UE : les dossiers sur lesquels le NFP pourrait s'entendre... et se déchirer
Le Nouveau Front populaire (NFP) est arrivé en tête des élections anticipées dimanche (7 juillet), et devrait ouvrir le bal des négociations en vue de former un gouvernement de coalition. Et mettre sur la table quelques enjeux européens qui divisent la coalition.
Le Nouveau Front populaire (NFP) est arrivé en tête des élections anticipées dimanche (7 juillet), et devrait ouvrir le bal des négociations en vue de former un gouvernement de coalition. Et mettre sur la table quelques enjeux européens qui divisent la coalition.
Quelques heures après l’annonce par Emmanuel Macron de la dissolution de l’Assemblée nationale, La France insoumise (LFI), le Parti socialiste (PS), les Verts et les Communistes (PCF) ont réussi ce que beaucoup pensaient impossible : la création d’une coalition électorale, le Nouveau Front populaire.
Tout au long de la campagne des élections européennes, les partis de gauche n’avaient eu de cesse de s’attaquer, mettant en exergue leurs profondes divergences tant sur le fond que sur la forme.
Et pourtant, quatre semaines après le scrutin européen, la donne ne pourrait être plus différente : le NFP est arrivé en tête du scrutin avec 178 sièges, devant Ensemble (150 sièges) et le Rassemblement national (143 sièges).
Charge à ses chefs de tenter aujourd’hui de trouver une coalition gouvernementale qui puisse atteindre la majorité absolue et survivre à une potentielle motion de censure.
Une mission des plus délicates, alors que les sujets les plus clivants à gauche, notamment sur l’UE, ont été mis en sourdine tout au long de la campagne — et ne manqueront pas de remonter dans les prochains jours.
Les sujets européens qui divisent l’alliance
Deux sujets semblent diviser — plus que tout autre — les partis membres du NFP : les affaires étrangères et le nucléaire.
Soutien à l’Ukraine et défense européenne
Là où le Parti socialiste (PS) et les Ecologistes ont toujours soutenu un plus ample soutien militaire et financier à l’Ukraine, LFI et les Communistes se sont montrés plus ambivalents.
Pour ces derniers, la priorité est à un cessez-le-feu immédiat, à des négociations pour la paix et à la création de zones démilitarisées autour des centrales nucléaires — au risque de mettre l’agresseur et l’agressé sur un pied d’égalité.
« Il ne peut y avoir d’autre issue que celle où il n’y a ni vainqueur ni vaincu », affirmait Jean-Luc Mélenchon en mars, appelant de ses vœux à une paix « qui donne à chacune des deux parties des garanties mutuelles ».
Si LFI s’est engagée, tant dans son programme des Européennes qu’avec le NFP, à continuer de soutenir l’Ukraine, elle s’est largement inquiétée de la livraison de missiles de longue portée, et s’est prononcée contre l’envoi d’instructeurs militaires sur le sol ukrainien.
Les socialistes et les Verts sont aussi contre l’envoi de troupes, mais ils plaident pour un soutien décuplé : non seulement toutes les armes nécessaires doivent être livrées, mais Raphaël Glucksmann, alors tête de file des socialistes aux Européennes, souhaitait la création d’un fonds « Ukraine » au niveau européen, et doté de 100 milliards d’euros. Avec, pour ce faire, un nouveau cycle de dette commune européenne.
L’OTAN
Pour LFI et les Communistes, la France ne pourra s’affirmer sur la scène mondiale que si elle sort de l’Otan : « En acceptant de rejoindre l’OTAN, l’UE s’inscrit dans une stratégie américaine d’escalade des tensions à travers le monde », peut-on lire dans le programme de LFI aux Européennes.
Une lecture différente de celles des socialistes et écologistes, pour qui l’Alliance atlantique est une condition sine qua non de la défense européenne : « [L]es socialistes sont internationalistes : nous assumons que la force peut être utilisée pour aider nos alliés et en inscrivant notre action dans les cadres otanien et européen », souligne le PS.
Les tensions semblent si vives que l’OTAN n’est pas mentionnée une seule fois dans le programme du NFP.
L’élargissement
Quid de l’arrivée de l’Ukraine, la Moldavie ou encore des Balkans occidentaux au sein d’une UE élargie ?
Là encore, les approches diffèrent de part et d’autre de la gauche française.
Les Insoumis et communistes sont contre s’il n’y a pas d’harmonisation fiscale et sociale — au risque sinon de créer du dumping social qui pourrait nuire aux intérêts des travailleurs français. Les socialistes et Verts, quant à eux, voient l’intégration européenne comme une « nécessité » d’ordre géopolitique, tout en reconnaissant qu’une telle démarche prendra des années.
L’énergie nucléaire
Il n’y a pas que l’OTAN que le NFP a omis d’ajouter à son programme : le développement de l’énergie nucléaire n’y apparaît pas non plus. Et pour cause : les divisions sont légion.
Historiquement, LFI et les Écologistes sont opposés au nucléaire, faisant le pari de l’énergie renouvelable. Encore aujourd’hui, ils appellent à une disparition du nucléaire d’ici 2040 à 2050.
Le PS adopte une position plus nuancée : si la transition vers le renouvelable est impérative, Raphaël Glucksmann parlait lors des Européennes du nucléaire comme une énergie « de transition » qui contribue au bouquet énergétique français.
Enfin, les communistes se sont toujours dit de fervents défenseurs de l’atome.
Les sujets européens qui soudent la gauche
À l’inverse, certains dossiers européens font l’unanimité chez le NFP dans son ensemble — notamment sur les questions économiques.
Pacte de stabilité et de croissance
Le NFP est très clair : il « refuse » les nouvelles règles du pacte de stabilité et de croissance (PSC), qui selon lui condamne l’UE à l’austérité. Tous les partis, dans leurs émanations européennes, ont voté contre au Parlement européen en avril.
« Au lieu de créer de nouvelles règles budgétaires absurdes, notre énergie politique devrait être consacrée à donner à l’UE les outils dont elle a besoin pour investir massivement dans la défense, les énergies renouvelables, le réseau électrique, l’industrie et ainsi de suite », soulignait en janvier l’eurodéputée Place publique (Socialistes & Démocrates) spécialiste des questions économiques Aurore Lalucq.
Impôt sur la fortune européen
Au cœur du programme du NFP figure une totale révision de la politique fiscale en France… et en Europe.
Toute la gauche souhaite supprimer le droit de véto qui existe encore à Bruxelles pour les questions relatives à la fiscalité — qu’elle touche les particuliers ou les multinationales.
En outre, Aurore Lalucq est à l’origine d’une initiative citoyenne européenne (ICE) pour créer un nouvel impôt sur la fortune (ISF) européen afin de « financer la transition écologique et sociale ». Elle table sur des recettes de l’ordre de 220 milliards d’euros par an.
La réforme des retraites de 2023
Péniblement adoptée il y a tout juste un an, la réforme des retraites d’Emmanuel Macron est sans doute la mesure la plus critiquée par la gauche.
Le NFP dans son ensemble veut abroger ce projet de loi, qui repousse l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans. L’alliance veut le ramener à 60 ans et indexer les pensions de retraite sur l’inflation — pour une fourchette de coût de 27 à 53 milliards d’euros, analysent certains économistes.
Cette mesure pourrait mettre la France en porte à faux avec les recommandations de la Commission européenne, qui depuis longtemps préconise de relever l’âge légal afin de garantir la viabilité économique des systèmes de retraite, alors que le pays est sur le point d’entrer dans une procédure de déficit excessif.