Europe 2020 : cinq femmes qui comptent partagent leurs visions
Pour célébrer la Journée de la femme, EURACTIV a demandé à cinq femmes qui comptent de partager leurs visions de l'avenir de l'Union européenne. Commençant avec Dalia Grybauskait?, présidente de la Lituanie, ces professionnelles qui ont réussi sont les symboles des prouesses économiques, politiques et sociales des femmes d'Europe.
Pour célébrer la Journée de la femme, EURACTIV a demandé à cinq femmes qui comptent de partager leurs visions de l'avenir de l'Union européenne. Commençant avec Dalia Grybauskait?, présidente de la Lituanie, ces professionnelles qui ont réussi sont les symboles des prouesses économiques, politiques et sociales des femmes d'Europe.
La solidarité nous conduira à la prospérité
Dalia Grybauskait?, présidente de la République de Lituanie.
Aujourd'hui a lieu la journée internationale de la femme. Dans trois jours, le 11 mars, la Lituanie célèbrera les 20 ans de son indépendance.
La liberté est le plus beau cadeau que l'on puisse offrir à un individu. Beaucoup de personnes reçoivent ce cadeau le jour de leur naissance. D'autres personnes et d'autres nations doivent se battre pour l'obtenir et méritent leur liberté.
Aujourd'hui, la Lituanie est un Etat libre et démocratique dans l'Union européenne – la Communauté– qui malgré sa diversité est unie par des valeurs communes. Aujourd'hui, je suis heureuse que nous construisions une société fondée sur les principes de liberté, de démocratie et d'égalité entre tous les membres de la société, d'égalité entre les hommes et les femmes.
La stratégie UE 2020 constitue unobjectif ambitieux pour l'UE. Les objectifs déterminés au niveau européen devraient conduire de manière réciproque à des engagements et actions précis des Etats membres.
Notre but ultime est d'avoir une Union européenne forte – une économie dynamique, basée sur le savoir et compétitive, avec une croissance durable, une stabilité fiscale, davantage d'emplois et de meilleure qualité. Je vois une Europe sécurisée aux niveaux interne et externe, fondée sur le principe de solidarité.
Les Etats membres de l'UE doivent assumer leurs responsabilités politiques en mettant en œuvre la stratégie UE 2020. La réussite de ce programme dépend de l'action commune des institutions de l'UE, des dirigeants politiques, des Etats membres et du peuple. La Lituanie s'engage entièrement à contribuer à la création d'une économie forte et prospère des nations européennes.
Malgré les efforts et des progrès réalisés au fil des années, il reste des exemples d'inégalités subies par les femmes. Le monde des progrès politiques, scientifiques et des affaires est traditionnellement dominé par les hommes.
Au 21ème siècle, nous avons de nombreuses femmes actives, éduquées et qui réussissent. Leurs aboutissements dans les domaines professionnels et sociaux contribuent au bien-être et à la prospérité de l'Union européenne. Je souhaite que les femmes réalisent leurs ambitions, soient des membres actives, compétentes, dynamiques et concurrentielles de la société européenne, pour atteindre des résultats brillants aux niveaux nationaux et européen de même qu'au-delà des frontières de l'UE.
Je souhaite aux femmes européennes de renforcer leur influence, d'être activement impliquées dans le processus de prise de décision et de prendre la tête de l’élaboration de l’opinion générale et des changements nécessaires.
Le rôle international de l'UE ne peur être atteint que si les dirigeants suppriment les divisions internes
Brigita Schmögnerova, vice-présidente de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD)
Au début de la deuxième décennie du 21ème siècle, l'Europe se trouve à la croisée de plusieurs chemins. Elle n'en sortiraprobablement pas avant 2020 et restera bloquée dans certains domaines.
Le premier carrefour est le suivant : soit elle réussira à regagner le cœur des gens et il en résultera un renforcement de sa force interne, soit elle perdra sa crédibilité auprès de ses citoyens. Le faible taux de participation lors des élections, la domination des questions nationales et locales, et les résultats des partis d'extrême droite aux élections du Parlement européen de 2009 signalent un scepticisme grandissant à l'égard de l'UE.
Pour emprunter le bon chemin, l'UE doit davantage se concentrer sur des questions qui affectent ses habitants : l'emploi, la santé et l'éducation – qui sont des priorités majeures dans tous les Etats membres – et l'immigration clandestine, le changement climatique, l'environnement et la réglementation fiscale, qui sont des questions plus importantes dans l'Europe des 15 (les pays présents avant l'élargissement).
Beaucoup de ces questions sont aux mains des gouvernements nationaux, mais la coordination entre les Etats membres devrait jouer un rôle plus important et il faut s’entendre et atteindre des standards minimaux dans tous les pays.
La second carrefour de l'UE est le suivant : soit elle retrouve sa volonté de s’élargir davantage, soit il n'y aura aucune adhésion considérable avant 2020. L'hostilité croissante à l'égard d'un élargissement plus important est en parti la conséquence de la crise économie. Il faut espérer que cette tendance sera renversée et qu'après la crise l'élargissement fera l'objet de plus d'enthousiasme.
Voici le troisième carrefour de l'UE : soit elle parvient à regagner de l'importance en tant qu'acteur de l'économie mondiale, des négociations sur le changement climatique et de la sécurité mondiale, ou elle sera marginalisée et paralysée par un déplacement du pouvoir vers le G2 (les Etats-Unis et la Chine) et les pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine).
L'UE ne peut pas définir une gouvernance mondiale si elle est divisée sur des questions clefs et si ses prises de décision sont inefficaces. L'Europe reste attirante dans de nombreux domaines : son modèle environnemental, social et politique qui assure la paix, la démocratie et la prospérité; son engagement à combattre le changement climatique et à éradiquer la pauvreté mondiale; son soft power ect… Cependant, ses dirigeants doivent prendre les bonnes décisions pour rendre l'UE plus pertinente – à la fois au niveau interne et mondial – et il nous manque du temps.
L'énergie et l'enthousiasme empêcheront la marginalisation
Danuta Hübner, ancienne commissaire européenne et actuelle membre du Parlement européen; présidente de la commission développement régional du Parlement
Je crois que l'Europe devrait être plus locale. Pour parler d’un point de vue général, les citoyens sont plus à mêmes de recevoir des informations sur les questions européennes de leurs autorités et institutions locales, qui peuvent être trouvées au coin de la rue, que de contacter Bruxelles. Toutes les mesures possibles devraient donc être prises pour rendre l'UE plus proche de ses citoyens, et à mon avis l'adoption du traité de Lisbonne est un pas dans cette direction.
Le débat sur la nouvelle stratégie, appelé UE 2020, une nouvelle vision du développement de l'UE dans les dix années à venir, a juste commencé. J'espère vraiment que la nouvelle stratégie sera adoptée lors du sommet de juin à Bruxelles. Il s'agit d'un document très important. Nous avons vraiment besoin d'un programme. Cela pourrait demander toute notre attention et nos efforts.
Toutefois, nous devrions garder en mémoire le fait queles objectifs compris dans la nouvelle stratégie ; notamment la construction d'une économie du savoir, l'amélioration de la compétitivité et des technologies innovantes, le développement durable, ainsi que l'investissement dans le capital humain, l'amélioration des qualifications et la cohésion sociale ; nous sont déjà familiers. Ils ont été définis comme des priorités de longue date de la politique régionale européenne depuis un certain moment.
Plus important, j'espère profondément que la nouvelle stratégie UE 2020 sera mise en œuvre avec une large participation des citoyens européens.
Le traité de Lisbonne confirme que l'Europe ne peut pas se limiter aux seules institutions européennes. L'Europe de nos jours est la propriété de ses régions, villes et citoyens, et notre travail, en tant que décideurs politiques européens, est de les sensibiliser à leur responsabilité pour la nouvelle stratégie.
Dans notre monde actuel qui change rapidement, nous avons besoin de beaucoup d'énergie et d'enthousiasme pour éviter d'être marginalisés. L'Europe représente aujourd'hui 7 % de la population mondiale mais représentera beaucoup moins d'ici quelques années. Le potentiel de chacun d'entre nous est indispensable pour faire fonctionner la nouvelle stratégie Europe 2020.
Les enfants sont notre avenir
Anna Záborská, membre du Parlement européen, chef de la délégation slovaque au sein du groupe du Parti populaire européen (PPE)
D'ici 2020, de nombreuses choses changeront en Europe et beaucoup d'évènements auront lieu. Cependant, je voudrais voir une personne derrière chacun d'entre eux. Un individu, qui un jour a été un enfant. Cet enfant aura vécu dans un environnement particulier, qui l'aura façonné et préparé à la vie.
L'enfance est essentielle pour tous, sans exception, peu importe l'importance que l'on peut lui donner par la suite. Malgré toutes les tendances et théories pseudo modernes à propos de la libération de l'individu, de la femme, à propos de la défragmentation de la famille en composantes différenciées, il est vrai que le modèle idéal reste une famille qui fonctionne. Les meilleures conditions pour vivre une enfance heureuse et pour un développement sans heurts et harmonieux de l'individu, c'est une famille formée par une mère et un père, qui vivent un mariage heureux. Chaque enfant devrait avoir une chance de vivre une enfance où ni le père ni la mère ne manque.
Je rêve d'une Europe où chaque enfant aurait sa maison, ses parents, et même ses frères et ses sœurs et ses grands-parents. Je rêve d'une société où une femme peut accomplir sa mission en tant que mère avec dignité. Je rêve d'une économie et d'une politique qui prennent les besoins quotidiens d'une mère en compte.
La Stratégie de Lisbonne n'est pas parvenu à cela. De nouveau, UE 2020 met en avant des questions financières, étrangères et environnementales. Pourtant, je rêve d'une politique qui prendrait l'être humain dans son entier en considération. Les hommes politiques eux-mêmes devraient réaliser que la sécurité qui vient de la famille et de l'éducation donne à un enfant les bases pour devenir un être humain complet avec une pleine personnalité, ce qui représente un atout dans notre société.
Toutes les technologies les plus sophistiquées seront inutiles si nous ne parvenons pas à nous occuper de nos enfants. Il y a des milliers de couples en Slovaquie qui souhaitent avoir un enfant sans succès. D'un autre côté, beaucoup d'enfants n'ont pas de familles.
Des milliers de femmes slovaques aujourd'hui, au 21ème siècle, font face au problème suivant : peuvent-elles s'occuper de leurs enfants dès les premiers jours ou doivent-elles retourner au travail en raison de considérations financières ?
Des milliers de jeunes femmes ne peuvent pas trouver un emploi parce qu'elles ont des enfants en bas âge, ce qui est considéré comme un risque par les employeurs. Des milliers de jeunes femmes bataillent pour équilibrer leurs études ou leurs carrières avec la grossesse et le fait de porter un enfant. Des centaines de milliers de femmes – mères – veulent que la société reconnaisse leur rôle, également d'un point de vue financier.
Je rêve d'une Europe qui soutienne la maternité et la paternité et qui ne créée pas de barrières financières, législatives ou administratives pour les familles, pour le bonheur de ses enfants. Je rêve d'une Europe où les enfants vivraient une enfance pleine de joie et d'amour. Une enfance qui les prépare à une vie responsable et heureuse.
Il pourrait ne jamais devenir vraiment réalité, mais c'est mon rêve.
Notre survie basée sur un développement durable équilibré
Ursula Engelen-Kefer, ancienne présidente adjointe de la Confédération allemande des syndicats (DGB), actuellement professeur et conférencière.
L'UE devrait être développée de manière continue, à la fois dans sa largeur et sa profondeur.
Des politiques de paix, le développement et la reprise économique, la préservation environnementale et la cohésion sociale, tout cela devrait être mené avec unité et d'un point de vue global.
L'UE est le bastion le plus important contre une répétition des guerres meurtrières du siècle dernier.
Le concept d'Etat providence – avec ses caractéristiques différentes d'un Etat membre à l'autre – devrait être développé dans le processus d'intégration européenne. C'est une condition importante pour l'avenir, comme cela a été démontré de manière brutale par les crises financière et économique.
Notre survie dépend de notre capacité à maintenir un équilibre entre le développement économique et social d'un côté et la préservation de l'environnement de l'autre.
[Ces contributions représentent les opinions personnelles de leurs auteurs].