Guerre en Ukraine : le Kazakhstan prend ses distances avec la Russie

Le Kazakhstan, l’un des plus proches alliés de la Russie, a rejeté la demande de participation de ses troupes à l’offensive en Ukraine et ne reconnaîtra pas les supposées républiques de Donetsk et de Lougansk.

EURACTIV.com
epa09744510 Russian President Vladimir Putin (R) and Kazakh President Kassym-Jomart Tokayev (L) arrive for a joint press conference following their talks at the Kremlin in Moscow, Russia, 10 February 2022. The Kazakh President is on a working visit to Moscow.  EPA-EFE/SERGEY GUNEEV/KREMLIN POOL/SPUTNIK / POOL MANDATORY CREDIT
Le Kazakhstan a déclaré qu’il ne reconnaissait pas les républiques séparatistes créées par la Russie et défendues par le président russe, Vladimir Poutine, comme prétexte à son agression en Ukraine. [Kremlin pool/EPA/EFE]

Le Kazakhstan, l’un des plus proches alliés de la Russie, a rejeté la demande de participation de ses troupes à l’offensive en Ukraine et ne reconnaîtra pas les supposées républiques de Donetsk et de Lougansk. En revanche, un avion transportant de l’aide humanitaire en provenance du Kazakhstan est parti pour l’Ukraine le 3 mars.

Ancienne république soviétique, le Kazakhstan entretient des relations étroites avec son voisin du nord, la Russie. Les deux pays sont membres de l’Union économique eurasiatique et de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), dans le cadre de laquelle la Russie a envoyé son armée pour faire face aux manifestations de janvier au Kazakhstan.

Toutefois, le Kazakhstan a déclaré qu’il ne reconnaissait pas les républiques séparatistes créées par la Russie et défendues par le président russe, Vladimir Poutine, comme prétexte à son agression en Ukraine.

Ce développement surprenant de la part d’un allié traditionnel de la Russie a reçu le soutien des États-Unis.

« Nous saluons l’annonce du Kazakhstan de ne pas reconnaître la RPL et la RPD », a déclaré le Conseil national de sécurité américain dans un communiqué. « Nous saluons également le refus du Kazakhstan d’envoyer ses forces pour rejoindre la guerre de M. Poutine en Ukraine. »

Par le passé, le Kazakhstan a refusé de reconnaître l’annexion de la Crimée et des prétendues républiques d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud, territoires géorgiens occupés par les troupes russes après la guerre d’août 2008 entre la Russie et la Géorgie.

Le président du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokayev, s’exprimant lors d’un congrès du parti au pouvoir le mardi 1er mars, a déclaré que la position de son pays « devrait découler de la nécessité cruciale d’assurer la souveraineté sécuritaire et l’intégrité territoriale de notre État ».

« En tant que pays qui a accueilli le sommet de l’OSCE en 2010, nous insistons sur le principe de l’indivisibilité de la sécurité eurasiatique. […] Le principe d’indivisibilité et de sécurité commune stipule une compréhension mutuelle basée sur la confiance mutuelle. Malheureusement, cela ne s’est pas produit. Les accords de Minsk ne sont restés que sur le papier, ce qui a conduit aux opérations militaires sur le territoire de l’Ukraine », a déclaré M. Tokayev.

Le président kazakh a appelé à une solution négociée.

« Il n’y a pas d’autre solution. Une mauvaise paix vaut mieux qu’une bonne guerre. Sans paix, il n’y aura pas de développement. Le Kazakhstan, pour sa part, est prêt à fournir toute aide possible, y compris des services intermédiaires, si, bien sûr, ils sont nécessaires », a déclaré M. Tokayev.

À de nombreuses reprises, le Kazakhstan a mis sa capitale à disposition pour des négociations, l’exemple le plus connu étant le « processus d’Astana », qui assure une aide humanitaire dans le conflit syrien.

Lors du congrès, les représentants ont voté pour changer le nom du parti au pouvoir de « Nur Otan » (Lumière de la patrie) en « Amanat » (Héritage). Ce changement souligne la tendance actuelle à prendre ses distances avec l’ancien président Nursultan Nazarbayev, déchu après les manifestations de janvier.

Le 10 février, M. Tokayev était à Moscou, où il a remercié son homologue russe d’avoir contribué à mettre fin aux violents mouvements d’agitation qui ont secoué le pays d’Asie centrale en janvier et que les deux dirigeants ont imputés à des « bandits » et à des « terroristes » internationaux.

Le Kazakhstan a organisé une aide humanitaire à l’Ukraine de la part de sa population, et le premier avion a apporté cette aide au pays déchiré par la guerre au début du mois de mars.