L’Europe en « pilote automatique » à la suite de la chute du gouvernement tchèque [FR]

Après que le gouvernement de minorité de Mirek Topolánek (centre-droit) a perdu un vote de confiance au Parlement hier (24 mars), des analystes ont déclaré que l’Europe est désormais en « pilote automatique ». La République tchèque occupe actuellement la présidence tournante de l’UE.

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Après que le gouvernement de minorité de Mirek Topolánek (centre-droit) a perdu un vote de confiance au Parlement hier (24 mars), des analystes ont déclaré que l’Europe est désormais en « pilote automatique ». La République tchèque occupe actuellement la présidence tournante de l’UE.

La coalition tripartite au pouvoir détenait une minorité fragile au Parlement depuis sa nomination en 2007. Elle a perdu d’une seule voix après que certains de ses membres ont soutenu l’opposition de gauche. 

La motion de censure a été adoptée par 101 voix contre 200, grâce à des partis minoritaires.  

Hier soir, le Premier ministre tchèque, qui doit maintenant remettre sa démission, a tenté de se montrer rassurant quant au fait que le vote n’aurait pas d’impact sur la présidence tchèque de l’UE. La situation n’a eu pour l’instant aucune répercussion sur le rôle du président du Conseil européen, indique une déclaration publiée par la présidence tchèque. 

M. Topolánek a déclaré être prêt à démissionner. L’opposition socio-démocrate a toutefois indiqué que le gouvernement pourrait rester au pouvoir jusqu’à ce que la République tchèque remette le flambeau à la présidence suédoise, le 1er juillet prochain. 

L’opposition a accusé le gouvernement de mal gérer l’économie et a également critiqué les réformes, notamment celles relatives à l’impôt sur le revenu forfaitaire, aux honoraires des médecins et aux coupes budgétaires. 

Le leader de l’opposition, Jiri Paroubek, a déclaré qu’un gouvernement d’experts sans parti pourrait être formé au cours de l’été. Ce gouvernement dirigera le pays jusqu’aux élections anticipées, qui devraient avoir lieu en automne ou au printemps suivant. Des élections ordinaires sont prévues mi 2010. 

M. Topolánek a indiqué que des élections anticipées devraient avoir lieu au cours de l’été si aucun accord relatif au un nouveau gouvernement n’est conclu d’ici là. Il a indiqué qu’il souhaitait pouvoir à nouveau former un cabinet et qu’il n’accordera pas son soutien au gouvernement formé d’experts. 

Plusieurs scénarios possibles

La chute du gouvernement de M. Topolánek conduira automatiquement à des élections anticipées, mais plusieurs scénarios sont envisageables. 

Conformément à la constitution tchèque, des élections anticipées ne peuvent avoir lieu qu’après trois tentatives manquées de former un nouveau gouvernement, ou si le Parlement adopte une loi spéciale appelant à un scrutin anticipé. 

C’est désormais au président Václav Klaus de décider de la suite des événements. Il dispose en effet de pouvoirs accrus et d’une période illimitée pour nommer un nouveau gouvernement. 

Compte tenu de la division au sein du Parlement, il sera très difficile de former un nouveau cabinet sans que les principaux rivaux – le parti de droite de M. Topolánek (parti démocratique civiques) et le parti de M. Paroubek (parti socio-démocrate) – ne concluent d’accord. 

Les socio-démocrates sont en tête des sondages d’opinion, mais leur avance sur le parti de M. Topolánek (ODS) s’est réduite à 4,5  %, selon une enquête publiée la semaine dernière.

Connexion russe?

Parmi les autres questions affectées par l’instabilité tchèque pourraient figurer le projet gouvernemental de longue date prévoyant d’accueillir un radar antimissile américain, auquel s’opposent les sociaux-démocrates. Ce projet a déjà été gelé en raison du manque de soutien au Parlement. 

Dmitry Rogozin, envoyé russe auprès de l’OTAN, a déclaré à la chaîne Vesti-24 que ceux qui avaient provoqué la chute du gouvernement de M. Topolánek étaient fortement opposés au déploiement du radar. 

A la veille de la rencontre des présidents russe et américain à Londres, le 11 avril, les Américains font face à des difficultés pratiquement insurmontables par rapport au déploiement de leur système de défense stratégique antimissile en Pologne et en République tchèque, a-t-il déclaré. 

Un général américain a quant à lui accusé Moscou de vouloir affaiblir les institutions occidentales. 

Prenant la parole devant un comité des forces armées du sénat américain, le commandant suprême des forces alliées de l’OTAN, le général John Craddock a déclaré qu’il s’attendait à une dégradation des relations entre l’OTAN et Moscou. 

Pour M. Craddock, la Russie semble déterminée à assister à l’affaiblissement des institutions euro-atlantiques de sécurité, et s’est montrée prête à utiliser des pressions économiques et la force militaire à cette fin. 

Le renversement de M. Topolánek précède un sommet européen spécial qui aura lieu le 5 avril, à Prague, en présence du président Barack Obama. 

Conséquences sur le traité de Lisbonne

Reste encore à savoir quelles seront les conséquences du vote de mardi sur la ratification annoncée du traité de Lisbonne par la République tchèque. 
Le sénat tchèque n’a pu avancer sur la ratification du traité que concomitamment à la ratification d’un accord avec les Etats-Unis. Celui prévoit d’installer un radar, qui constitue une partie du bouclier antimissile soutenu par l’ancienne administration à Washington. 

Les analystes attendent beaucoup du sommet de l’OTAN et de la visite de M. Obama à Prague, car, selon eux, les intentions de la nouvelle administration américaine sont jusqu’à présent peu claires. 
Pas la première fois

Par deux fois, des gouvernements de pays européens se sont fait renverser alors qu’ils étaient à la tête de l’UE : le Danemark en 1993 et l’Italie en 1996. Mais c’est la première fois qu’un tel évènement se produit dans un contexte de crise économique majeure, ont indiqué les analystes. 

(EURACTIV avec Reuters. Ce texte a été traduit de l’anglais par EURACTIV).