Henna Virkkunen veut maintenir la pression sur les grandes entreprises technologiques
La vice-présidente désignée à la Sécurité, la Démocratie et la Souveraineté technologique, Henna Virkkunen, ne se prononce pas sur les grands débats actuels, mais n’hésitera pas à prendre des mesures de rétorsion à l’encontre des grandes entreprises technologiques.
La vice-présidente exécutive désignée à la Sécurité, la Démocratie et la Souveraineté technologique, Henna Virkkunen (PPE), choisit de ne pas se prononcer sur les grands débats actuels, mais annonce qu’elle n’hésitera pas à prendre des mesures de rétorsion à l’encontre des grandes entreprises technologiques.
Henna Virkkunen, comme les 25 autres commissaires européens, a répondu par écrit aux questions du Parlement européen ce mercredi 23 octobre. Lors de son audition le 12 novembre prochain, la candidate finlandaise sera confrontée aux questions des eurodéputés des commissions de l’Industrie, de la Recherche et de l’Énergie (ITRE) et du Marché intérieur et de la Protection des consommateurs (IMCO).
« Si les eurodéputés me confirment, je n’hésiterai pas à prendre de fortes mesures [contre les grandes entreprises technologiques] », peut-on lire dans les réponses écrites de la commissaire désignée finlandaise.
En effet, si elle est élue, Henna Virkkunen sera chargée de faire appliquer les règlements historiques de l’UE sur les marchés numériques (Digital Markets Act, DMA) et les services numériques (Digital Services Act, DSA).
« Les plateformes en ligne doivent se conformer à la législation de l’UE — sans manœuvres dilatoires », écrit-elle dans ses réponses.
Elle salue par ailleurs les enquêtes en cours contre TikTok, X, Facebook et Instagram concernant la conception addictive, les dark patterns (des procédés manipulatoires sur les sites commerciaux) et la protection des mineurs, et espère un « changement réel et rapide » dans les pratiques des plateformes des grandes entreprises technologiques.
La commissaire désignée finlandaise souligne que les procédés manipulatoires sur les sites commerciaux « pourraient enfreindre » les règlements de l’UE sur les droits de propriété intellectuelle et l’intelligence artificielle (IA).
Transitions écologique et numérique
La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a donné la priorité à la double transition (écologique et numérique) dans les lettres de mission des commissaires désignés.
Dans ses réponses, Henna Virkkunen propose un certain nombre de mesures écologiques qui pourraient avoir un impact sur la rentabilité du secteur technologique. La commissaire se dit favorable à la mise en place de systèmes de labellisation énergétique pour les centres de données, les serveurs et les ordinateurs, et souhaite introduire des normes de performance minimales pour les nouveaux centres de données ainsi que des exigences renforcées en matière d’écoconception pour les ordinateurs et les serveurs.
En effet, diverses études montrent que le secteur technologique contribue encore faiblement aux émissions mondiales de CO2, et que la plupart de ces émissions — environ 80 % — proviennent de la production de nouveaux appareils.
Cloud et intelligence artificielle
Henna Virkkunen fait le choix de ne pas prendre parti dans le débat sur le cloud souverain. Cette dernière écrit qu’elle souhaite que l’UE « reste ouverte aux fournisseurs de pays tiers », mais qu’elle est « consciente des défis en matière de sécurité », qui poussent à « l’intérêt légitime pour les solutions de “cloud souverain” ».
Elle s’engage également à lancer « au moins » cinq usines d’IA dans l’UE au cours des 100 premiers jours de son mandat. Ces usines aideront les startups et les PME à former des modèles d’IA et permettront à l’UE de ne plus dépendre des grandes entreprises technologiques.
L’objectif de la Finlandaise en matière d’IA est de faire de l’Europe le continent de l’IA, et de stimuler l’innovation grâce à la proposition de Mario Draghi d’une loi européenne sur le développement du cloud et de l’IA.
« Le marché européen du cloud est dominé par une poignée de fournisseurs à grande échelle [les entreprises américaines de grandes entreprises technologiques Amazon, Microsoft, Google, Ndlr], qui sont également des acteurs clés sur le marché naissant de l’IA », explique-t-elle dans ses réponses écrites.
Cloud et télécommunications
Faisant le point sur la « convergence des télécommunications, du cloud et des technologies de pointe », Henna Virkkunen entend garantir des conditions réglementaires équitables « pour les fournisseurs d’infrastructures et de services similaires ».
D’une certaine manière, elle reprend les conclusions du livre blanc publié par la Commission en février intitulé « Comment maîtriser les besoins de l’Europe en matière d’infrastructure numérique », qui ont depuis été accueillies favorablement par l’industrie des télécommunications, mais auxquelles s’opposent les grandes entreprises technologiques.
« Il est également important de considérer le cloud comme un véritable continuum d’infrastructures, où les infrastructures traditionnelles centralisées du cloud sont reliées à notre réseau de superordinateurs et complétées par des nœuds périphériques distribués et des infrastructures de télécommunication », écrit-elle.
« Le fait d’encadrer l’intervention réglementaire [dans le secteur du cloud, par exemple] comme contribuant à des conditions de concurrence équitables ne cacherait pas le fait qu’en réalité, il s’agit de poursuivre un agenda de politique industrielle [défectueux] », soutient en revanche Daniel Friedlaender, vice-président senior et directeur du lobby des grandes entreprises technologiques CCIA Europe, à Euractiv en réaction aux réponses écrites d’Henna Virkkunen.
Pour Alessandro Gropelli, directeur général désigné de Connect Europe, « les fournisseurs de connectivité de l’UE doivent avoir une chance de rivaliser et de collaborer avec les grandes entreprises technologiques sur le marché ».
[Édité par Anna Martino]