L’Europe en plein baby boom ? [FR]

Plusieurs pays de l’UE connaissent une hausse soudaine de leurs taux de fécondité, une tendance qui peut sembler surprenante étant donné la crise économique actuelle. Le réseau de médias affiliés à EURACTIV examine les raisons de ce nombre croissant de naissances, pays par pays.

Plusieurs pays de l’UE connaissent une hausse soudaine de leurs taux de fécondité, une tendance qui peut sembler surprenante étant donné la crise économique actuelle. Le réseau de médias affiliés à EURACTIV examine les raisons de ce nombre croissant de naissances, pays par pays.

France : aidée par la sécurité sociale

En France, la crise n’a pas découragé les couples d’avoir des enfants, rapporte EURACTIV.fr.

En fait, elle pourrait avoir encouragé le phénomène : en 2008, le taux de naissance a augmenté de 1,2 % par rapport à l’année précédente et cette tendance semble stable.

Avec 829 000 naissances l’an dernier, la France a atteint un taux de fécondité qu’elle n’avait pas connue depuis 1981.

Avec statistiquement  plus de deux enfants par femme, la France a le taux de fécondité le deuxième plus important d’Europe après l’Irlande, un pays à forte tradition catholique.

Les sociologues expliquent le baby boom français par le bon niveau de protection sociale du pays. Les psychologues ajoutent qu’en période de crise, les Français ont tendance à se tourner vers les valeurs fondamentales, telles que la famille. Les statistiques montrent que la France n’a pas non plus connu de chute de son taux de natalité lors de la crise pétrolière des années 1970.

Pour ce qui est des autres tendances, les Françaises donnent naissance à un âge toujours plus avancé. En 2008, 21,4 % des nouveaux nés avaient une mère âgée de 35 ans ou plus, contre 16,3 % il y a dix ans. Cette tendance est encore plus prononcée pour l’âge des pères. 

De plus, les naissances hors mariage sont aussi en augmentation, représentant 52 % de toutes les naissances en 2008 – 10 % de plus qu’en 1998. Le pourcentage d’enfants issus de mariages mixtes est aussi plus important aujourd’hui. 12,7 % des nouveaux nés sont issus de parents de différentes nationalités, contre 8 % en 1998.

Nadine Morano, secrétaire d’Etat à la Famille au gouvernement français, a salué « ces résultats excellents », comme elle les a appelés.

C’est « un message encourageant que nous adressent les Français qui prouvent ainsi leur capacité à se projeter positivement dans l’avenir, malgré un contexte de crise », a-t-elle déclaré, citée par les médias français.

Belgique : protection sociale et seconds mariages

La Belgique voisine connaît une tendance similaire. Le taux de natalité est en hausse et la presse parle déjà d’un baby boom. Le taux de fécondité a atteint un niveau sans précédent de 1,7 enfant par femme. 

Les sociologues ont expliqué ce taux de natalité belge exceptionnel par le changement des schémas sociologiques : alors que plus de couples divorcent, de nouveaux couples se forment et ont plus de bébés, expliquent-ils.

Italie : merci à l’immigration

En Italie, le baby boom a pris le pays par surprise et il semble alimenté par la fertilité et l’immigration grandissantes. Bien que les données mises à jour ne soient toujours pas disponibles pour 2009, la presse régionale a mis en avant des taux de naissance record dans plusieurs maternités à travers le pays.

Annamaria Celesti, une gynécologue italienne également conseillère régionale de Toscane, a déclaré que la crise économique incitait les femmes à avoir davantage d’enfants.

Les enfants sont le moteur de la reprise sociétale puisqu’ils sont un investissement pour la famille et une importante ressource économique pour l’avenir, a-t-elle dit au quotidien La Nazione plus tôt cette année.

Pays d’émigration, la population de l’Italie a en réalité augmenté chaque année lors de la dernière décennie, mais pas grâce au renouvellement des générations : la croissance de sa population s’explique entièrement par l’immigration. Les nouvelles naissances en 2008 étaient au nombre de 57 000, soit 12 000 de plus qu’en 2007. Cependant, sur le nombre total de nouveaux bébés, 90 000 sont nés de mère étrangère, ce qui représente 15 % de tous les nouveaux nés.

Royaume-Uni : l’apport des immigrants pakistanais et polonais

On voit des tendances similaires au Royaume-Uni, a récemment écrit le journal Guardian. Les chiffres sont décrits comme tragiques. En 2001, les femmes avaient une moyenne de 1,63 enfant au cours de leur vie. Mais en 2009, ce taux est monté à 1,96.

Ici, les spécialistes pointent du doigt l’immigration comme le plus important facteur. Il y a davantage de femmes en âge de procréer dans le Royaume-Uni qu’avant, et beaucoup d’entre elles viennent du sous-continent indien, d’Afrique et d’Europe de l’Est pour travailler et fonder des foyers au Royaume-Uni.

Le nombre le plus important de mères non nées au Royaume-Uni vient du Pakistan, mais les mères polonaises viennent juste après. En 2005, il y avait 3 403 naissances parmi les femmes polonaises, un chiffre qui a grimpé à 16 101 l’an dernier, selon le Guardian.

Islande : une explosion des bébés de la crise

Plus au nord, en Islande, la presse a beaucoup parlé d’une vague des bébés de la crise. Les statistiques montrent une augmentation de 3,5 % du nombre des naissances du 1er janvier au 10 août cette année par rapport à la même période en 2008.

Les spécialistes expliquent qu’en Islande, gravement touchée par la crise, le sens pratique pousse les Islandais à tirer avantage des bénéfices sociaux offerts par le gouvernement. Les parents obtiennent neuf mois de congé payé lorsqu’ils ont un enfant – trois pour la mère, trois pour le père et trois mois supplémentaires qui peuvent être pris par l’un des deux parents.

Finlande : le plus important taux de natalité de la décennie

Les statistiques confirment qu’il y avait déjà un baby boom en Finlande en 2008, et cette tendance semble stable. Huit mille enfants de plus sont nés l’an denier en Finlande par rapport à 2007. Le taux de natalité finlandais atteint son plus haut niveau de la décennie – 1,85 enfant par femme contre 1,83 en 2007. Le dernier taux global de fertilité aussi haut qu’en 2008 a été relevé en 1994. 

Pologne : des maternités bondées 

Il semble que l’on assiste également à un baby boom dans plusieurs pays d’Europe de l’Est. Selon les spécialistes, son dénominateur commun est un « effet de rattrapage » après des années de privations lors de la transition du communisme à une économie de marché, quand de nombreux couples avaient reporté leurs projets familiaux. 

Les statistiques à Varsovie montrent que la capitale de la Pologne voit beaucoup plus de naissances que dans les dernières années. Les rapports de presse mentionnent le manque de maternités, et des salles voire des corridors de maternité remplis. 

Dans les cliniques privées en Pologne, on ne voit pas de problème de ce genre, mais devenir parent a un coût qui peut s’élever à plus de 3 000 euros. 

Bulgarie : braver l’adversité

En Bulgarie, les naissances enregistrées au second semestre 2009 se sont élevées à 7 % de plus que l’année passé, selon la presse. Selon un commentaire des sociologues bulgares, en période de rigueur, les Bulgares tendant à braver l’adversité. 

Ce point de vue semble soutenu par le fait que la région la plus pauvre de Bulgarie, autour de la ville de Montana dans le nord-ouest du pays, a connu une hausse record de 30% des naissances. 

Roumanie : difficile à mesurer

En Roumanie, un baby boom pourrait être en cours, mais il semble difficile à mesurer, puisque des centaines de milliers de jeunes Roumains travaillent à l’étranger, en particulier en Italie et en Espagne. 

Le professeur Ioan Bolovan, docteur de l’université Babes Bolyai à Cluj, s’est exprimé sur cette question auprès de EURACTIV.ro, en mettant toutefois en garde : ses commentaires ne s’appuient pas sur un travail de recherche.

Je ne pense pas, dit-il, que dans les années à venir la Roumanie verra un pic de natalité comme dans les autres Etats de l’UE, car nos réalités sont bien différentes. D’abord, en Roumanie, les politiques familiales n’ont pas la cohérence et la régularité de celles des autres Etats membres. Nous n’avons que des mesures isolées et manquons d’une vision claire. La mauvaise santé de l’économie de notre pays contribue aussi à ces réalités, ainsi que l’absence de stratégie à moyen et long terme, conclut-il.