dernière était restée très silencieuse depuis le début des manifestations, se contentant d’expliquer en mars dernier avoir eu une rencontre « très constructive » avec le président serbe Aleksandar Vučić.
Pour la société civile serbe, c’est pourtant la corruption généralisée des autorités qui a conduit au drame à l’origine des mobilisations. Le 1er novembre dernier, le toit pourtant récemment rénové de la gare ferroviaire de la grande ville de Novi Sad s’était effondré, causant la mort de seize personnes et les manifestants demandent depuis que toute la lumière soit faite sur l’accident.
Des rassemblements sont organisés presque tous les jours dans les plus grandes villes de Serbie, et l’ancien Premier ministre Miloš Vučević a été contraint de démissionner en janvier dernier, après l’agression de manifestants par des militants du Parti progressiste serbe (SNS) d’Aleksandar Vučić.
Plusieurs journalistes appartenant à des médias indépendants ont aussi ces derniers mois subi des violences et des menaces, note Reporters sans frontières (RSF). La Serbie occupe la 98e place dans le classement 2024 de la liberté de la presse réalisé par l’organisation, en net recul par rapport à l’année précédente.
« L’écrasante majorité des radios, des télévisions ou des journaux diffusent de la propagande ou de la désinformation », explique pour RFI Branko Čečen, l’ancien directeur du Center for Investigative Journalism Serbia (CIJS). Il affirme que les employés de la télévision nationale serbe sont « triés sur le volet » pour relayer les messages des autorités. « En ce moment, la chaîne abrite plus de policiers que de salariés », ajoute-t-il.
Pour lever le blocage de la RTS, les étudiants serbes exigent la nomination d’une nouvelle direction à la tête de l’Autorité de régulation pour les médias électroniques (REM), dont le rôle est théoriquement de garantir la pluralité des opinions et de sanctionner les appels à la haine et à la violence.
Des demandes rapidement balayées par Boris Bratina, le tout nouveau ministre de l’Information, qui s’est contenté de souligner que les revendications des manifestants étaient « clairement politiques ». Ancien membre de l’organisation d’extrême droite 1389, Boris Bratina s’était illustré en 2009, en brûlant un drapeau européen, lors d’une manifestation à l’occasion du dixième anniversaire du début des bombardements de l’OTAN sur la Yougoslavie.
« Ce prétendu nouveau gouvernement n’est que la continuation du mode de gouvernance autoritaire d'[Aleksandar] Vučić, je ne m’attends donc à aucun changement », explique pour Euractiv l’eurodéputé croate Gordan Bosanac, membre du groupe des Verts au Parlement européen. « Mais je pense que la Commission européenne devrait faire bien plus pour soutenir le mouvement non-violent qui est né en Serbie, et que ce dernier pourrait être un exemple pour se débarrasser des régimes autoritaires installés aux frontières de l’Union européenne. »
Le 16 avril dernier, 80 étudiants serbes étaient arrivés à Strasbourg après avoir parcouru plus de 1400 kilomètres à vélo depuis Belgrade. Passés par Budapest, Vienne et Munich, ces derniers ont finalement remis une lettre décrivant la situation politique en Serbie à Bjorn Berge, le secrétaire général adjoint du Conseil de l’Europe.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]