La France mise sur l’UE pour affronter le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche

Personne en France ne semble se faire d’illusion : c’est en renforçant l’autonomie stratégique de l’UE et en construisant une défense commune que le continent pourra faire face au retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis.

Euractiv France
French President Macron visits Berlin
Le chancelier allemand Olaf Scholz et le président français Emmanuel Macron à Berlin, en Allemagne, le 2 octobre 2024. [EPA-EFE/HANNIBAL HANSCHKE]

Personne en France ne semble se faire d’illusion : c’est en renforçant l’autonomie stratégique de l’Union européenne (UE) et en construisant une défense commune que le continent pourra faire face au retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis.

Emmanuel Macron n’a pas perdu de temps pour occuper le terrain. Avant même l’annonce officielle de la victoire de Donald Trump, le président français a adressé peu avant 9 h ses félicitations d’usage au nouveau président américain sur le réseau social X.

« Prêt à travailler ensemble comme nous avons su le faire durant quatre années. Avec vos convictions et avec les miennes », a-t-il affirmé, soulignant dans un second message avoir échangé avec le chancelier allemand Olaf Scholz pour « œuvrer à une Europe plus unie, plus forte, plus souveraine », en « coopérant avec les États-Unis d’Amérique et en défendant nos intérêts et nos valeurs ».

L’Élysée expliquait depuis quelques jours se préparer à toutes les éventualités et semble décidé à s’appuyer sur Berlin pour défendre les positions de l’UE, alors que le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, doit rencontrer son homologue français Sébastien Lecornu mercredi 6 novembre en fin d’après-midi à Paris.

« L’appel lancé ce matin en direction d’Olaf Scholz donne le rythme de la dynamique qui pourrait se dessiner dans les prochains jours, car tout le monde est conscient que malgré leurs différences, Paris et Berlin doivent être le moteur de l’Europe », analyse pour Euractiv Gésine Weber, spécialiste des relations entre les États-Unis et l’Europe au King’s College de Londres.

Alors que la voix d’Emmanuel Macron peinait à porter sur la scène internationale depuis la dissolution de l’Assemblée nationale le 9 juillet dernier, l’élection de Donald Trump pourrait donner au président français l’occasion de revenir sur le devant de la scène, estime la chercheuse.

« Emmanuel Macron dispose d’un atout, c’est qu’il est l’un des seuls dirigeants européens à déjà avoir des relations personnelles avec Donald Trump et cela pourrait jouer en sa faveur », continue Gésine Weber.

Les politiques français misent sur l’Europe

Face au séisme politique que constitue le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, la grande majorité de la classe politique française estime qu’il est nécessaire que l’UE se mette très rapidement en ordre de bataille.

« Donald Trump a souvent affirmé que l’unité européenne n’avait été conçue que pour organiser une concurrence plus redoutable des pays européens vis-à-vis des États-Unis et il entend donc nous affaiblir comme il entend affaiblir la Chine », s’alarme l’eurodéputé Renew Bernard Guetta auprès d’Euractiv. « Au niveau militaire, il est donc essentiel de construire une défense européenne commune, et plus un pays européen n’est d’ailleurs opposé à cette idée », continue-t-il.

Une position partagée par une partie de la gauche française.

« L’élection de Donald Trump […] est un cauchemar pour la démocratie, pour les droits humains et pour l’Europe », explique sur X Raphaël Glucksmann, le chef de file des socialistes français au Parlement européen, partisan résolu du soutien militaire à l’Ukraine. « Nous voilà condamnés […] à faire en quelques semaines, quelques mois, ce que nous n’avons pas voulu faire durant des décennies : construire notre propre défense, assurer notre propre sécurité, bâtir notre propre puissance. »

Du côté du Rassemblement national (RN), la cheffe de file du parti d’extrême droite Marine Le Pen n’a pas manqué d’adresser sur X « ses vœux de succès » au nouveau président américain, alors que le président du mouvement, l’eurodéputé Jordan Bardella, a appelé à repenser le rapport de l’Europe « à la puissance et à l’autonomie stratégique ».

« Il faut prendre conscience que nous allons devoir être seuls sur beaucoup de sujets, en France comme en Europe, notamment en matière de défense », confirme pour Euractiv l’eurodéputé et porte-parole du RN Aleksandar Nikolic, qui se réjouit du protectionnisme prôné par Donald Trump et de la dynamique qui porte les partis défendant les « identités nationales », aux États-Unis comme en Europe.

« De nouveaux leaders ont déjà émergé sur le continent européen, avec la Première ministre italienne Giorgia Meloni, avec le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, ou avec Marine Le Pen et Jordan Bardella, qui sont les deux personnalités politiques préférées des Français », continue Aleksandar Nikolic. « Et nos idées sont en train de progresser un peu partout en Europe. »

[Édité par Anne-Sophie Gayet]