Kazakhstan : l’Allemagne mise sur l’Asie centrale pour faire pression sur la Russie

Le soutien du Kazakhstan est essentiel pour appliquer les sanctions contre la Russie et mettre fin à la guerre en Ukraine, a déclaré le chancelier allemand lors de sa rencontre avec le président kazakh à Berlin mercredi dernier, alors que les États membres de l’UE cherchent à faire de l’Asie centrale un allié géopolitique.

EURACTIV Allemagne
Kazakhstan’s President Tokayev arrives in Germany ahead of Central Asian leaders meeting
Le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev (à gauche) et le chancelier allemand Olaf Scholz (à droite). [EPA-EFE/FILIP SINGER]

Le soutien du Kazakhstan est essentiel pour appliquer les sanctions contre la Russie et mettre fin à la guerre en Ukraine, a déclaré le chancelier allemand Olaf Scholz lors de sa rencontre avec le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev à Berlin mercredi dernier (27 septembre), alors que les États membres de l’UE cherchent à gagner l’Asie centrale en tant qu’allié géopolitique clé.

Le Kazakhstan est resté plutôt neutre sur la question de la guerre russe en Ukraine, et il n’est pas soumis aux sanctions occidentales. Toutefois, les deux anciennes républiques soviétiques sont des alliés proches, partageant la plus longue frontière terrestre ininterrompue du monde et étant membres de l’union douanière de l’Union économique eurasiatique (UEEA). À ce titre, le Kazakhstan offre une échappatoire potentielle aux sanctions occidentales et joue un rôle clé dans la prévention du commerce illicite.

« Il est important que le gouvernement kazakh nous soutienne dans la prévention du contournement des sanctions et qu’il ait pris des contre-mesures », a déclaré M. Scholz aux journalistes à Berlin après sa rencontre avec M. Tokaïev, ajoutant que les deux pays cherchaient à intensifier leur collaboration dans le domaine des affaires étrangères et de la géopolitique.

M. Tokaïev a quant à lui assuré M. Scholz de son soutien.

« L’Allemagne ne doit pas craindre que nous fassions quoi que ce soit pour contourner le régime de sanctions », a-t-il insisté, affirmant que son pays le « soutient » même.

Importance géostratégique

Cette rencontre du chancelier allemand avec le président kazakh était la première d’une série d’entretiens bilatéraux et multilatéraux avec des dirigeants d’Asie centrale à Berlin qui se sont poursuivis jeudi et vendredi (28 et 29 septembre). Ces réunions reflètent l’importance croissante de la région dans les considérations géostratégiques occidentales, compte tenu de sa proximité avec la Russie et de la richesse de ses ressources naturelles.

Le Kazakhstan est notamment important pour remplir les stocks de pétrole des États membres de l’UE, qui boycottent le pétrole russe depuis le début de la guerre en Ukraine. En effet, Astana a augmenté ses livraisons à l’Allemagne.

« Le Kazakhstan est un point central de l’initiative « Global Gateway » de l’UE, avec laquelle nous voulons faire avancer des projets d’infrastructure clés », a déclaré M. Scholz.

La stratégie Global Gateway est un programme d’investissement de l’UE visant à renforcer les liens du bloc avec les économies émergentes et les pays du Sud. Elle touche notamment aux domaines du numérique, de l’énergie et des transports.

Toutefois, le Kazakhstan adopte une approche plus nuancée dans ses relations avec des pays tiers. Lors de la conférence de presse conjointe, M. Tokaïev a décrit l’Allemagne comme « le partenaire le plus important du Kazakhstan en Europe », mais il a également souligné les liens étroits et les « relations amicales » avec la Russie.

Si M. Tokaïev a bénéficié de l’intervention de la Russie au Kazakhstan lorsque le pays a été confronté à des émeutes et à des troubles contre son gouvernement semi-autocratique en 2022, le pays a également résisté aux tentatives de la Russie de l’attirer dans sa coalition à la suite de la guerre en Ukraine.

Néanmoins, M. Tokaïev a fermement condamné la guerre en Ukraine et a exigé que les deux parties « cessent rapidement et immédiatement toutes les actions militaires », soutenant que la situation était « désormais très grave » et qu’il était temps de trouver une solution acceptable pour les deux parties.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]