Irlande : Michael D. Higgins remporte la course à la présidence

M. Higgins, ancien ministre de la culture et poète à ses heures, membre d'un parti partenaire minoritaire de la coalition, s’est aisément imposé face à une star de la télé réalité et à un ancien leader de l’IRA dans la course à la présidence. Le rôle de président est surtout d'une fonction de représentation en Irlande.

EURACTIV.fr / Reuters
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M. Higgins, ancien ministre de la culture et poète à ses heures, membre d'un parti partenaire minoritaire de la coalition, s’est aisément imposé face à une star de la télé réalité et à un ancien leader de l’IRA dans la course à la présidence. Le rôle de président est surtout d'une fonction de représentation en Irlande.

M. Higgins, un détracteur du blocus israélien de Gaza et un pilier des manifestations pour les droits de l'Homme depuis des décennies, a été nommé président samedi dernier (29 octobre) après s'être assuré la victoire alors que tous ses rivaux avait déjà reconnu leur défaite avant même que le premier décompte des votes ne soit terminé.

La victoire de ce candidat travailliste est synonyme de soulagement pour le gouvernement après que les partenaires majoritaires, le Fine Gael, ont réalisé leur pire performance présidentielle, tandis que l'ancien chef de l'IRA, Martin McGuinness et son parti dans l'opposition, le Sinn Fein, ont progressé.

Le gouvernement a toutefois essuyé un revers lorsque l'un des deux référendums qu'il a proposés (celui pour accroître le pouvoir des comités parlementaires) a été rejeté par les électeurs. Le premier ministre, Enda Kenny, ne parviendra donc pas à atteindre son objectif de réaliser une enquête approfondie sur la crise bancaire en Irlande.

« Le peuple irlandais, que j'aime tant et pour lequel je me sens responsable, nous a donné un mandat clair sur un ensemble clair d'idées », a déclaré M. Higgins lors de son discours après les résultats en sa qualité d'éloquent tribun.

« Au cours de cette longue campagne, j'ai vu et ressenti la peine du peuple irlandais. Je reconnais la nécessité d'une réflexion sur des valeurs et des suppositions souvent adoptées à la légère qui nous ont conduits dans une si mauvaise passe en termes sociaux et économiques ».

M. Higgins, qui grâce à ses qualités d'homme d'Etat est resté en dehors d'une campagne entachée d'attaques personnelles, a obtenu 40 % des premiers choix, ce qui l'a placé 11 points devant son plus proche rival, l'homme d'affaires Sean Gallagher.

M. McGuinness est arrivé troisième à l'issue du premier décompte avec 14 %, un score qui représente plus du double du résultat obtenu par le Fine Gael. Il s'agit donc d'une progression, dans la mesure où le Sinn Fein avait obtenu 10 % des voix lors des élections de février.

Stimulé par la rage de la population concernant la crise économique qui a mené à un renflouement du pays par l'UE et le FMI l'an dernier, le Sinn Fein tente d'entrer dans le courant politique traditionnel de la République d'Irlande, après y être parvenu en Irlande du Nord où ils partagent le pouvoir.

La discrétion de M. Higgins, ainsi que sa campagne régulière, se sont révélées décisives, surtout après que M. Gallagher, candidat indépendant, a fait l'objet d'un scandale alors que le dernier sondage d'opinion lui conférait une avance de 15 points.

Rejet du référendum

L'aboutissement à un résultat final lors des élections nationales en Irlande prend du temps en raison du caractère complexe du système électoral et du comptage manuel. Les élections ont eu lieu le 27 octobre.

Les autres scrutins organisés ce jour-là ont révélé que trois quarts de l'électorat étaient en faveur d'une réduction des salaires des juges, mais le référendum sur l'attribution de pouvoirs supplémentaires au parlement a donné un résultat négatif.

M. Kenny a déclaré qu'une étude sur la crise bancaire du pays serait une priorité dans le cas où le référendum se soldait par un vote positif, ce qui aurait peut-être obligé les premiers ministres et les directeurs de banque à devoir se justifier devant le parlement.

Les membres du parlement souhaitaient pouvoir auditionner les anciens directeurs des banques Anglo Irish Bank et Irish Nationwide au parlement, mais ils ne pourront pas les y obliger, en raison du résultat de ce référendum.

Huit anciens ministres de la justice ont toutefois appelé à un vote négatif la semaine dernière, arguant que ces propositions affaibliraient sérieusement les droits des citoyens.

L'échec de ce type de référendums a eu des effets néfastes sur la politique par le passé : le dernier gouvernement avait en effet souffert du rejet de la première réforme du traité de Lisbonne il y a trois ans et demi.

Le parti travailliste de M. Higgins a remporté un 38e siège au parlement à Dublin, devenant le premier parti au pouvoir à remporter une élection partielle depuis 1982 et renforçant ainsi la majorité déjà importante du gouvernement à la chambre basse.