Industrie : les professionnels appellent l’UE à sortir de la « naïveté »
«Nous avons besoin de changements radicaux», a plaidé l’ambassadeur français de l’industrie, Yvon Jacob.
«Nous avons besoin de changements radicaux», a plaidé l’ambassadeur français de l’industrie, Yvon Jacob.
A l’occasion d’un débat organisé par la Mouvement européen et Touteleurope.eu, jeudi 31 mars, l’ambassadeur français de l’industrie auprès de l’UE, Yvon Jacob, a dressé un portrait inquiétant du secteur en Europe.
«Il ne faut pas être aveuglé par le cas allemand. Dans le reste des pays d’Europe, l’industrie ne va pas bien», a affirmé M. Jacob. «Nous devons absolument réagir.»
Il a posé un regard critique sur la politique européenne en la matière. «Depuis quelques mois, l’Europe a fait un certain nombre de communications, qui partent d’un bon sentiment et sont pleines de jolies expressions. Mais elles manquent singulièrement de propositions concrètes», a-t-il affirmé. «Maintenant, il va falloir que l’action suive.»
Il fait notamment allusion aux récentes propositions de la Commission européenne sur le marché intérieur, la politique commerciale ou la politique industrielle.
« Changements radicaux »
Selon lui, cette situation s’explique en partie par l’immobilisme de certains services de l’exécutif européen. «Au sein de la Commission, les directions générales du Commerce et de la Concurrence n’ont pas bougé d’un iota par rapport à ce qu’elles faisaient avant.»
Alors que la Commission a mis en place une politique industrielle «très libérale», «nous avons besoin de changements radicaux», a plaidé M. Jacob.
L’eurodéputée (UMP – PPE) Françoise Grossetête partage les critiques de l’ambassadeur à l’encontre de la politique européenne de concurrence. «Nous avons besoin de grands champions industriels. Aujourd’hui, des groupes comme Galileo ou Airbus ne pourraient plus se former. Leur naissance serait empêchée», a-t-elle jugé.
L’eurodéputée a plaidé pour la mise en place du principe de réciprocité entre l’UE et les pays tiers dans les échanges commerciaux. «Etre exemplaires, c’est bien. Mais si les autres [pays] ne nous suivent pas, nous nous tirons une balle dans le pied. Nous ne pouvons pas l’accepter», a-t-elle assené.
Ce discours rejoint celui martelé par le président français depuis quatre ans. Le secrétaire d’État au Commerce extérieur Pierre Lellouche a d’ailleurs présenté au commissaire européen Karel de Gucht, lundi 28 mars, ses idées sur la réciprocité des échanges commerciaux. Un règlement permettant à l’UE d’obtenir une meilleure réciprocité des pays tiers dans l’accès aux marchés publics est en préparation.
Arrogance
La vice-présidente de la Fédération des industries électriques, électroniques et de communication (FIEEC) , Gabrielle Gauthey a voulu se montrer très lucide sur l’état de l’industrie dans l’UE. Faisant un lien entre « l’arrogance de la vieille Europe » et « la chute de l’empire romain », elle a fustigé « l’aspect dogmatique d’une Europe axée uniquement sur le consommateur et la concurrence ».
Elle a appelé l’Union européenne à sortir de la «naïveté». «Je plaide pour une concurrence sur des bases identiques. Nos concurrents ne respectent pas les règles de l’OCDE, dans le domaine social ou des aides d’État. Il faut faire respecter les règles de commerce internationales.»
Elle a également cité le «protectionnisme» de l’Inde ou le volontarisme de la nouvelle présidente du Brésil, Dilma Rousseff, «avec qui l’on ne peut pas obtenir un rendez-vous si l’on ne s’engage pas à investir dans le pays».
Question de budget
Reste que la politique industrielle de l’Union dépend aussi de financements européens. «Le budget est ce qu’il est», a constaté M. Jacob, ajoutant que «la France a favorisé l’agriculture dans le cadre du budget de l’UE». Il a plaidé pour un «rééquilibrage» au profit de l’industrie.
«L’agro-alimentaire est la première industrie exportatrice de France», a répondu Françoise Grossetête. «Nous ne pouvons avoir une industrie agro-alimentaire forte si nous n’avons pas une politique agricole commune forte», a-t-elle estimé. Une conclusion qui rejoint celles du délégué interministériel à l’agro-industrie, Philippe Rouault, publiées dans un rapport en octobre 2010.