EXCLUSIF : Les réformateurs iraniens appellent en privé Khamenei à démissionner

La tentative visant à destituer Ali Khamenei a été interrompue par des menaces sécuritaires, les médias iraniens ayant rapporté une tentative présumée d'assassinat contre l'une des figures de proue du mouvement.

EURACTIV.com
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Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, arrive pour voter lors de l'élection présidentielle, le 28 juin 2024. [Sobhan Farajvan/Pacific Press/LightRocket via Getty Images]

Les réformateurs iraniens, longtemps considérés comme un pilier stabilisateur de la République islamique, exhortent en privé le guide suprême Ali Khamenei à se retirer, a appris Euractiv.

Les dirigeants du Front réformateur, une alliance de partis et de groupes réformateurs, ont convoqué une réunion d’urgence le 11 janvier, selon des personnes proches du dossier. La session était présidée par Azar Mansouri, figure réformatrice de premier plan et chef du Parti de l’Union du peuple islamique iranien.

La rencontre, qui avait lieu au siège du Parti de l’Association islamique de la Société médicale iranienne, a été marquée par un débat houleux sur la répression violente des manifestants par le régime, qui, selon certaines estimations, aurait causé la mort de plus de 30 000 Iraniens.

Toutefois, les hauts dirigeants réformateurs se sont mis d’accord sur une mesure sans précédent : publier une déclaration publique appelant Ali Khamenei à renoncer au pouvoir, à démissionner de ses fonctions et à superviser la création d’un conseil de transition pour le remplacer.

Selon des personnes informées des discussions, Azar Mansouri a été chargé d’exhorter le guide suprême à transférer son autorité à un « conseil de transition temporaire » et à appeler les hauts fonctionnaires à démissionner. Les dirigeants réformateurs ont également discuté de l’organisation d’un rassemblement de protestation, quatre jours seulement après le pic des manifestations nationales.

Ce projet ne s’est jamais concrétisé. Les autorités iraniennes ont eu vent de la déclaration. Depuis lors, les inquiétudes grandissent quant à la sécurité des personnalités du mouvement, en particulier celle de Azar Mansouri.

Les médias iraniens ont ensuite rapporté que Azar Mansouri avait fait état d’une tentative d’assassinat présumée. Lors d’une visite dans sa maison de campagne, lui et les membres de sa famille ont remarqué qu’un tuyau de chauffage avait été scellé avec un nouveau matériau isolant, un acte qui, selon lui, aurait pu provoquer un empoisonnement mortel au monoxyde de carbone.

Si elle était confirmée, une telle tentative marquerait une forte escalade de la part des autorités contre le camp réformateur, qui a jusqu’à présent largement contribué à stabiliser la République islamique. Selon des personnes proches du dossier, la faction autour de Azar Mansouri a également pris ses distances avec le président Masoud Pezeshkian, malgré ses liens antérieurs avec les réformateurs.

Les dirigeants du groupe auraient exigé que Masoud Pezeshkian, aux côtés de Ali Khamenei, soit traduit en justice.

Une rupture avec le bloc réformateur priverait le régime d’un tampon politique qui a longtemps absorbé le mécontentement public sans remettre en cause les fondements de la République islamique. Une révolte ouverte de ces forces pourrait affaiblir davantage le leadership iranien, à un moment où un groupe aéronaval américain se positionne à portée de frappe.