Kazakhstan : un an après les manifestations, le pays « a changé », selon son ministre des Affaires étrangères
Un an après les manifestations et la répression de janvier 2022, qui ont fait 200 morts, le vice-ministre des Affaires étrangères du Kazakhstan, Roman Vassilenko, a confié à EURACTIV que le pays avait considérablement changé.
Un an après les manifestations et la répression de janvier 2022, qui ont fait 200 morts, le vice-ministre des Affaires étrangères du Kazakhstan, Roman Vassilenko, a confié à EURACTIV que le pays avait considérablement changé.
Selon lui, le président Kassym-Jomart Tokayev a « travaillé dur » pour répondre aux revendications de la population et le pays enclavé d’Asie centrale est désormais « une terre de changement ».
M. Vassilenko, principal interlocuteur de son pays auprès de ses homologues de l’UE, a souligné les réformes internes au Kazakhstan, mais aussi son agenda européen chargé. Au cœur de celui-ci figurent en effet des projets relatifs aux matières premières essentielles, à l’énergie, y compris l’hydrogène vert, et à la connectivité dans le cadre du « corridor médian ».
Interrogé sur les événements de janvier dernier, M. Vassilenko a présenté des documents indiquant que Karim Massimov, chef de la sécurité de l’ancien président Nursultan Nazarbayev, et son ancien adjoint Anuar Sadykulov, étaient jugés pour trahison, abus de pouvoir et actions visant à prendre le pouvoir par la violence.
Selon le récit officiel kazakh, cela « prouve clairement » que les événements de janvier étaient « une tentative de coup d’État bien planifiée ».
Aucune poursuite n’a encore été engagée à l’encontre de l’ancien dirigeant M. Nazarbayev. Le parlement est récemment revenu sur une loi présentée par M. Nazarbayev, qui assurait une immunité à lui et sa famille. Il peut donc être visé par des accusations de « haute trahison ».
Entre-temps, la capitale, Nour-Sultan, a été rebaptisée Astana.
L’essentiel de ce qui s’est réellement passé au cours de la semaine tragique du 2 janvier 2022 demeure obscur, bien qu’une chronologie ait été établie. Les mouvements de protestation ont débuté en raison de l’augmentation du prix du gaz liquéfié, utilisé comme carburant pour les voitures.
« Le pays a vraiment évolué depuis janvier de l’année dernière, et le président a travaillé dur pour répondre aux doléances du peuple et construire un nouveau système politique plus représentatif des désirs de la population », a déclaré M. Vassilenko.
Il a notamment fait référence au processus électoral accéléré qui est sur le point de s’achever, les élections présidentielles anticipées du 20 novembre, les élections de la moitié du Sénat du14 janvier, et également les élections de la chambre basse du parlement (Majlis), et des assemblées locales (Maslihats) prévues le 19 mars prochain.
M. Vassilenko a également indiqué que ces élections seraient « très différentes » car, à la suite de changements constitutionnels, les élections se dérouleront selon un système mixte, avec 70 % des députés du Mazhilis élus sur des listes de partis et 30 % dans des circonscriptions à mandat unique.
En outre, il a ajouté que sept partis au total ont été enregistrés pour les élections, contre cinq auparavant, grâce à l’abaissement du seuil de signatures nécessaires (5 000 au lieu de 20 000) — et il est même possible que d’autres partis se qualifient en temps voulu. « Ce sera une élection très compétitive », a souligné le ministre.
M. Vassilenko a également évoqué les priorités de la relation entre le Kazakhstan et l’UE, alors que son pays célébrera le 2 février le 30e anniversaire de ses relations avec l’UE. Il a déclaré que c’était le moment idéal pour faire le point, en soulignant plusieurs projets économiques d’importance majeure.
Il a notamment évoqué le projet d’hydrogène vert suédo-allemand « Svevind », qui prévoit la construction de parcs éoliens et solaires d’une capacité totale de 45 gigawatts (GW) dans l’ouest et le centre du Kazakhstan. Cette électricité « verte » alimentera 30 GW d’électrolyseurs afin de produire environ trois millions de tonnes d’hydrogène vert par an. Selon M. Vassilenko, cela représente 20 % des besoins de l’UE en hydrogène vert.
Interrogé sur les exportations de pétrole du Kazakhstan vers l’UE — alors que son grand voisin, la Russie, qui fait l’objet de sanctions de la part de l’Union, a tenté de perturber celles-ci —, il a reconnu qu’il y avait eu « quelques perturbations ». Toutefois, il a précisé qu’au final, le Kazakhstan avait pu exporter « presque les mêmes quantités que l’année précédente [avant les sanctions] ».
Il a également déclaré que ces « incidents » avaient fait prendre conscience à son pays que d’autres options étaient nécessaires, indiquant que, pour la première fois, de petites quantités de pétrole kazakh avaient été acheminées par l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC).
M. Vassilenko a longuement évoqué la nécessité de remédier aux goulets d’étranglement du « corridor médian », qui relie la Chine à l’Europe par voie terrestre et dont l’importance s’est accrue après le déclenchement de la guerre en Ukraine par la Russie.
Parmi les projets nécessaires, il a cité l’extension des ports de Kuryk, près d’Aktau, sur la rive kazakhe de la mer Caspienne, et de l’autre côté, le port d’Alyat près de Bakou, en Azerbaïdjan.
Il a également évoqué la nécessité de construire des liaisons ferroviaires telles que la liaison Dostyk-Moyinty, à la frontière entre le Kazakhstan et la Chine. Les voies de contournement ferroviaires de la plus grande ville de son pays, Almaty, et de la capitale de l’Ouzbékistan, Tachkent, ont également été mentionnées.
Le diplomate kazakh a par ailleurs indiqué avoir beaucoup d’attentes vis-à-vis d’une étude de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), qui devrait permettre d’identifier ces goulets d’étranglement et éventuellement servir de base à des projets visant à les surmonter.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]