Jean-Pierre Bacri, le génial bougon du cinéma français

L’acteur, auteur et scénariste est décédé, lundi 18 janvier, des suites d’un cancer. Il avait 69 ans. Au fil de sa soixantaine de films, il nous aura beaucoup fait rire avec ses rôles de bougon sympathique ! Un portrait de notre partenaire Ouest-France.

Ouest-France
Jean Pierre Bacri dies aged 69
L'acteur et cinéaste français Jean-Pierre Bacri a beaucoup travaillé avec la scénariste, réalisatrice, actrice et chanteuse française Agnès Jaoui. C'était le cas dans le film "Parlez-moi de la pluie" pour lequel il pose ici à Rome fin octobre 2008. [EPA-EFE/CLAUDIO PERI]

L’acteur, auteur et scénariste est décédé, lundi 18 janvier, des suites d’un cancer. Il avait 69 ans. Au fil de sa soixantaine de films, il nous aura beaucoup fait rire avec ses rôles de bougon sympathique ! Un portrait de notre partenaire Ouest-France.

« Ton genou, il est propre maintenant, tu peux t’attaquer au reste », lance méchamment Jean-Pierre Bacri, patron du bar Au père tranquille, à son employé Jean-Pierre Darroussin. On est en 1996, dans Un air de famille. Et les images de cette mascarade familiale autour du bougon Bacri reviennent immédiatement en tête. Y compris quand Catherine Frot se fait offrir un collier qu’elle croit destiné au chien !

Le film est signé Cédric Klapisch mais Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui sont à l’écriture en plus d’interpréter cette adaptation de leur pièce de théâtre. On est au cœur de l’époque flamboyante du tandem d’écriture et de jeu Bacri-Jaoui, « les Jacri », comme disait Alain Resnais.

Quatre César du meilleur scénario

Le grand public le sait depuis 1993 avec Cuisine et dépendances. Une période faste qui se traduit par une cascade de prix, notamment quatre César du meilleur scénario pour Smoking/No Smoking, On connaît la chanson (réalisés par Alain Resnais), Un air de famille, Le goût des autres. Des œuvres où le dialogue était toujours essentiel. Pas étonnant que Jean-Pierre Bacri mettait Anton Tchekhov et Woody Allen au Panthéon du théâtre et du cinéma.

Avant cet apogée, les choses ont pourtant mis du temps à venir pour Jean-Pierre Bacri. Quand il naît en 1951 en Algérie, son père est facteur mais, les week-ends, il est guichetier dans un cinéma. Jean-Pierre se glisse dans la salle mais quand la famille arrive à Cannes, en 1962, il n’est toujours pas question de choisir la comédie comme métier.

D’ailleurs, Jean-Pierre Bacri en a fait des boulots. Il a été employé d’un vendeur de légumes et ouvreur à l’Opéra. Il a bossé dans la publicité. Il a même porté quelques mois le costard-cravate dans une banque cannoise avant de prendre des cours de théâtre et de commencer à écrire.

Pendant longtemps au cinéma, il a aussi accumulé les seconds rôles. Mais rapidement, le personnage de Bacri-râleur marque les esprits, comme dans Subway, en 1985, où il passe son temps à courir en vain pour attraper le voleur à roulettes Jean-Hugues Anglade.

Ce côté bougon râleur, une étiquette qu’il n’aimait pas, a continué à nous faire rire pendant des heures de cinéma. Évidemment quand il tente d’expliquer à son chien Didier (Alain Chabat) « qu’on ne sent pas le cul de personne ! » ou, plus récemment, il y a quatre ans, quand il essayait de tenir son équipe d’événementiel dans Le sens de la fête, de Toledano et Nakache.

« J’aime être un menteur réussi »

Le théâtre fut même le terreau de son talent d’écriture car la plupart des textes co-signés avec Jaoui ont d’abord été écrits pour la scène. Une complicité de travail qui s’est poursuivie bien au-delà de leur séparation, dans la vie, il y a huit ans. Homme d’amis plus que de famille, il n’avait pas eu d’enfants. « Les enfants, c’est beaucoup de contraintes »,s’amusait à dire l’acteur, toujours mi-figue mi-raisin.

Une façon de se concentrer sur son art. Avec toujours le même plaisir comme il nous le confirmait, il y a un peu plus de trois ans, avec plus de soixante films au compteur : « Oui. J’aime être un menteur réussi. Jouer et être cru, c’est quelque chose d’un peu enfantin. »

L’homme était aussi de gauche et l’affirmait sans ambages quand nous le recevions à la rédaction de Ouest-France, en 2013. Il nous disait aussi : « Je suis optimiste car j’aime le monde comme il est. »

« La mort, c’est la vie »

Tout en râlant, quand même, lors d’une autre rencontre : « Qu’on me cite dix pays où on vit mieux et plus librement qu’en France. Où il y a autant de démocratie, de sécurité sociale, d’éducation gratuite. Des leaders d’opinion diffusent en permanence un déclinisme. Des oiseaux de mauvais augure. Les Zemmour, Finkielkraut. Eux, c’est typiquement « c’était mieux avant ». À vous expliquer que ça ne va pas et que ça ira de plus en plus mal. C’est un rôle abject qu’ils ont décidé de jouer. Je ne les choisirais pas comme comédiens. Ou alors pour les démonter. » Du grand Bacri !

Cette interview avait eu lieu à l’occasion du film Grand Nord dans lequel il interprétait un directeur de pompes funèbres génial. Alors, forcément, on avait parlé de la mort. « Je n’ai pas de problème avec ça car je suis complètement athée, donc ça enlève le côté mystique. Et la mort est simplement le dernier mot du contrat qu’on a tous signé. Donc il ne faut pas s’en faire : la mort, c’est la vie. »

À la même époque, il disait à L’Obs :« Il n’y a rien de pire que les gars qui rient de leurs propres blagues, non ? »Il avait raison. Mais sa mort, ce lundi 18 janvier, à 69 ans, des suites d’un cancer, ne nous fait pas rire du tout.