José Manuel Barroso exhorté à prendre position sur la réforme du marché du carbone

EXCLUSIF / Lors d’un entretien percutant avec EURACTIV, le président de la commission de l’environnement du Parlement européen a appelé le président de la Commission, José Manuel Barroso, à faire une déclaration publique de soutien au projet controversé de l’UE visant à réformer le marché du carbone.

EURACTIV.com
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EXCLUSIF / Lors d’un entretien percutant avec EURACTIV, le président de la commission de l’environnement du Parlement européen a appelé le président de la Commission, José Manuel Barroso, à faire une déclaration publique de soutien au projet controversé de l’UE visant à réformer le marché du carbone.

 

Tout le monde sait que la Commission, comme les États européens, le Parlement et l'industrie du carbone, est divisée sur les mesures à prendre, ou non, en vue de sauver le système européen d’échange de quotas d'émissions (ETS), la pierre angulaire de la politique de l'UE sur le climat.

 

Lors d'un vote en séance plénière la semaine dernière, les eurodéputés ont rejeté les projets de l'UE de reporter 900 millions de crédits carbone de la vente aux enchères afin d’augmenter leur prix, qui a chuté à moins de trois euros par tonne.

 

L'eurodéputé socialiste allemand Matthias Groote (S&D), président de la commission de l'environnement du Parlement européen, a déclaré que José Manuel Barroso pourrait désormais être en mesure de faire pencher la balance en faveur d'une réforme.

 

« Ce serait un bon signe en direction du Conseil de l'UE si M. Barroso déclarait clairement que la Commission soutient le report et la réforme structurelle du système d'échange de quotas d'émission (ETS) », a-t-il déclaré.

 

« J'attendais une déclaration il y a deux mois, mais il ne l'a pas fait. Voilà le problème. »

 

« Si tout le programme risque de s'effondrer, M. Barroso doit préciser l'ampleur de sa tâche. La Commission n'est pas seulement l'organe qui rédige des rapports et des textes de loi. Elle est également responsable de la sauvegarde de ces éléments. »

 

Selon M. Groote, le président de la Commission a moins abordé la politique de l'environnement au cours de son deuxième mandat. M. Barroso n'a en outre pas mentionné la réforme du marché du carbone dans ses discours récents.  

 

« Le soutien du capitaine est très utile parce que, parfois, si vous restez silencieux, les rumeurs et l'interprétation prennent de plus en plus de place », a-t-il ajouté.

 

Le cabinet de M. Barroso a rapidement démenti toute affirmation indiquant que son intérêt pour l'ETS avait diminué.

 

« Notre commissaire en charge de l'action pour le climat a défendu la position de la Commission, que le président soutient bien sûr complétement », a déclaré la porte-parole Pia Ahrenkilde Hansen. « C'est notre façon habituelle de procéder. »

 

De manière plus générale au sein de la Commission européenne, des fonctionnaires indiquent qu'ils ont fait tout ce qui leur avait été demandé et que le débat devrait à présent se concentrer sur les objectifs sur le climat pour 2030, dont le potentiel de réduction des émissions de CO2 est énorme.

 

Se renvoyer la balle

 

Selon Matthias Groote, « [Connie Hedegaard] n'est pas réellement soutenue par les autres collègues » des cabinets de l'UE. Une source de la Commission a toutefois mis en doute cet avis.

 

« Tout le monde sait qu'il existe des conflits internes au sein de la Commission à ce sujet, mais le vote n'a pas été perdu à cause de M. Barroso ou d'autres commissaires », a déclaré cette source, sous couvert de l'anonymat. « Il a été perdu en raison de la participation de groupes de pression de l'industrie au débat et M. Groote n'a pas obtenu de résultats au Parlement européen. »

 

La question du report est utilisée dans d'autres luttes sur la politique climatique de l'UE, a-t-il ajouté.

 

« Ne sous-estimez pas la mesure dans laquelle tout le monde tente désormais de se renvoyer la balle », a indiqué le fonctionnaire de la Commission. « C'est la chasse aux coupables. En fait, il revient maintenant au Conseil de l'Union européenne et au Parlement d'agir. »

 

Dans l'ensemble, la position centrale des ministres de l'UE qui vise à laisser le Parlement en charge est acceptée. D'intenses efforts diplomatiques afin de parvenir à une position commune sont en cours et, selon des sources, certains États membres se rapprochent du report.

 

Toute avancée majeure devrait cependant toujours être coordonnée.

 

« Nouvelle première lecture » en bonne voie

 

Selon M. Groote, les coordinateurs parlementaires ont commencé hier (25 avril) à travailler à « une nouvelle première lecture » du texte de loi en séance plénière. Il était toutefois trop tôt pour divulguer des détails. 

 

« Nous devons encore vérifier avec les services du Parlement la faisabilité […] et les règles. Nous devons également l'annoncer à la séance plénière en tant que commission », a-t-il déclaré.

 

Un nouvel amendement, éventuellement une position de repli approuvée précédemment par M. Groote, pourrait être représentée au Parlement d'ici la fin du mois de juin. Des sources ont cependant indiqué que le groupe du Parti populaire européen (PPE) pourrait tenter de retarder le vote jusqu'à l'été.

 

Le président de la commission de l’environnement a indiqué que ce nouvel amendement consisterait en un texte modifié par rapport à celui d’une ligne rejeté la semaine dernière.

 

« J'espère que ce sera mieux au second tour, car en fin de compte, la réputation de l’ensemble du Parlement est en danger », a-t-il ajouté.

 

Eurodéputés espagnols

 

En coulisses, les tentatives de reconstruction de l'alliance brisée en raison de l'ETS au sein du Parlement européen se poursuivent.

 

Matthias Groote n'a pas tari d'éloges à propos de la commissaire en charge de l'action pour le climat, Connie Hedegaard. Selon lui, elle a « tout tenté » et aurait influencé le vote de près de 70 eurodéputés membres du PPE de centre-droit, le plus grand groupe du Parlement.

 

La commissaire Connie Hedegaard s'est rendue en Espagne la semaine dernière afin de s'entretenir avec des eurodéputés espagnols du S&D à propos de leur échec lors du vote sur la proposition. Les eurodéputés affirment que leurs abstentions étaient un accident, même si des observateurs réfutent cette déclaration.

 

« Lorsqu'ils disent que c'est un accident, c'est un accident », a déclaré M. Groote. « Parfois, il est nécessaire d'appuyer sur le bon bouton. »

 

La procédure normale d'établissement d'un environnement de compromis a été impossible, malgré plusieurs rencontres avec des eurodéputés d'autres groupes politiques, qui travaillaient en tant que « rapporteurs fictifs » sur la question du report. D'après M. Groote, il s'agit là d’un problème plus vaste.

 

Le débat est devenu de plus en plus houleux lorsqu’Eija-Riitta Korhola (PPE), une eurodéputée finlandaise controversée de la commission de l'environnement, aurait republié ce tweet : « L'insistance de la DG Climat et de [Connie Hedegaard] afin d'appliquer le report contre l'avis du Parlement [me] rappelle les pires pratiques communistes ».

 

M. Groote a qualifié ce tweet de « réelle provocation ».

 

Sur son blog, Mme Korhola a remis en doute le changement climatique, parlé de théorie supposée et qualifié les politiques climatiques de l'UE de « catastrophiques » et de très coûteuses.