L'Allemagne soutient Nicolas Sarkozy dans son appel au cloisonnement de l'espace Schengen
Dans une lettre commune adressée à la présidence danoise du Conseil de l'UE, les ministres de l'intérieur français et allemand ont réclamé le rapatriement de certains pouvoir de la Commission européenne, ce qui leur permettrait de réintroduire des contrôles aux frontières pour les personnes en provenance de la Grèce.
Dans une lettre commune adressée à la présidence danoise du Conseil de l'UE, les ministres de l'intérieur français et allemand ont réclamé le rapatriement de certains pouvoir de la Commission européenne, ce qui leur permettrait de réintroduire des contrôles aux frontières pour les personnes en provenance de la Grèce.
Interrogé sur les récentes tentatives de modification des règles qui régissent l'espace Schengen de libre circulation, un porte-parole de la Commission a refusé hier (19 avril) de répondre directement à la question, arguant qu'ils n'avaient pas encore reçu la lettre en question.
Le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung a pourtant publié des extraits de cette lettre signée de la main du ministre français de l'intérieur, Claude Guéant, et de son homologue allemand, Hans-Peter Friedrich.
Les ministres invoquent le droit de leur pays à rétablir des contrôles aux frontières dans le cas où un Etat membre de l'UE ne parviendrait pas à contrôler l'immigration clandestine.
Pour l'instant, les pays membres de Schengen ne peuvent réintroduire des contrôles aux frontières que temporairement, lors d'événements tels que des matches de football ou des réunions internationales de haut niveau, dans le but de prévenir des faits de hooliganisme ou de violence.
Cette fois-ci, la proposition avancée concerne des mesures à plus long terme et le pays visé est clairement la Grèce.
Le président français, Nicolas Sarkozy, en pleine campagne électorale, a promis de faire sortir le pays de l'espace Schengen de libre circulation si les règles régissant le traité n'étaient pas modifiées pour que les décisions soient prises par les pays et non pas par « des technocrates et des tribunaux ».
A propos de la Grèce, il a martelé qu'un pays qui avait des difficultés à contrôler ses frontières devrait être exclu de l'espace Schengen.
La frontière gréco-turque qui s'étend sur 130 kilomètres est sécurisée, à l'exception d'une zone d'une vingtaine de kilomètres aux alentours des villes d'Orestiada en Grèce et d'Edirne en Turquie, à l'endroit où la rivière Evros (Meriç en turc, Maritsa en bulgare), traverse la frontière.
La Commission européenne a récemment fait savoir que le nombre de migrants traversant la frontière gréco-turque était passé de 2000 à 500 en une semaine.
Dans le même temps, personne ne sait comment interpréter la lettre franco-allemande dans le contexte des élections présidentielles françaises. L'Allemagne a elle aussi demandé à la Grèce de renforcer la surveillance de ses frontières, tout en réclamant des règles plus strictes et davantage de pouvoirs aux mains des Etats membres dans le cadre des accords de Schengen.
Sur le plan juridique, il serait très difficile, voire impossible, d'exclure un Etat membre de Schengen. Les implications de la réintroduction des contrôles aux frontières grecques pourraient cependant freiner l'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie à l'espace de libre circulation, les Pays-Bas y étant toujours fermement opposés.