France et Allemagne s’indignent du soutien d’Elon Musk à l’extrême droite européenne

À force de multiplier les déclarations controversées et d'afficher publiquement son soutien à l’extrême droite européenne, Elon Musk s'est attiré les foudres du ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, qui estime que le camp républicain de Donald Trump devra « assumer » les propos du milliardaire.

EURACTIV France avec AFP
Official ceremony marks reopening of Notre-Dame Cathedral
Elon Musk, qui a amplifié la virulente rhétorique antimigrants de Donald Trump pendant la campagne présidentielle américaine, a notamment réclamé de nouvelles élections au Royaume-Uni et soutenu le parti d’extrême droite allemand AfD. [EPA-EFE/CHRISTOPHE PETIT TESSON / POOL]

À force de multiplier les déclarations controversées et d’afficher publiquement son soutien à l’extrême droite européenne, Elon Musk s’est attiré les foudres du ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, qui estime que le camp républicain de Donald Trump devra « assumer » les propos du milliardaire.

Elon Musk ne cesse décidément de faire parler de lui. Pendant la campagne présidentielle américaine, il a amplifié la virulente rhétorique anti-immigration de Donald Trump, et plus récemment, il a réclamé de nouvelles élections au Royaume-Uni et soutenu le parti d’extrême droite allemand AfD.

Il a aussi affiché son enthousiasme à l’égard de la cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, dirigeante la plus à droite du pays depuis 1945, laquelle le considère comme un « génie ».

Selon le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, le parti de Donald Trump devra « assumer » les propos du milliardaire Elon Musk, proche du président élu américain, si son soutien à la droite dure européenne se révèle sincère.

« Soit c’est un exercice de communication qui vient un peu perturber, notamment en Allemagne, un processus électoral et c’est très regrettable », a commenté dimanche 5 janvier le chef de la diplomatie française.

« Soit c’est un choix assumé, notamment vis-à-vis de l’AfD, qui est un parti d’ultra droite qui flirte avec les idées néonazies. Et alors, il faudra que le parti républicain […] assume de lier son destin avec celui d’un parti qui représente tout ce que le parti républicain a toujours combattu. »

Elon Musk, 53 ans, qui n’a pas de rôle officiel au sein du futur gouvernement de Donald Trump mais a été chargé d’une mission sur la réduction de la dépense publique, compte plus de 200 millions d’abonnés sur son réseau X.

Jean-Noël Barrot a dénoncé à cet égard le rôle croissant des réseaux sociaux dans le débat politique international.

« La démocratie est un trésor fragile », a-t-il estimé.

« Nous ne pouvons pas accepter […] que le débat électoral se délocalise sur des plateformes de réseaux sociaux dont les règles sont fixées par des milliardaires américains ou chinois et qui sont instrumentalisées par les ennemis de la démocratie pour nous fragiliser. »

Il a rappelé que l’Union européenne avait déjà pris des mesures importantes contre la désinfomation diffusée sur ces plateformes, souhaitant qu’elles soient appliquées.

« J’en appelle, mais très solennellement, à la Commission européenne pour que sa main ne tremble pas et pour qu’elle [les] fasse appliquer de manière très ferme », a déclaré Jean-Noël Barrot.

« Il y a des enquêtes qui ont été ouvertes sur X et sur TikTok. Elles doivent maintenant aboutir […]. S’il est avéré que ces plateformes ont conduit à manipuler le débat public, il faut que les sanctions soient prises et qu’elles soient appliquées fermement. »

Indignation en Allemagne

Le chancelier allemand Olaf Scholz a lui aussi condamné les « déclarations erratiques » d’Elon Musk ainsi que le soutien du milliardaire américain au parti d’extrême droite AfD, dans un entretien paru samedi 4 janvier.

Questionné par le magazine Stern sur les piques d’Elon Musk, qui l’a notamment traité de « fou » début novembre puis d’« imbécile incompétent » le 20 décembre, avant de s’en prendre au président allemand Frank-Walter Steinmeier, qualifié de « tyran », Olaf Scholz a estimé qu’il « fallait garder son calme ».

« En Allemagne, tout se passe conformément à la volonté des citoyens, et non selon les déclarations erratiques d’un milliardaire américain », a réagi le dirigeant allemand, à un mois et demi d’élections législatives anticipées prévues le 23 février prochain.

« Le président allemand n’est pas un tyran anti-démocratique et l’Allemagne est une démocratie forte et stable — peu importe ce que [Elon] Musk affirme », a souligné le chancelier social-démocrate, dans la même interview.

Olaf Scholz juge en revanche « beaucoup plus problématique que ses insultes » le soutien d’Elon Musk à l’AfD, « un parti qui prône un rapprochement avec la Russie de [Vladimir] Poutine et souhaite l’affaiblissement des liens transatlantiques ».

L’Alternative pour l’Allemagne (AfD), créditée dans les sondages de la deuxième place (19 % en moyenne) aux législatives derrière les conservateurs (autour de 33 %), a reconnu mardi 31 décembre dans les colonnes de Der Spiegel être en contact régulier avec l’équipe de l’homme d’affaires américain, qui s’entretiendra le 9 janvier avec la dirigeante du mouvement, Alice Weidel, sur X.

« Je ne pense pas qu’il faille chercher à s’attirer les faveurs de [Elon] Musk. Je laisse cela à d’autres », a répondu pour sa part Olaf Scholz à la question de savoir s’il comptait échanger avec Elon Musk.

Le chancelier allemand a indiqué avoir rencontré Elon Musk en mars 2022, lors de l’inauguration de l’usine Tesla dans le Brandebourg, non loin de Berlin, à une « époque d’ailleurs où l’AfD locale protestait contre son implantation ».

[Édité par Anna Martino]