Entretien : « un véritable premier pas » pour réglementer les hedge funds [FR]

En appuyant une réglementation plus stricte sur les hedge funds et les fonds de placement du secteur privé la semaine dernière, la commission Economie du Parlement européen pourrait avoir marqué la fin d’une époque pour le secteur financier. Poul Nyrup Rasmussen, président du Parti socialiste européen, explique dans un entretien à EURACTIV pourquoi il pense que les événements ont pris une nouvelle tournure.

Le quartier de la City, à Londres
La City va perdre sa place d'épicentre des marchés financiers européens.

En appuyant une réglementation plus stricte sur les hedge funds et les fonds de placement du secteur privé la semaine dernière, la commission Economie du Parlement européen pourrait avoir marqué la fin d’une époque pour le secteur financier. Poul Nyrup Rasmussen, président du Parti socialiste européen, explique dans un entretien à EURACTIV pourquoi il pense que les événements ont pris une nouvelle tournure.

M. Rasmussen, ancien Premier ministre danois, n’aurait pas pu choisir un moment plus opportun pour s’exprimer sur les hedge funds. En effet, la crise des marchés financiers depuis l’annonce de la mise en faillite de la banque d’investissement Lehman Brothers le week-end dernier a attiré l’attention sur les régulateurs et sur ce qu’ils peuvent faire pour empêcher des crises similaires à l’avenir. 

Le président du Parti socialiste européen croit fermement qu’une nouvelle époque a débuté la semaine dernière lorsque son rapport sur les hedge funds a reçu un soutien inhabituel devant la commission Economie du Parlement, notamment de la part du groupe du PPD-DE, davantage en faveur du marché libre (EURACTIV 11/09/08).

« Je ne crois pas que nous puissions éviter de futures bulles financières sans changer le comportement des acteurs principaux sur le marché financier », a déclaré M. Rasmussen dans un entretien à EURACTIV. « Cela signifie qu’il faut que tous les acteurs se comportent de façon plus responsable : les courtiers dans les banques d’investissement, le processus de sécurisation, les agences de notation du crédit, les hedge funds et les actions privées ».

« Nous avons besoin d’une meilleure réglementation afin d’isoler les mauvais joueurs. C’est exactement ce que nous sommes en train de faire. »

L’ancien Premier ministre danois ne se fait pas d’illusions : la réglementation des hedge funds et des prises de participations privées ne résoudra pas le problème du jour au lendemain. Il se dit néanmoins confiant : selon lui, le processus ne peut pas être inversé. « Ce rapport, même s’il est mis en œuvre à 100 %, ne pourrait bien entendu pas exclure toute crise financière à l’avenir. Mais il s’agit d’un premier pas. C’est en outre la première fois que nous récoltons une large majorité au Parlement », a-t-il souligné.

Il appelle désormais la Commission européenne, et tout particulièrement le commissaire au Marché intérieur Charlie McCreevy, à prendre des mesures et à présenter une proposition. « J’espère une réponse complète, sérieuse et responsable qui couvre tous les aspects abordés dans notre rapport. C’est une obligation pour la Commission. Ils l’ont déjà fait dans des cas précédents ».  

« C’est un signal d’alarme pour M. McCreevy, dans la mesure où pendant trop longtemps, il n’a demandé conseil qu’aux initiés de l’industrie sans jamais s’adresser aux autres ».

La City « profitera » d’une réglementation

M. Rasmussen a exclu les propositions selon lesquelles une réglementation plus stricte handicaperait le secteur financier européen et minerait le rôle de la City en tant plate-forme financière mondiale. « J’ai indiqué à plusieurs reprises au cours de ce débat qu’il ne s’agissait pas de mettre des bâtons dans les roues à la City de Londres. Sur le long terme, il est dans l’intérêt de la City de pouvoir compter sur une meilleure attitude de tous les acteurs, pas seulement de la part des bons joueurs, mais aussi des autres. Il est aussi dans l’intérêt de la City de tout faire afin d’éviter une bulle financière comme celle que nous avons en ce moment ».

M. Rasmussen a semblé amusé par la réaction des représentants de l’industrie financière, qui dans l’ensemble soutiennent son rapport : « Si l’industrie se satisfait des fonds propres réglementaires obligatoires auxquels elle n’était pas soumise auparavant, cela me convient, c’est une nouvelle reconnaissance de leur part ».
« S’ils se satisfont d’une plus grande transparence, notamment par rapport à leurs stratégies d’investissement, à leurs politiques et systèmes de rémunération, à leurs bonifications et à leurs stock options, cela me convient car c’est inédit de leur part ».
« Si l’industrie est constructive, cela me convient aussi. Mais laissez-moi cependant vous rappeler que jusqu’à présent, ils ont toujours été opposés à tout type de réglementation ».

Les banques « dégagent trop de bénéfices sur un marché inefficace »

M. Rasmussen a également rejeté sans détour les réclamations de l’industrie financière. Selon ces réclamations, la révélation des stratégies d’investissement, comme demandée par les Etats-Unis, ne profitera qu’aux concurrents directs des banques. « C’est un argument classique », a-t-il indiqué, ajoutant que la ligne défensive des banques pouvait s’expliquer par le fait « qu’elles dégagent trop de bénéfices sur un marché inefficace ».

M. Rasmussen a déclaré : « L’essence même d’une concurrence équitable et forte réside dans le fait que tous les acteurs disposent du plus d’informations possibles sur les autres ». « La transparence et la symétrie de l’information sont les éléments principaux pour assurer une meilleure concurrence, réduire les coûts et éviter les abus sur le marché », a-t-il ajouté.

Pour lire l’entretien dans son intégralité, cliquez ici.