Giorgia Meloni demande à Olaf Scholz d’expliquer le financement allemand d’ONG en Mediterranée

L’Allemagne doit expliquer son financement des navires de sauvetage des ONG en Méditerranée, a écrit la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, dans une lettre adressée au chancelier allemand, Olaf Scholz.

EURACTIV Italie
Italian Prime Minister Meloni visits Berlin
Alors que l’Italie a déjà critiqué l’UE, et en particulier la France et l’Allemagne, pour ne pas avoir accepté les migrants arrivés irrégulièrement en Italie, Mme Meloni reproche aujourd’hui à l’Allemagne de financer les navires des ONG qui opèrent en Méditerranée. [[EPA-EFE/CLEMENS BILAN]]

L’Allemagne doit expliquer son financement des navires de sauvetage des ONG, qui, selon l’agence européenne des garde-frontières Frontex, constituent un « facteur d’attraction » pour l’immigration irrégulière, a écrit la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, dans une lettre adressée au chancelier allemand, Olaf Scholz.

Le gouvernement italien n’est pas satisfait de la manière dont l’Union européenne gère la crise migratoire actuelle, qui a vu Lampedusa submergée de migrants ces dernières semaines.

Alors que l’Italie a déjà critiqué l’UE, et en particulier la France et l’Allemagne, pour ne pas avoir accepté les migrants arrivés irrégulièrement en Italie, Mme Meloni reproche aujourd’hui à l’Allemagne de financer les navires des ONG qui opèrent en Méditerranée.

Dans sa lettre, Mme Meloni demande des explications à M. Scholz et suggère de manière rhétorique que le chancelier se demande si l’accueil des personnes fuyant l’Afrique « ne devrait pas être facilité sur le territoire allemand plutôt qu’en Italie ».

« J’ai appris avec stupéfaction que votre gouvernement — sans coordination avec le gouvernement italien — aurait décidé de soutenir avec des fonds substantiels des organisations non gouvernementales impliquées dans l’accueil de migrants irréguliers sur le territoire italien et dans des sauvetages en mer Méditerranée », a déclaré M. Meloni dans sa lettre à M. Scholz, notant que ces deux activités « soulèvent des questions ».

L’Italie fait actuellement face à des pressions migratoires exceptionnelles : des milliers de migrants se sont retrouvés dans le premier centre d’accueil de l’île de Lampedusa, et autant sont transférés dans des centres d’accueil disséminés dans tout le pays, bien que les voisins de l’Italie aient fermé leurs frontières.

Dès 2022, Frontex a décrit les navires de sauvetage de migrants contrôlés par des ONG comme incitant à la traversée, autrement dit comme un « facteur d’attraction », en particulier depuis la Tunisie et la Libye.

Pour Meloni, les pays de l’UE qui veulent s’engager concrètement dans la situation d’urgence, « y compris financièrement », devraient se concentrer sur « la recherche de solutions structurelles au phénomène migratoire » en coopérant avec les pays de transit de la rive sud de la Méditerranée. Par exemple, avec des accords qui, selon M. Meloni, coûteraient moins cher que l’accord UE-Turquie.

Le ministre de la Défense Guido Crosetto (Frères d’Italie, ECR) s’est fait l’écho de sentiments similaires à l’égard de l’Allemagne, en accusant ce pays de ne pas se montrer sympathique envers l’Italie et en appelant à un changement d’approche au niveau de l’UE sur le dossier de l’immigration.

« L’Allemagne n’est pas un pays amical. Elle a une approche idéologique et nous met en difficulté », a déclaré M. Crosetto dans une interview accordée à La Stampa, regrettant que « Berlin paie les ONG ».

Quant à Paris, M. Crosetto a déclaré que la France « bloque les frontières et personne ne dit rien ». « L’Europe se trompe souvent de stratégie », a-t-il conclut.

« Face à notre demande d’aide, quelle est leur réponse ? Nous n’avons pas agi de la même manière lorsqu’Angela Merkel a convaincu l’UE d’investir des milliards d’euros en Turquie pour empêcher les migrants du Moyen-Orient d’arriver en Allemagne », a ajouté le ministre.

Le ministère allemand des Affaires étrangères a quant à lui rappelé par la voix d’un porte-parole que le financement des ONG est connu depuis longtemps et qu’il est prévu par une décision du Bundestag, dans le but de « faciliter le sauvetage civil en mer ainsi que les projets terrestres pour les personnes secourues ».

Le ministre italien des Affaires étrangères Antonio Tajani (Allez l’Italie/Forza Italia, PPE/Parti populaire européen) se rendra à Berlin pour rencontrer son homologue allemande Annalena Baerbock jeudi (28 septembre), tandis que Mme Meloni et M. Scholz se rencontreront lors de la prochaine réunion du Conseil de l’UE les 5 et 6 octobre à Grenade — une occasion de « discuter en personne » et de « mieux clarifier les contours exacts de ces initiatives de votre gouvernement (celui de M. Scholz) », a déclaré Mme Meloni dans sa lettre.