François Hollande en opération séduction à Berlin

Invité d’honneur des sociaux-démocrates allemands, le candidat socialiste trace la voie d’une relation franco-allemande rééquilibrée, avec l’idée entêtante de voir la gauche remporter les élections dans les deux pays.

EURACTIV.fr
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Invité d’honneur des sociaux-démocrates allemands, le candidat socialiste trace la voie d’une relation franco-allemande rééquilibrée, avec l’idée entêtante de voir la gauche remporter les élections dans les deux pays.

Poser les nouvelles bases de la relation franco-allemande, faire oublier les déclarations embarrassantes d’Arnaud Montebourg et Jean-Marie Le Guen, motiver les troupes socio-démocrates d’Outre-Rhin en quête d’alternance en 2013… En visite à Berlin le 5 décembre, lors du congrès du SPD, François Hollande avait plusieurs lièvres à courir à la fois.

Applaudi à de multiples reprises tout au long de son discours, le candidat socialiste à la présidentielle a réédité les annonces faites à Bruxelles cinq jours plus tôt  : rejet d’un nouveau traité -qui prendrait « des mois [à] négocier »-, refus de l’intervention de la Cour de justice européenne et promotion d’un pacte de responsabilité budgétaire assorti de mesures visant à doper la croissance. « Ce que je propose ce n´est pas un fédéralisme de marchés mais un fédéralisme de projets », a-t-il résumé, citant Galiléo comme le dernier défi industriel crédible de l’Union. « Depuis, aucune frontière technologique n’a été repoussée par l’Europe. »

De Gaulle et Adenauer

A l’heure où la crise a été un révélateur de tensions entre le Nord et le Sud de l’Europe, « aucun pays n’a de leçons à donner à l´autre », a estimé François Hollande. « L’entêtement ser[ait] la pire attitude ». Un signal clair envoyé à la chancelière Merkel qui donne l’impression, ces derniers mois, de porter la culotte au sein du couple franco-allemand en maintenant une vision orthodoxe du rôle de la Banque centrale européenne.

Ce déséquilibre devrait selon lui laisser place à « un rapport entre partenaires égaux ». L’occasion, pour le candidat, d’adapter le canevas de son texte pour s’attarder sur le toilettage du Traité de l’Elysée, signé entre la France et l’Allemagne il y a  50 ans. « Après le Général de Gaulle et Adenauer, sommes-nous capables de relever le niveau de notre relation ? » a-t-il lancé. Le député de Corrèze veut élargir l’accord à de nouvelles coopérations, étonnamment précises  : il cite un « fonds industriel » franco-allemand dédié aux pôles de compétitivité dans le domaine des transports, de l’énergie, de l’environnement, un office franco-allemand de la recherche et pense aussi à un État-major commun.

Passant du concret à l’abstrait, François Hollande pousse la convergence de vues jusqu’au philosophe Jürgen Habermas, qui assimile la gouvernance européenne à une post-démocratie. « Je partage [ses] craintes devant le fossé qui s’élargit entre les citoyens et l’élite dirigeante », a observé l’invité du SPD.

Très fort accent

Cette harmonie a parfois ses limites. Nicolas Sarkozy l’a fait remarquer lors de la conférence de presse tenue le même jour à l’Elysée, aux côtés de la chancelière Merkel. Sur la règle d’or, « je n’aurai pas besoin de convaincre » M. Hollande, a ironisé le président, puisque les « socialistes allemands ont voté » la mesure. Une manière de poursuivre la partie de ping-pong que le candidat de la gauche a lui-même démarrée à Berlin, suggérant à l’Allemagne « de ne pas copier la France » sur la politique d’allègements fiscaux « injustes » du gouvernement.

2012 en France, 2013 en Allemagne. Les dates des élections nationales sonnent comme un rendez-vous à ne pas manquer pour les gauches française et allemande. « Pour nous donner du courage, je veux conclure en allemand », s’est emballé François Hollande. Un journaliste allemand présent dans la salle s’en amuse  : « Il a un très fort accent français, mais ça a été très apprécié. »


François Hollande au congrès du SPD par PartiSocialiste