L’augmentation des assistants divise les eurodéputés

Pour faire face à la surcharge de travail liée au renforcement des pouvoirs du Parlement après le traité de Lisbonne, les députés ont voté une augmentation de l’enveloppe destinée au salaire de leurs collaborateurs. EURACTIV.fr a recueilli les réactions d’élus de tous bords.

/ EURACTIV.fr
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Pour faire face à la surcharge de travail liée au renforcement des pouvoirs du Parlement après le traité de Lisbonne, les députés ont voté une augmentation de l’enveloppe destinée au salaire de leurs collaborateurs. EURACTIV.fr a recueilli les réactions d’élus de tous bords.

Action légitime mais mauvais signal politique? Les députés européens de la commission Budgets ont voté, jeudi 3 mars, en faveur d’une augmentation de 1500 euros de l’enveloppe destinée à rémunérer leurs assistants et secrétaires. Une première tranche de financement supplémentaire de 1500 euros avait déjà été approuvée début 2010. 

En tout, les députés bénéficieront donc de 3000 euros de plus pour leurs collaborateurs en 2011. 

L’argent supplémentaire porte à 21 259 euros cette allocation mensuelle. Au total, ce budget représente une somme de 13,5 millions d’euros pour le Parlement. 

Selon les parlementaires socialistes (S&D) et de centre-droit (PPE), favorables à cette mesure, cette augmentation est justifiée par un surcroît de travail pour les assistants parlementaires. Le traité de Lisbonne a augmenté les pouvoirs du Parlement européen, qui décide à égalité avec les ministres des États membres, dans un nombre de domaine accrus. 

« Insensé »

Techniquement, il ne s’agit pas d’augmenter le budget, mais de débloquer des fonds qui étaient déjà réservés, en décembre 2010, à cet effet. Mais, selon certains parlementaires, cette décision donne une mauvaise image du Parlement européen, en ces temps de réduction des déficits. 

«Augmenter le budget pour les assistants en ce moment d’austérité et d’économies partout en Europe est insensé», commente l’écologiste allemande Helga Trüpel dans un communiqué.

«La coalition socialiste et de centre-droit qui a voté en faveur de cette augmentation est clairement déconnectée des réalités fiscales et n’a pas compris que les contraintes budgétaires à travers l’Europe imposent des décisions responsables pour le budget européen également», ajoute-t-elle.

« Charge de travail »

Le groupe des Verts/ALE, a voté contre la proposition. «Nous avons estimé que les arguments des députés favorables à cette augmentation du salaire des assistants étaient juste. Mais en même temps, en ce moment, il faut augmenter d’autres parties du budget européen et pas le salaire des assistants», déclare à EURACTIV.fr Daniel Cohn Bendit, co-président des Verts au Parlement européen. 

«Mais il ne faut pas sous-estimer ce que le traité de Lisbonne et la co-décision ont eu comme impact sur le travail des assistants.»

Le député européen «est vraiment législateur. Dans la mesure ou cette augmentation n’augmente pas la masse totale du budget et ne va pas directement au député mais à l’équipe», elle est normale, estime Nathalie Griesbeck (MoDem – ADLE). La députée insiste sur l’augmentation de la charge de travail générée par l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne. «Cet argent me permet de recruter systématiquement un stagiaire et de mieux répondre aux demandes de visite du Parlement européen», ajoute-t-elle.

« Pas le moment »

Favorable à la première augmentation de 1500 euros, le député (Nouveau centre – PPE) Damien Abad se montre plus réservé pour la deuxième tranche qui vient d’être approuvée en commission Budgets. «Ce n’est pas le moment de voter ce genre de choses», affirme-t-il. L’élu européen estime que le Parlement dispose de «bons moyens» pour fonctionner. Il se prononce en faveur d’un budget institutionnel «très rigoureux». 

«L’argent qui était provisionné depuis décembre 2010 pouvait très bien être utilisé à autre chose», juge-t-il.

«J’étais en désaccord avec mon groupe sur ce sujet», précise Corinne Lepage (Cap 21 – ADLE). «L’ADLE était opposée à cette augmentation au motif que dans le climat actuel, elle n’était pas adaptée. Moi, j’ai plutôt défendu la proposition. Mes assistants travaillent beaucoup et leur charge de travail a augmenté. C’est franchement justifié. Evidemment je n’aurai pas voté l’augmentation de mon propre salaire.»

Assistants compétents

L’eurodéputé allemande Inge Grässle fait partie de ceux qui ont défendu cette augmentation avec le plus ardeur. «En tant qu’eurodéputée, j’ai les mêmes moyens qu’un élu du Bundestag. Et pourtant, j’ai une circonscription quatre fois plus grande !» Elle affirme avoir besoin d’«assistants très qualifiés» pour l’aider dans son travail législatif. 

«Le but d’un Parlement, c’est de donner à ses élus les moyens de travailler», poursuit-elle. En revanche, elle appelle à «couper les dépenses inutiles», notamment «dans l’administration». «Je n’ai pas besoin de bâtiments à Luxembourg, mais d’assistants parlementaires compétents!», assène-t-elle, en faisant référence aux bureaux du Parlement européen situés dans le Grand duché. 

Egalement favorable à l’augmentation de l’enveloppe, Estelle Grelier (PS – S&D) fustige une polémique «démagogique». «Les sommes en jeu ne sont pas énormes», estime-t-elle. «La démocratie a un prix, poursuit-elle. Il faut donner au Parlement européen les moyens de se maintenir à la hauteur de ses ambitions.»

«Lors d’un trilogue [réunion de négociation entre les trois institutions européennes sur un dossier législatif en cours], les équipes du Parlement européen sont toujours moins nombreuses que celles de la Commission ou du Conseil», constate-t-elle. «Pour rééquilibrer les pouvoirs et renforcer le rôle du Parlement, il faut des moyens.»