Jour J pour la nomination du Premier ministre en France... sauf nouveau délai
Le président français Emmanuel Macron doit nommer jeudi 12 décembre en fin de journée un nouveau Premier ministre qui aura la lourde tâche de rechercher un accord pour survivre plus longtemps que le précédent gouvernement et faire adopter un budget dans un paysage politique toujours aussi fracturé.
Le président français Emmanuel Macron doit nommer jeudi 12 décembre en fin de journée un nouveau Premier ministre qui aura la lourde tâche de rechercher un accord pour survivre plus longtemps que le précédent gouvernement et faire adopter un budget dans un paysage politique toujours aussi fracturé.
Emmanuel Macron avait à la surprise générale dissous l’Assemblée nationale en juin, après la déroute de son camp aux élections européennes face à l’extrême droite. Les législatives anticipées ont abouti à une Assemblée fragmentée en trois blocs (alliance de gauche, macronistes et droite, extrême droite) sans majorité absolue.
Issu de la droite, le Premier ministre et ancien commissaire européen Michel Barnier, en fonction depuis seulement trois mois, avait été contraint le 5 décembre de démissionner, après un vote de censure historique à l’Assemblée.
Ce jeudi, c’est théoriquement le jour J : le président avait promis mardi après-midi un chef de gouvernement « dans les 48 heures ». Un serment fait aux dirigeants de formations d’un arc allant du Parti communiste au parti Les Républicains (LR — droite), réunis à l’Élysée en quête de compromis, en l’absence du Rassemblement national (RN — extrême droite) et de La France insoumise (gauche radicale).
Or, le président a décollé jeudi matin pour une visite en Pologne. Vers 16 h locales, quand expirera son délai de 48 heures, il sera d’après son programme au Musée de l’Insurrection de Varsovie. Ce n’est qu’à son retour en fin de journée qu’il pourrait recevoir son candidat et dévoiler son nom. Sauf nouveau retard d’un Emmanuel Macron qui a souvent la nomination lente et laborieuse.
Qui pourrait devenir Premier ministre ? François Bayrou, le fidèle allié centriste qui attend son heure depuis des années et semble cette fois plus favori que jamais ? Ou un ministre macroniste ? Ou bien une personnalité venue de la gauche, pour récompenser les gages nouveaux donnés par le Parti socialiste (PS) dont certains députés, parmi lesquels l’ex-président François Hollande, adoubent in extremis l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve ?
« Pacte de non-censure »
« Ça coince » car Emmanuel Macron cherche à s’assurer au préalable que le futur exécutif bénéficiera d’un « pacte de non-censure » de la part notamment du PS, voire des Écologistes, explique un proche, qui redoute que « ce soit un espoir vain ». Des contacts informels, directs ou indirects, ont eu lieu mercredi avec ces partis, sans aboutir clairement, selon un cadre du camp présidentiel.
François Bayrou, président du parti centriste Modem, lui, propose de longue date au chef de l’État un gouvernement de ténors susceptibles de convaincre suffisamment de députés, sans attendre un accord formel entre les chefs de parti.
Après le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, mercredi, c’est la patronne des Écologistes Marine Tondelier qui a toutefois rejeté jeudi l’idée de sa nomination, de même que celle de Bernard Cazeneuve, car ils incarnent à ses yeux « le passé ».
« Les Français veulent un peu d’enthousiasme, d’élan, de souffle, un truc nouveau quoi », a-t-elle lancé sur la chaîne France 2.
Au MoDem, on se veut toujours raisonnablement optimiste, estimant que la gauche « ne peut pas dire autre chose que ça » mais qu’in fine Olivier Faure pourrait accepter de ne pas censurer un gouvernement Bayrou.
Dans l’aile droite de la macronie, le nom du dirigeant centriste fait toutefois grincer des dents, et on lui préférerait l’inamovible ministre des Armées Sébastien Lecornu, très proche du président, ou sa collègue Catherine Vautrin.
Mais c’est surtout chez LR que François Bayrou suscite le plus d’hostilité.
Il y a en tout cas urgence. La chute de Michel Barnier, renversé par les députés lors d’une censure inédite depuis 1962, laisse le pays sans budget pour 2025.
Un projet de loi spéciale pour éviter une paralysie de l’État français a été présenté mercredi en Conseil des ministres et démarre son parcours parlementaire express qui devrait rapidement permettre son adoption. Mais il ne permet pas de reconduire de nombreuses dispositions anciennes ou nouvelles favorables aux Français et aux entreprises.
Et tandis que la France se cherche un nouveau Premier ministre, les annonces de plans sociaux se succèdent, que ce soient dans les grandes entreprises, chez des sous-traitants ou des petites structures, dans de nombreux secteurs (métallurgie, commerce, secteur public et associatif, banques et assurances, chimie…) et un peu partout sur le territoire français.
Jeudi, près de 120 rassemblements et manifestations « pour l’emploi et l’industrie » sont prévus à travers le pays à l’appel du syndicat CGT, rejointe par les syndicats Solidaires et la FSU, en réponse à cette vague de plans sociaux.