Athènes redoute une manœuvre turque autour du Conseil de la paix de Trump

L’annonce par Donald Trump de la création d’un Conseil de la paix a provoqué un malaise à Athènes, où le gouvernement grec cherche à trouver un équilibre délicat : défendre ses intérêts en Méditerranée orientale face à la Turquie, tout en resserrant ses relations avec Washington.

EURACTIV.com
Signing the charter of Board of Peace in Davos
DAVOS, Suisse - 22 janvier : Le président américain Donald Trump serre la main du ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan (à droite) lors de la cérémonie de signature de la Charte de paix pour Gaza dans le cadre du 56e Forum économique mondial à Davos. [Getty Images/Harun Ozalp_Anadolu]

La création du Conseil de la paix a ravivé les inquiétudes grecques quant à un possible affaiblissement du rôle des Nations unies et du droit international, pierres angulaires de la politique étrangère grecque.

La Grèce, ainsi que 24 autres États membres de l’UE, resteront en dehors du Conseil de la paix, tandis que la Turquie voisine y participera.

Initialement présenté comme un outil destiné à gérer la crise au Moyen-Orient, le Conseil a pris une dimension bien plus large lorsque Donald Trump l’a évoqué au Forum économique mondial de Davos, laissant entendre qu’il pourrait devenir un mécanisme permanent. Une perspective qui a alarmé plusieurs capitales européennes, craignant une marginalisation de l’ONU.

Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a déclaré la semaine dernière que le Conseil de paix devrait se limiter à Gaza, craignant que les différends non résolus dans le voisinage de la Grèce ne relèvent autrement de sa compétence.

Athènes et Nicosie sont engagées depuis des années dans des litiges avec la Turquie et la Libye concernant les frontières maritimes en Méditerranée orientale. La Grèce s’appuie sur la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, qu’elle a ratifiée, tandis qu’Ankara, non signataire, rejette ce cadre juridique.

Cette impasse politique entrave depuis des années les efforts visant à exploiter les réserves inexploitées de gaz naturel et de pétrole de la Méditerranée.

Selon George Tzogopoulos, chercheur principal à la Fondation hellénique pour la politique européenne et étrangère (ELIAMEP), l’approche pragmatique et transactionnelle de Donald Trump pourrait néanmoins déboucher, tôt ou tard, sur une tentative de règlement politique.

« On ne sait pas encore si le prétexte sera le soi-disant Conseil de la paix doté de pouvoirs élargis ou la médiation directe des États-Unis », a-t-il expliqué à Euractiv. « Mais cela sera certainement présenté d’une manière qui correspond à la logique commerciale de Trump. »

Si l’engagement des États-Unis dans la région s’intensifie, a ajouté George Tzogopoulos, Ankara est susceptible de privilégier un modèle dans lequel les acteurs régionaux « règlent les problèmes entre eux, avec l’Amérique de Trump comme médiateur », écartant ainsi l’ONU.

Le rôle croissant des États-Unis se manifeste déjà par les accords conclus, sous le second mandat de Donald Trump, entre les géants énergétiques américains Chevron et ExxonMobil et l’ensemble des acteurs clés de la région : Grèce, Turquie, Chypre et Libye.

Les responsables grecs et turcs se sont réunis à Athènes la semaine dernière pour discuter d’un programme positif, visant à gérer les tensions et à identifier les domaines de coopération. Les dirigeants des deux pays se rencontreront le 12 février.

Un exercice d’équilibre ?

Aucun signe ne laisse penser que les relations entre Kyriakos Mitsotakis et Donald Trump se soient détériorées, même si les deux hommes ne se sont pas encore rencontrés. Le président américain a en revanche reçu son homologue turc, Recep Tayyip Erdoğan, en septembre.

L’appel de Kyriakos Mitsotakis à limiter la portée du Conseil de la paix a suscité les critiques de l’opposition grecque. En essayant de satisfaire Washington tout en évitant une rupture avec ses partenaires européens, le Premier ministre se livre à « un exercice d’équilibre dangereux qui sape les positions de longue date de la politique étrangère grecque », a confié l’eurodéputé socialiste Giannis Maniatis à Euractiv.

Giannis Maniatis, ancien ministre de l’Énergie, a déclaré que, compte tenu de l’occupation continue de Chypre et des défis répétés de la Turquie à l’égard des droits souverains, toute initiative qui sape la légalité internationale doit être fermement combattue par Athènes.

La Grèce devrait plutôt prendre l’initiative de renforcer la coopération européenne en matière de défense et de sécurité afin de relever ensemble les défis à venir, selon lui.

L’opposition a également accusé le gouvernement conservateur au pouvoir, Nouvelle Démocratie, d’adopter la logique de l’« allié donné » envers Washington. Les détracteurs soulignent souvent la base militaire américaine de Souda Bay en Crète, cruciale pour la projection de la puissance américaine au Moyen-Orient, dont le mandat était auparavant renouvelé chaque année, mais qui a été rendu indéfini sous Kyriakos Mitsotakis.

Une source diplomatique à Athènes a déclaré que la Grèce s’alignait sur d’autres partenaires européens qui considèrent cette initiative comme problématique et susceptible de passer outre le droit international.

Bruxelles a toujours soutenu la Grèce et Chypre, en fondant sa position sur le droit international, et cherchera à convaincre Washington de limiter la portée du Conseil de la paix, a ajouté la source.

« Il faut également tenir compte des participants », a déclaré le diplomate. Si la participation de la Hongrie était attendue, la décision de la Bulgarie a surpris Bruxelles, étant donné que le pays est actuellement dirigé par un gouvernement intérimaire.

« Quelqu’un à Sofia cherche clairement à marquer des points à Washington », a-t-il conclu.