Grèce : SYRIZA en terre inconnue après l’éviction du chef du parti
En Grèce, Stéfanos Kasselákis a été écarté de la direction du parti d’opposition de gauche SYRIZA, après le vote dimanche 8 septembre d’une motion de censure présentée par plusieurs membres du parti.
En Grèce, Stéfanos Kasselákis a été écarté de la direction du parti d’opposition de gauche SYRIZA, après le vote dimanche 8 septembre d’une motion de censure présentée par plusieurs membres du parti.
Stéfanos Kasselákis, 36 ans, avait remplacé l’ancien Premier ministre Aléxis Tsípras à la tête du parti il y a 11 mois. Son mandat n’aura pas été de tout repos, marqué par des luttes de pouvoir et des conflits de plus en plus nombreux.
Adoptée dimanche par 143 voix sur 286, la motion de censure ouvre la porte à des élections pour désigner une nouvelle direction. Outre Stéfanos Kasselákis, seront potentiellement candidats pour le poste de président le député Pávlos Polákis et Sokrátis Fámellos, ainsi que l’eurodéputé Nikólaos Farantoúris.
Lors d’un entretien accordé la semaine dernière à Euractiv, Nikólaos Farantoúris avait défendu l’héritage du gouvernement SYRIZA mené par Aléxis Tsípras de 2015 à 2019, affirmant que ce dernier devait être protégé.
« Cet héritage, je sens devant nos milliers de membres et d’amis que je dois le garder et le faire vivre avec de nouvelles initiatives. En se soumettant au jugement de nos membres », avait souligné l’eurodéputé.
Les relations entre Stéfanos Kasselákis et Aléxis Tsípras sont loin d’être chaleureuses et des proches du président destitué considèrent que l’ancien Premier ministre serait derrière l’opération. La motion de censure a dimanche été présentée par des personnes qui avaient soutenu Kasselákis lors de son élection.
Incertitude politique en Grèce
Nouvelle Démocratie (Parti populaire européen), le parti de centre-droit au pouvoir en Grèce, est en chute libre dans les sondages. Il est tombé de 41 % des suffrages lors des élections législatives de juin 2023, à 29 % lors des élections européennes de juin dernier et à 21% dans les derniers sondages.
Les partis d’opposition ne semblent cependant pour l’heure pas en mesure de capitaliser sur ce désamour. SYRIZA n’est crédité que de 8,5 % des voix, juste derrière le Mouvement socialiste panhellénique (PASOK), qui plafonne à 10,5 %.
Le Premier ministre Kyriákos Mitsotákis a donc pu déclarer dimanche : « Je ne vois aucune proposition alternative de gouvernement, ni de la part de SYRIZA, qui est dans un état d’aphasie politique, ni de la part du PASOK ».
Pour Nikólaos Farantoúris et d’autres membres de SYRIZA, l’heure est donc venue d’ouvrir un grand débat avec la PASOK et les dissidents de la Nouvelle Gauche, un mouvement créé après l’implosion de SYRIZA en novembre 2023.
Dans un entretien avec Euractiv en avril dernier, le chef de la Nouvelle Gauche, Alexis Charitsis, avait appelé SYRIZA et le PASOK à mettre fin à leur approche « hégémonique » et à se mettre d’accord avec d’autres forces progressistes sur un plan de gouvernance alternatif, afin de renverser Nouvelle Démocratie.
Les socialistes veulent rester autonomes
Le PASOK devrait également organiser bientôt des élections pour désigner la présidence du parti.
Selon certains observateurs, la prochaine direction du PASOK façonnera le paysage politique de la Grèce dans les années à venir. En effet, si certains socialistes sont partisans d’un rapprochement avec SYRIZA, d’autres espèrent profiter de la crise qui secoue le mouvement de gauche pour gagner des voix.
Parmi les candidats à la présidence du PASOK figurent le sortant Níkos Androulákis, le maire d’Athènes Harris Doukas, le député Pávlos Geroulános et l’ancienne commissaire européenne Ánna Diamantopoúlou. L’équipe qui prendra la tête du PASOK pourrait durant des années imprimer sa marque sur le paysage politique grec.
[Édité par Anne-Sophie Gayet & Laurent Geslin]