Giorgia Meloni hésite à renouveler le partenariat Italie-Chine

Le gouvernement italien de la Première ministre Giorgia Meloni n’a pas encore décidé s’il allait renouveler le protocole d’accord entre Rome et Pékin, qui arrivera à échéance l’année prochaine.

EURACTIV Italie
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« D’un point de vue politique, dès 2019, l’accord a créé des difficultés évidentes pour le gouvernement Conte, face, cependant, à des bénéfices importants pour l’économie italienne », a déclaré la professeure Silvia Menegazzi à EURACTIV Italie. [Shutterstock/Pierre Teyssot]

Le gouvernement italien de la Première ministre Giorgia Meloni n’a pas encore décidé s’il allait renouveler le protocole d’accord entre Rome et Pékin, qui arrivera à échéance l’année prochaine.

En 2019, le gouvernement de Giuseppe Conte avait signé un protocole d’accord avec la Chine. L’Italie a, par ce biais, rejoint le groupe de pays partenaires de la Chine dans le cadre du projet de la Nouvelle route de la soie (Belt and Road Initiative, BRI), faisant d’elle l’un des premiers États membres de l’UE, aujourd’hui au nombre de 18, à y adhérer.

L’accord, valable jusqu’en mars 2024, vise à renforcer les relations politiques et commerciales entre Rome et Pékin et comprend des dizaines d’accords entre institutions et entreprises. Un préavis écrit d’au moins trois mois est nécessaire pour se retirer, tandis que le renouvellement est automatique et valable pour cinq années supplémentaires.

Les échanges commerciaux entre l’Italie et la Chine au cours des trois dernières années « ont établi de nouveaux records, atteignant 73,55 milliards d’euros en 2022 et plaçant Rome au premier rang européen des pays ayant des relations commerciales avec la Chine », a déclaré l’ambassadeur de Chine en Italie, Jia Guide.

Cependant, selon Silvia Menegazzi, professeure d’études chinoises à l’université LUISS Guido Carli, aujourd’hui, le contexte a changé, ainsi que la perception de la Chine par l’Occident.

« D’un point de vue politique, dès 2019, l’accord a créé des difficultés évidentes pour le gouvernement Conte, face, cependant, à des bénéfices importants pour l’économie italienne », a-t-elle déclaré à EURACTIV Italie.

« Aujourd’hui, le contexte international a considérablement changé et le rôle de la Chine est différent. Cela ne peut qu’exacerber le débat politique, alors que le gouvernement Meloni se trouve dans une impasse », a déclaré Mme Menegazzi.

Selon elle, la solution la plus simple pourrait être de laisser l’accord se renouveler de lui-même, car un retrait ferait davantage la une des journaux. Après tout, « faire des affaires avec la Chine profite à tout le monde », a ajouté la professeure.

Giorgia Meloni est indécise, le parti penche pour un « non »

Avant d’être élue, Mme Meloni était connue pour son hostilité à l’égard de la Chine, puisqu’elle avait même qualifié l’accord conclu par M. Conte avec la Chine de « grosse erreur ». En tant que Première ministre, cependant, elle semble plus prudente dans sa prise de position.

« Si je devais signer le renouvellement de ce mémorandum demain matin, je verrais difficilement les conditions politiques », a déclaré Mme Meloni à l’agence de presse taïwanaise Cna en septembre, en faisant référence au renouvellement prévu pour 2024.

« J’espère que le temps permettra à Pékin d’adoucir son ton et de faire quelque chose de concret pour le respect de la démocratie, des droits de l’homme et de la légalité internationale », a-t-elle souligné, critiquant vivement les tensions provoquées par la Chine à Taïwan.

Aujourd’hui, cependant, Mme Meloni déclare que le dossier chinois « est encore en cours d’évaluation », alors qu’au sein de son parti, certains membres ont exprimé leur scepticisme à l’égard de Pékin.

Le ministre de l’Agriculture, Francesco Lollobrigida, beau-frère de Mme Meloni, a déclaré que le gouvernement agirait « avec beaucoup de prudence », ce qui, selon lui, n’avait pas été le cas sous le gouvernement de M. Conte.

La Chine « a des avantages, en tant que partenaire commercial très important, mais aussi des inconvénients : elle a un modèle de développement éloigné du nôtre, des règles différentes en matière de respect des droits des travailleurs, une approche différente du conflit russo-ukrainien, du climat, de l’Afrique », a-t-il déclaré.

« Nous devons nous aligner sur les États européens, mais aussi sur les États-Unis, sur les pays de l’OTAN, parce qu’une alliance est une alliance, et pas seulement une alliance militaire », a déclaré M. Lollobrigida dans une interview accordée au quotidien Il Messaggero.

En novembre 2022, le ministre de la Défense Guido Crosetto, bras droit de longue date de Giorgia Meloni, a déclaré que la position de leur parti, Frères d’Italie (CRE), était ferme quant au non-renouvellement de l’accord.

« Notre position ne changera pas, je considère donc qu’un éventuel renouvellement est peu probable », a déclaré M. Crosetto au quotidien Il Foglio après la rencontre de Mme Meloni avec le Premier ministre chinois Xi Jinping en marge du sommet du G20 à Bali en novembre.

M. Crosetto a souligné que l’Italie ne pouvait pas négliger la coopération économique avec la Chine et qu’elle devait s’efforcer d’augmenter ses exportations vers Pékin, tout en évitant que les relations commerciales ne soient « trop à sens unique ».

L’ancien ambassadeur Giulio Terzi di Sant’Agata, aujourd’hui sénateur de Frères d’Italie, avait déclaré au portail Formiche.net : « Je ne veux même pas envisager qu’au moment de l’échéance, il n’y aura pas un examen approfondi et une consultation étroite avec les partenaires européens et atlantiques pour rééquilibrer la balance avec Pékin ».

Le ministre des Entreprises et du « Made in Italy », Adolfo Urso, a également mis en garde à plusieurs reprises contre la dépendance technologique à l’égard de Pékin, afin d’éviter de commettre la même erreur qu’avec la Russie de Vladimir Poutine sur le gaz.

En ce qui concerne le commerce mondial, M. Urso a déclaré que la Chine essayait de « soumettre nos démocraties » et que « nous devons en être conscients ».

La diplomatie d’Antonio Tajani

En février, le chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi, a rencontré à Rome le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani (Forza Italia/PPE), qui a déclaré que les discussions sur les échanges commerciaux et le dialogue sur les droits de l’homme étaient positives. Il a toutefois qualifié de « prématurées » les discussions sur l’accord avec Pékin.

« Nous sommes en train d’évaluer l’accord », a déclaré le ministre plus récemment.

Avec Pékin, « nous avons de bonnes relations, nous voyons, il y a de nombreuses formes de collaboration, y compris commerciales (…) Nous devons avoir de bonnes relations avec tout le monde, l’Inde, cependant, devient de plus en plus un partenaire stratégique de l’Italie dans ce domaine », a-t-il ajouté.

Selon Mme Menegazzi, l’Inde, qui a été considérée par l’Occident ces deux dernières années comme un pays utile pour contrebalancer la montée en puissance de la Chine, n’est toutefois pas un partenaire idéal dans plusieurs domaines.

« L’Inde aussi a une position souvent ambiguë sur les grandes questions, de la guerre au commerce. Elle a ses propres intérêts qui, la plupart du temps, ne coïncident pas avec ceux des pays occidentaux », a-t-elle déclaré à EURACTIV Italie.