Greenpeace salue la transparence des tests de résistance nucléaire

  Les tests de résistance effectués sur les centrales nucléaires européennes suite à la catastrophe de Fukushima l’année dernière ont déjà permis de faire avancer les choses, notamment en termes de transparence, a déclaré un expert en politique nucléaire de Greenpeace, Jan Haverkamp. Lors d’un entretien accordé à EURACTIV Slovaquie, il  a également affirmé que ces tests avaient révélé quelques lacunes en matière de mesures d’urgence.

EURACTIV.com
Greenpeace_nuclear_parliament.jpg
Greenpeace_nuclear_parliament.jpg

 
Les tests de résistance effectués sur les centrales nucléaires européennes suite à la catastrophe de Fukushima l’année dernière ont déjà permis de faire avancer les choses, notamment en termes de transparence, a déclaré un expert en politique nucléaire de Greenpeace, Jan Haverkamp. Lors d’un entretien accordé à EURACTIV Slovaquie, il  a également affirmé que ces tests avaient révélé quelques lacunes en matière de mesures d’urgence.

Les militants de Greenpeace peuvent difficilement être accusés de parti pris en faveur de l'industrie lorsqu'il s'agit du nucléaire.

Par conséquent, lorsque le conseiller politique de l'ONG en charge de la question nucléaire, Jan Haverkamp, affirme que les régulateurs européens peuvent être félicités pour avoir mené leurs tests de résistances de manière transparente l'an passé, il est intéressant de le mentionner.

Avant la catastrophe de Fukushima, les tests de sécurité dans les centrales nucléaires n'étaient menés qu'occasionnellement « par un cercle fermé de régulateurs locaux » ou par des délégations de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) qui examinait des aspects de la sécurité générale, a-t-il expliqué.

Les tests de résistance de l'UE sont d'un autre niveau. Ils ont été réalisés sur des points beaucoup plus spécifiques et fondés sur des scénarios qui n'étaient pas envisagés par le passé.

« Nous disposons ici d'une révision par les pairs d'un travail concret, ils ne font pas que poser des questions générales. Dans le cadre de ces tests de résistance, divers scénarios sont envisagés, peu importe la probabilité de leur matérialisation. »

L'une des grandes avancées est que les équipes de sécurité ont été confrontées à des situations qu'elles n'avaient jamais imaginées avant Fukushima, comme la gestion d'urgences multiples sur plusieurs réacteurs.

« C'est la première victoire des tests de résistance », a affirmé M. Haverkamp. « Nous sommes obligés de penser à des situations similaires à celles qui ont rendu la catastrophe de Fukushima si difficile à gérer. »

Les régulateurs français et finlandais à l'honneur

Pour ce militant de Greenpeace, une autre victoire est la transparence de l'exercice qui a impliqué des révisions par les pairs avec les communautés locales et les ONG, bien que certains régulateurs nationaux se soient montrés moins ouverts que d'autres.

A propos du régulateur français de la sécurité nucléaire ASN, M. Haverkamp a déclaré que des réunions avaient été organisées avec des comités locaux composés de citoyens et d'organisations de la société civile, dont les commentaires ont été pris en compte dans le rapport final des tests de résistance.

« Sur tous les rapports, le régulateur français a fait preuve de la communication la plus approfondie », a affirmé M. Haverkamp.

En outre, ASN a présenté une « très longue liste » de mesures de sécurité à appliquer immédiatement, et ce quels que soient les résultats des tests de résistance, a-t-il ajouté. « Ils ont été très clairs lorsque les journalistes leur ont demandé ce qu'il se passerait si les changements requis se révélaient trop coûteux. Le président d'ASN, André Lacoste, a tout simplement répondu : « S'ils ne veulent pas investir, ils pourront fermer leur centrale ». »

En comparaison, les régulateurs de la sécurité nucléaire dans des pays comme la Slovaquie ou la République tchèque se sont montrés beaucoup moins ouverts, a-t-il expliqué. Lorsque Greenpeace a soumis ses commentaires au régulateur slovaque, la réponse est arrivée sous la forme de « six pages de style défensif détruisant point par point nos suggestions ».

« Il existe donc clairement une différence de comportement entre les différents pays. Certains régulateurs, comme les Français, les Finlandais et dans une certaine mesure les Belges, sont capables d'examiner les faits. »

Selon M. Haverkamp, « cela démontre qu'il existe de petites différences entre l'indépendance d'ASN [le régulateur français] et les régulateurs slovaques, hongrois, britanniques, suédois, bulgares ou encore tchèques. »

L'agence finlandaise de sûreté du nucléaire a également été saluée, M. Haverkamp ayant qualifié l'exercice qu'elle a mené d'« impressionnant ». Les Finlandais, a-t-il précisé, ont décidé de rédiger un rapport séparé sur certains problèmes de sécurité, donnant des détails sur les problèmes qui demandaient une plus grande attention ou plus de temps avant de pouvoir être résolus. « Ils n'ont pas prétendu avoir réussi ou raté les tests. J'apprécie cette communication claire », a déclaré M. Haverkamp.

Lacune en matière d'intervention d'urgence

Ces tests ont toutefois révélé un certain nombre de lacunes importantes, a affirmé le militant de Greenpeace.

M. Haverkamp a notamment souligné le manque de coordination entre les différentes équipes de gestion de crise à l'intérieur et à l'extérieur des infrastructures nucléaires. Les régulateurs nucléaires ne sont pas obligés de gérer les questions de sécurité en dehors de leurs centrales, a-t-il expliqué. Cette question est généralement du ressort du ministère de l'intérieur (pompiers, police, armée et autres forces d'urgence).

« Il s'agit d'une importante lacune », a souligné M. Haverkamp, décrivant la réponse d'urgence en dehors du site à Fukushima de « cauchemar total ». « La communication sur le niveau acceptable d'exposition aux radiations était chaotique. Ca a entraîné un grand stress psychologique, physique et économique. »

Il faudrait notamment aborder la question des centrales nucléaires situées à proximité de zones résidentielles, comme la centrale de Doel, située à 10 km seulement du centre d'Anvers en Belgique. « Si quelque chose tourne mal, comment évacuer tout le monde en 24h ? Peut-être que les décideurs politiques devraient se poser la question des risques. »

Une idée proposée par Greenpeace est de créer un groupe spécial sous l'autorité des Etats membres au Conseil des ministres de l'UE pour travailler sur la question des mesures d'intervention d'urgence.

« Notre idée a été soutenue par les autorités luxembourgeoises, danoises et autrichiennes. Je suppose que l'Allemagne la soutiendra également, car ils le font déjà de leur côté. »

La menace terroriste négligée ?

La gestion d'une éventuelle attaque terroriste suscite également des inquiétudes.

Une partie des tests de résistance nucléaire de l'UE concernait certains aspects liés à cette éventualité, mais elle se concentrait surtout sur les vols de matières fissiles. Ce n'est pas suffisant pour M. Haverkamp qui pense que la possibilité d'attaques terroristes n'a pas fait l'objet de suffisamment d'attention de la part du groupe ad hoc composé par les Etats membres de l'UE au Conseil des ministres.

« Lorsque l'Allemagne a pris la décision de fermer huit centrales nucléaires l'année dernière, l'un des arguments était qu'elles n'étaient pas suffisamment protégées contre d'éventuelles attaques terroristes. Il est judicieux de prendre cette éventualité au sérieux. Je crains réellement que ce groupe de sécurité n'examine pas les vraies questions. Mais attendons leur rapport final. »

Pour lire cet entretien dans son intégralité, veuillez cliquer ici.