Énergie : « Des objectifs très ambitieux, mais atteignables » pour la France de 2035, selon RTE

Mercredi (20 septembre), le gestionnaire de réseau électrique français (RTE) a rendu ses perspectives sur le mix énergétique d'ici 2030 et 2035. Au programme : triplement des énergies renouvelables et réduction d’un tiers de la consommation d’énergie pour répondre aux attentes européennes.

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RTE a mis à jour mercredi ses scénarios prospectifs sur la situation énergétique de la France d’ici à 2030 et 2035. Le gestionnaire a confirmé ses projections d’octobre 2021, intégrant les effets nouveaux de la guerre en Ukraine sur la stratégie française et européenne de transition climatique. [HJBC / Shutterstock]

Mercredi (20 septembre), le gestionnaire de réseau électrique français (RTE) a rendu ses perspectives sur le mix énergétique d’ici 2030 et 2035. Au programme : triplement des énergies renouvelables et réduction d’un tiers de la consommation d’énergie pour répondre aux attentes européennes.

RTE a mis à jour mercredi ses scénarios prospectifs sur la situation énergétique de la France d’ici à 2030 et 2035. Le gestionnaire a confirmé ses projections d’octobre 2021, intégrant les effets nouveaux de la guerre en Ukraine sur la stratégie française et européenne de transition climatique.

Ce bilan intervient après les dernières estimations de production d’énergie décarbonée de la France, esquissées la semaine dernière par la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, dans le cadre de la planification écologique française.

Parmi les objectifs : tripler la production d’énergies renouvelables et réduire d’un tiers la consommation d’énergie d’ici à 2035. Ainsi, la France pourra répondre aux attentes de l’Union européenne, qui planche sur une réduction des émissions de gaz à effet de serre du continent de 55 % d’ici à 2030 par rapport à 1990.

Des « objectifs très ambitieux, mais atteignables », a commenté le président du Directoire de RTE, Xavier Piechaczyk

Pour les atteindre, RTE , tout comme le gouvernement français, s’appuie sur quatre piliers : l’efficacité énergétique, la sobriété, le développement des énergies renouvelables et du nucléaire.

Réduire de 30 % la consommation d’énergie

Par rapport à 2022 (1600 TWh), la consommation d’énergie, doit être réduite d’environ 20 % d’ici à 2030 (1300 TWh) et d’environ 30 % d’ici à 2035 (1100 TWh).

Pour y parvenir, la France doit largement électrifier son parc, tout en décarbonatant son mix énergétique.

« Il faudra électrifier la France à un rythme comparable de celui des années 80, alors que l’électrification stagne depuis plus de 10 ans », a commenté Nicolas Goldberg, expert énergie près le cabinet Colombus Consulting, dans la foulée de la présentation de RTE.

Pour atteindre ses objectifs de décarbonation et de réindustrialisation, la France devra en effet produire 640 à 700 TWh d’électricité décarbonée à horizon 2035, contre 395 TWh aujourd’hui, a avancé RTE.

Dans ces circonstances, les énergies renouvelables sont amenées à jouer un rôle prépondérant : 270 à 320 TWh à horizon 2035, contre 120 TWh actuellement.

RTE planche, dans le meilleur des scénarios, sur 110 TWh de solaire d’ici à 2035, 85 TWh d’éolien onshore et 65 TWh d’éolien offshore d’ici à 2035.

Comparativement aux capacités actuelles, le rythme d’installation doit donc atteindre celui de l’Allemagne pour le photovoltaïque, se maintenir au niveau de celui de l’Espagne pour l’éolien terrestre et atteindre celui du Royaume-Uni pour l’éolien en mer.

Respect des objectifs européens

En outre, ces projections de RTE correspondent peu ou prou à celle dégagées Mme Pannier-Runacher la semaine dernière.

Elles sont aussi en ligne avec la nouvelle législation européenne qui prévoit désormais un minimum de 42,5 % d’énergie renouvelable dans le mix énergétique d’un pays. En effet, dans les projections de RTE, les énergies bas carbone devraient représenter environ 60 % du mix énergétique de la France en 2030. Si l’on ampute ce chiffre de la production nucléaire, la part d’énergie issue des renouvelables (électricité ou chaleur) représente environ 45 % du mix de consommation finale brute d’énergie.

Une projection qui correspond à ce que la France pourrait devoir atteindre, puisque dans le cadre de l’objectif moyen pour l’ensemble de l’UE, les grandes puissances, comme la France et l’Allemagne, devraient être amenées à fournir un effort plus important que certains autres États membres de l’UE.

Sur le nucléaire, M. Piechaczyk précise d’ailleurs qu’avant de pouvoir profiter de nouveaux réacteurs, il est nécessaire de « rendre le parc nucléaire [actuel] plus disponible ». Ainsi, de viser une production optimale de 400 TWh, pouvant être réduite à 360 TWh en intégrant la possibilité de fermer trois réacteurs nucléaires d’ici à 2035.

Ce niveau reste inférieur à la production d’avant crise énergétique et les problématiques de corrosions sur les réacteurs français.

En raison des difficultés du parc nucléaire, les volumes projetés sont « volontairement prudents », confie M. Piechaczyk.

Sobriété et efficacité

En parallèle, l’efficacité énergétique et la sobriété doivent jouer leur rôle.

Si les gestes de sobriété, notamment dans le tertiaire et le résidentiel, répondent aux attentes des gouvernants, la baisse de consommation pourrait être 60 TWh à horizon 2035.

L’efficacité énergétique devrait permettre un gain potentiel est de 100 TWh par an à horizon 2035.

Aussi, développer la flexibilité de la demande « dès maintenant est un axe prioritaire pour assurer notre sécurité d’approvisionnement » et l’équilibre offre-demande, a avancé Thomas Veyrenc, membre du comité exécutif de RTE.

Elle deviendrait « extrêmement importante après 2035 », note RTE.

Pour cela, RTE préconise des actions d’incitation des acteurs concernés plus importante, ainsi qu’un contrôle de la courbe de charge nationale d’électricité. Aussi, les réseaux électriques doivent être adaptés aux possibilités de flexibilité.

Enfin, les interconnexions européennes restent indispensables, puisqu’elles apportent « des gains énormes en matière de sécurité et des gains économiques », a expliqué M. Veyrenc.

Sans celles-ci, la France n’aurait pas pu fermer ses centrales à charbon et l’Allemagne de fermer ses centrales nucléaires, confie-t-il.

En d’autres termes, la sécurité énergétique, l’équilibre entre l’offre et la demande ne peut prendre corps sans une « vision européenne » de la problématique, a-t-il conclu.

À horizon 2035, la production d’électricité de l’UE et du Royaume-Uni pourrait s’élever à 4350 TWh, peut-on lire dans le rapport de RTE, contre 2640 TWh en 2022. L’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, puis l’Espagne en tête des plus gros producteurs.