Future Commission européenne : la candidate à l’Élargissement convainc les eurodéputés lors de son audition

La commissaire désignée à l’Élargissement, Marta Kos, a convaincu les eurodéputés jeudi 7 novembre, obtenant leur approbation pour sa nomination malgré les tentatives de certains membres de sa propre famille politique, le Parti populaire européen, de s’y opposer.

EURACTIV.com
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Audience de confirmation de Marta Kos, Commissaire européenne désignée pour l’Elargissement. [Parlement européen]

La commissaire désignée à l’Élargissement, Marta Kos, a convaincu les eurodéputés lors de son audition au Parlement européen jeudi 7 novembre, obtenant leur approbation pour sa nomination malgré les tentatives de certains membres du Parti populaire européen (PPE), de lui mettre des bâtons dans les roues.

Les présidents et coordinateurs des commissions des Libertés civiles, de la Justice et des Affaires intérieures (LIBE) du Parlement européen ont approuvé la nomination de Marta Kos au poste de commissaire à l’Élargissement avec une majorité des deux tiers.

Tout au long de l’audition, une partie du PPE a pourtant tenté de la décrédibiliser en lui posant des questions récurrentes sur les accusations selon lesquelles elle aurait travaillé pour les services secrets yougoslaves au début de sa carrière.

La Slovène s’est défendue en qualifiant cette affaire de « désinformation », soulignant qu’elle figurait sur une liste d’informateurs, à l’instar de nombreux responsables politiques actuellement au pouvoir en Slovénie.

Les cases sont cochées

Sur le plan politique, Marta Kos n’a pas révélé grand-chose de ses projets au-delà de ce qui figurait déjà dans sa lettre de mission rédigée par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen. Elle a tout de même évoqué tous les pays candidats actuels et futurs à l’adhésion à l’Union européenne (UE), à savoir les six pays des Balkans occidentaux ainsi que l’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie.

La Slovène s’en est toutefois largement tenue aux principaux points de vue de l’Union sur les modalités du processus d’adhésion.

« Je suis fermement convaincue que nous ne pouvons accepter que des membres qui s’en tiennent aux valeurs européennes », a-t-elle soutenu.

« Si nous voulons vraiment être cohérents, et nous devons l’être, nous devons respecter l’intégrité du processus d’élargissement », a-t-elle poursuivi, soulignant à plusieurs reprises que le processus devrait être « basé sur le mérite ».

Pour Marta Kos, il y a une « réelle chance » que l’UE puisse terminer les négociations d’adhésion avec au moins deux pays candidats sous son mandat qui s’achèvera en 2029, notamment avec « le Monténégro à la fin de 2026 et l’Albanie en 2027 », a-t-elle assuré aux eurodéputés.

Elle a réitéré la nécessité d’accélérer les étapes intermédiaires dans l’ouverture des chapitres de négociations d’adhésion afin d’être plus « efficace ». Elle a toutefois rassuré les eurodéputés en précisant que, même si cela pouvait se faire à la majorité qualifiée, l’unanimité serait maintenue « à la fin et au début » du processus.

Communication et société civile

Professionnelle des relations publiques et ancienne lobbyiste, Marta Kos a insisté tout au long de son audition sur la nécessité d’une nouvelle stratégie de communication sur les avantages du processus d’élargissement.

Selon elle, les discours de désinformation sont en partie à l’origine des « craintes » selon lesquelles l’entrée d’États plus pauvres dans l’UE « aggravera les conditions de vie » des citoyens.

« Nous devons également répondre à ces craintes, qui relèvent de l’irrationalité », a-t-elle déclaré.

Interrogée sur la manière dont elle comptait convaincre les citoyens européens sceptiques des avantages de l’élargissement, elle a suggéré que les campagnes de la Commission européenne soient « adaptées à chaque État membre ». Elle a également annoncé qu’elle impliquerait « des personnes célèbres, des influenceurs, des gens connus », afin d’obtenir « le soutien de tous dans cette campagne ».

Certains décideurs politiques de l’UE ont confié à Euractiv qu’ils étaient surpris de l’accent mis par Marta Kos sur les relations publiques, qu’ils jugent disproportionné.

Au-delà de la communication, la Slovène s’est engagée à renforcer de manière significative les liens avec les organisations de la société civile afin de poursuivre une approche ascendante dans les pays candidats à l’adhésion à l’UE. Elle a par ailleurs souligné la nécessité d’une « politique de tolérance zéro pour toutes les actions contre les organisations de la société civile, les défenseurs des droits humains et les journalistes » pour tous ces pays.

Les processus d’adhésion à l’arrêt

S’attardant sur les problèmes de voisinage spécifiques à certains pays candidats, Marta Kos a annoncé qu’elle travaillerait à la « réconciliation » nécessaire sur les « questions bilatérales » dans les Balkans occidentaux ainsi que sur la réunification de Chypre et les liens entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, et qu’elle « dialoguerait » avec la Turquie.

En ce qui concerne la Turquie, dont les progrès vers l’adhésion sont au point mort depuis dix ans, la commissaire désignée a précisé qu’il n’y aurait « pas d’évolution [dans les négociations] si [il n’y avait] pas d’évolution dans la question chypriote », ajoutant que cela dépendrait de la volonté d’Ankara de rejoindre les pourparlers menés par l’ONU.

Concernant la Géorgie et la Serbie, les deux pays ont été pointés du doigt pour leurs récents manquements dans leur chemin vers l’adhésion à l’UE. Marta Kos a reconnu que la Serbie avait fait quelques progrès, mais elle a confié que Belgrade « devra faire beaucoup plus », en particulier en ce qui concerne l’alignement de sa politique étrangère.

D’une certaine manière, ses propos font écho à ceux du Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères, Josep Borrell, qui a exhorté la Serbie à clarifier la direction stratégique qu’elle entend suivre la semaine dernière.

« La Serbie devra tôt ou tard aligner sa politique étrangère sur celle de l’UE. Sinon, son adhésion [à l’UE] sera compromise », a-t-il déclaré aux journalistes.

La Slovène a adopté un ton prudent dès le départ, affirmant que Bruxelles « n’hésiterait pas à proposer des mesures correctives » concernant les sanctions potentielles si les candidats à l’adhésion à l’UE observaient des reculs en matière de réformes, ce qui a été perçu comme une référence directe aux récents bouleversements internes de la Géorgie.

Peu de place pour l’économie

Si Marta Kos a mis l’accent sur les valeurs européennes, le soutien à la société civile et l’amélioration de la communication, elle s’est abstenue d’entrer dans les détails d’une politique spécifique ou d’évoquer les pressions géopolitiques entourant le processus d’élargissement.

Cette attitude contraste fortement avec celle du commissaire à l’Élargissement sortant, le Hongrois Olivér Várhelyi. Au cours de son mandat, qui a débuté en 2019, il a beaucoup insisté sur les avantages économiques de l’adhésion pour les candidats voulant intégrer l’UE et sur les possibilités d’intégration progressive des candidats.

Ces deux dernières années, les aspects économiques de la question ont pris une importance considérable, avec le déploiement des plans d’investissement pour les Balkans occidentaux et la Moldavie, qui visent à rapprocher progressivement les États membres de la région de l’UE.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]