Inondations : la République tchèque et la Pologne sollicitent l'UE, le gouvernement slovaque pointé du doigt

Alors que de terrible inondations frappent toute l'Europe centrale, le gouvernement polonais envisage de demander l'activation du mécanisme de protection civile de l’Union (MPCU), alors que son homologue tchèque espère une aide financière de Bruxelles. De son côté, le Premier ministre slovaque Robert Fico est sous le feu des critiques pour son soutien jugé trop timide aux sinistrés.

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Établi en 2001, le mécanisme de protection civile de l’Union vise à renforcer la coopération entre les États membres de l’UE ainsi que dix États participants en matière de protection civile afin d’améliorer la prévention, la préparation et la réponse aux catastrophes. [[EPA-EFE/MARTIN DIVISEK]]

Alors que de terrible inondations frappent toute l’Europe centrale, le gouvernement polonais envisage de demander l’activation du mécanisme de protection civile de l’Union (MPCU), alors que son homologue tchèque espère une aide financière de Bruxelles. De son côté, le Premier ministre slovaque Robert Fico est sous le feu des critiques pour son soutien jugé trop timide aux sinistrés.

Après avoir déclaré l’état de catastrophe naturelle dans une partie de la Pologne, le Premier ministre Donald Tusk a annoncé que Varsovie consulterait les autres États de l’UE touchés par les inondations, pour éventuellement demander une aide financière à Bruxelles. Pour ce faire, il devrait entrer en contact avec ses homologues d’Autriche, de République tchèque, de Slovaquie et de Roumanie.

« Je souhaite que nos pays restent en contact étroit, car nous demanderons ensemble à l’UE de nous fournir une aide financière pour les dommages causés par les inondations », a expliqué Donald Tusk aux médias, ajoutant qu’il pensait qu’une action émanant de plusieurs pays serait plus efficace.

Le Premier ministre polonais a souligné qu’« il existait des outils financiers spéciaux pour combattre les conséquences des inondations, et qu’un montant significatif pourrait provenir de fonds européens, ainsi que de programmes d’aide ciblés conçus pour faire face aux catastrophes naturelles ».

Euractiv a appris que la Pologne prévoit de solliciter l’activation du mécanisme de protection civile de l’Union. Établi en 2001, ce dernier vise à renforcer la coopération en matière de protection civile entre les États de l’UE et avec dix autres pays tiers, afin d’améliorer la prévention aux catastrophes et les réponses à leurs conséquences.

En cas d’urgence, tout pays peut ainsi demander l’aide du Mécanisme de protection civile de l’UE (MPCU). En réponse, des équipes et du matériel spécialisé, comme des avions de lutte contre les incendies, peuvent être mobilisés à court terme. Rien qu’en 2023, le MPCU a été activé 66 fois pour faire face à la guerre en Ukraine, aux feux de forêt en Europe et aux tremblements de terre en Syrie et en Turquie.

En 2019, l’UE a modernisé ce mécanisme de protection civile pour créer la réserve RescEU, qui a pour objectif de protéger les citoyens contre les catastrophes et de gérer les risques émergents. Entièrement financée par l’UE, RescEU renforce les capacités de réaction de l’Europe face aux aléas et aux crises qui pourraient survenir.

Dans le cas d’une catastrophe naturelle comme celle qui a frappé la Pologne, ces ressources et ces fonds doivent être mobilisés dans le cadre du mécanisme RescEU, a écrit Jacek Siewiera, chef du Bureau polonais de la sécurité nationale (BBN), sur la plateforme X.

« Maintenant que nous savons que les choses vont très mal, il est temps pour Bruxelles de montrer sa solidarité, comme nous l’avons fait tant de fois lors d’inondations, d’incendies et de catastrophes dans les autres États de l’UE », a-t-il ajouté.

L’eurodéputé du parti Pologne 2050 (Renew) Michał Kobosko a annoncé sur X que les législateurs polonais feraient pression pour activer le mécanisme RescEU lors de la session plénière qui se déroule au Parlement à Strasbourg du 16 au 19 septembre.

« À court terme, il est question d’aider les gens et de reconstruire (les infrastructures). À plus long terme, il est question d’actions et de financements liés à la protection contre les conséquences du changement climatique », a-t-il souligné.

La République tchèque envisage un transfert de fonds de l’UE

Les dégâts des inondations sur le territoire tchèque pourraient atteindre des dizaines de milliards de couronnes tchèques, soit des milliards d’euros, si bien que le gouvernement devra probablement réviser le budget de l’État.

Le ministère tchèque du Travail et des Affaires sociales discute actuellement avec la Commission européenne de la possibilité de transférer une partie des subventions européennes pour les dommages causés par les inondations, a annoncé le ministre Marian Jurečka lundi après-midi.

Ce dernier (démocrates-chrétiens, PPE) souhaite utiliser une partie des fonds européens du plan de relance national et du programme Emploi+ (qui fait partie du Fonds social européen) pour financer les réparations nécessaires, comme par exemple la reconstruction d’infrastructures.

Le Premier ministre Petr Fiala (Parti démocratique civique, CRE) a aussi confirmé que la République tchèque allait coordonner l’utilisation éventuelle de fonds de l’UE avec la Pologne.

Lundi soir, le gouvernement a notamment approuvé la mobilisation de l’armée pour faire face aux conséquences des inondations. Jusqu’à 2 000 soldats pourraient être mobilisés jusqu’à la fin du mois d’octobre.

L’aide du gouvernement slovaque jugée lente et inefficace

Les précipitations diminuent dans le sud-ouest de la Slovaquie et l’Institut hydrométéorologique slovaque (SHMÚ) prévoit une amélioration du temps à partir de mardi, mais de nombreuses régions continuent de lutter contre les conséquences des inondations.

« L’étendue des dégâts dans la ville est vraiment considérable […]. De nombreux arbres ont des racines gorgées d’eau et risquent de tomber même avec des vents légers », a expliqué le maire de Bratislava, Matúš Vallo.

Le principal parti d’opposition, Slovaquie progressiste (Progresívne Slovensko, PS/RE), a appelé le Premier ministre Robert Fico (Smer-SD/NI) à débloquer des fonds pour les victimes des inondations, critiquant la lenteur et l’insuffisance de l’aide apportée par le gouvernement.

« Les limites de 1 500 euros par ménage et de 15 000 euros par municipalité sont loin de couvrir les coûts de base des personnes touchées par cette catastrophe », a souligné la députée Simona Petrík (PS).

« Le Premier ministre lui-même dispose de 1,5 million d’euros qu’il peut distribuer de manière flexible et ciblée », a-t-elle ajouté, rappelant que le gouvernement dispose d’une réserve de cinq millions d’euros supplémentaires.

Le vice-premier ministre chargé des Investissements, Richard Raši (Hlas-SD/NI), a admis qu’il fallait trouver des fonds pour aider les victimes des inondations, et a reconnu la possibilité d’utiliser le Fonds de solidarité de l’UE, si la Slovaquie remplit les conditions requises.

Les assureurs doivent encore estimer le montant total des dommages causés par les inondations.

[Édité par Laurent Geslin]