« L’arrivée de Gordon Brown n’entraînera pas de changement de cap fondamental»

Après avoir pris la tête du parti travailliste, Gordon Brown succède aujourd’hui à Tony Blair au 10 Downing Street. Selon le chercheur Bruno L.G Carré (IRIS et CEDIMES), le nouveau premier ministre ne devrait pas modifier la politique britannique en profondeur, au niveau national comme européen.

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Après avoir pris la tête du parti travailliste, Gordon Brown succède aujourd’hui à Tony Blair au 10 Downing Street. Selon le chercheur Bruno L.G Carré (IRIS et CEDIMES), le nouveau premier ministre ne devrait pas modifier la politique britannique en profondeur, au niveau national comme européen.

En bref  :

Après avoir longtemps attendu, Gordon Brown arrive enfin à Downing Street. Coincé par le pacte conclu avec Tony Blair dans les années 1990, l’ancien chancelier de l’Echiquier avait les mains libres sur les questions économiques et financières, mais n’a « que très peu interferé sur le reste des affaires »explique Bruno Carré, chercheur à l’institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) et au centre d’études du développement international et des mouvements économiques et sociaux (CEDIMES), dans un entretien accordé à EURACTIV.fr.

La politique britannique ne devrait cependant pas changer fondamentalement de cap. « Celle-ci sera toujours plus où moins dictée par la doctrine des trois cercles de Churchill  : l’Europe, les États-Unis et l’ancien Empire, avec le Commonwealth et quelques pays en particulier » estime Bruno Carré. L’intention supposée de Gordon Brown de retirer les troupes britanniques d’Irak semble en outre peu crédible. « Je n’y crois pas. Je pense qu’il va suivre le calendrier que lui imposeront ses relations avec les États-Unis, ainsi que le calendrier des élections au Royaume-Uni ».

La véritable différence entre la politique menée par Gordon Brown et celle conduite par son prédécesseur sera vraisemblablement plus visible avec le « troisième cercle » des pays partenaires de la Grande-Bretagne. « Gordon Brown est très attaché au dialogue avec les pays en développement. Il cherche à nouer de fortes relations avec l’Inde qu’il voit comme un pays absolument privilégié dans le cadre des relations internationales avec le Royaume-Uni », indique Bruno Carré.

Hostile au multilatéralisme et donc à l’Europe en tant qu’institution, les Britanniques sont en revanche de fervents partisans des relations bilatérales. La France fait notamment partie de leurs partenaires privilégiés en ce qui concerne les questions de défense. « Ensemble, les deux pays parviennent à des résultats tout à fait remarquables, et les relations dans ce domaine vont en s’amplifiant » note le chercheur.

Malgré des épisodes houleux notamment au moment de la guerre en Irak, Bruno Carré estime que les relations entre la France et la Grande-Bretagne « n’ont pas été si mauvaises que cela » ces dix dernières années et rappelle qu’en politique étrangère les deux pays ont eu aussi des positions « très proches », notamment en Afghanistan.

Tout comme elles l’étaient avec Tony Blair, les relations du président de la République avec Gordon Brown devraient être bonnes. « Le discours prononcé par le nouveau premier ministre lors de son intronisation à la tête du parti travailliste aurait pu sortir de la bouche de Nicolas Sarkozy » estime le chercheur de l’IRIS. Si sur l’éducation, les universités, ou encore la santé, les programmes sont les mêmes, la principale différence entre les deux pays réside dans la manière « d’envisager la concurrence et le marché. L’accrochage, lors du dernier Conseil européen, au sujet de la phrase sur la concurrence « libre et non faussée » dans le paragraphe sur les objectifs de l’Union est particulièrement édifiant. Les Britanniques sont des libéraux et la France est protectionniste. »

L’euroscepticisme notoire de Gordon Brown ne devrait pas non plus modifier fondamentalement la politique de la Grande-Bretagne à l’égard de l’Europe. « Les Britanniques sont pragmatiques. Le premier ministre gouverne avec le patronat et les syndicats et regarde où se trouve son intérêt. Or les intérêts économiques et financiers du Royaume-Uni sont du côté des Européens ».

Lire l’interview dans son intégralité.

A paraître, Pouvoir et Sécurité  : regard d’un économiste sur la puissance britannique, Docteur Bruno L.G Carré, Editions L’Harmattan