Meloni exploite la crise migratoire espagnole

Également dans l'édition de vendredi : rédacteurs de discours irlandais, pompiers ukrainiens, sanctions contre la Russie

EURACTIV.com

Vous lisez Rapporteur ce vendredi 31 juillet. Ici Eddy Wax à Bruxelles, avec l’équipe Euractiv.

À retenir :

🟢 L’Italie fustige Sánchez pour la crise migratoire à Ceuta

🟢 Exclusif : l’Ukraine envoie des pompiers en France

🟢 Pourquoi l’accent de l’UE a une consonance irlandaise


L’Europe, vue de Bruxelles


Il y a tout juste une semaine, Jessika Roswall, commissaire européenne de centre-droit, a brossé un tableau idyllique de l’espace Schengen, saluant les « déplacements sans heurts » rendus possibles par « des décennies de coopération européenne ».

Cette illusion bruxelloise vient d’être réduite à néant. Le gouvernement italien de Giorgia Meloni a menacé de suspendre la coopération Schengen avec l’Espagne, profitant de la crise migratoire que connaît Madrid à Ceuta pour s’en prendre à Pedro Sánchez.

Des milliers de migrants ont franchi illégalement la frontière depuis le Maroc pour pénétrer dans cette enclave nord-africaine cette semaine. Les arrivées, dont beaucoup de mineurs, ont atteint leur pic jeudi, avec plus d’une douzaine de décès signalés, tandis que les médias espagnols accusent les autorités marocaines d’avoir fait preuve de laxisme dans les contrôles aux frontières.

Une grande partie de la droite européenne s’est emparée de cette crise, de Manfred Weber à Jordan Bardella. Sánchez, qui dirige une coalition d’extrême gauche, est depuis longtemps leur cible politique préférée.

Meloni, cependant, a l’habitude d’exploiter ses déboires tout en renforçant ses adversaires d’extrême droite. Comme nous l’avons révélé, elle l’a interpellé lors du dernier sommet des dirigeants de l’UE au sujet de sa décision de régulariser des centaines de milliers de migrants sans papiers. Hier soir, Antonio Tajani, le ministre italien des Affaires étrangères, a affirmé que cette politique elle-même constitue un facteur d’attraction.

L’Italie de Meloni n’a jamais manqué de revendiquer la solidarité de l’UE lorsqu’elle est confrontée à des afflux de migrants à ses propres frontières. Mais cela ne l’a pas empêchée d’aggraver le conflit avec Madrid, estimant apparemment pouvoir utiliser la crise pour renforcer ses crédits auprès de la droite. Les ministres des Affaires étrangères des deux pays se sont affrontés publiquement sur Internet, et Madrid a convoqué l’ambassadeur italien aujourd’hui.

L’Espagne a déployé l’armée à Ceuta jeudi après l’arrivée de milliers de migrants par voie terrestre et maritime, qui ont submergé cette petite ville d’un peu plus de 80 000 habitants, m’a rapporté ma collègue Inés Fernández-Pontes depuis Madrid.

Le ministère de l’Intérieur n’a pas publié de chiffres officiels, mais les médias locaux estiment qu’entre 1 500 et 2 000 personnes se sont ruées vers la frontière espagnole ces derniers jours.

Les causes de cette vague – la plus grave crise migratoire que l’Espagne ait connue depuis des années – font l’objet de controverses. En 2021, le Maroc a assoupli les contrôles aux frontières autour de Ceuta après l’accueil par l’Espagne de Brahim Ghali, dirigeant du Front Polisario et représentant du Sahara occidental (territoire contesté largement contrôlé par le Maroc).

Certains mettent en avant la récente visite de Sánchez en Algérie, rivale régionale du Maroc et alliée du Polisario. D’autres affirment qu’une décision rendue en juin par la Cour suprême, interdisant le renvoi immédiat des migrants arrivant par la mer, a rendu les traversées plus attractives. Le député espagnol Tesh Sidi a affirmé que le Maroc a provoqué cette crise pour détourner l’attention de ses propres troubles intérieurs, d’autant plus que jeudi marquait le 27e anniversaire de l’accession au trône du roi Mohammed VI.

Sánchez et le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, se rendront aujourd’hui à Ceuta pour évaluer la situation. Magnus Brunner, commissaire européen chargé des migrations, a proposé le soutien de Frontex pour aider l’Espagne à « maîtriser la situation ».

L’Ukraine envoie des pompiers en France

Kiev va envoyer 70 pompiers ainsi que 15 camions de pompiers et remorques en France, a indiqué un porte-parole de la Commission à mon collègue Nikolaus J. Kurmayer, afin d’aider à lutter contre les incendies de grande ampleur qui ont contraint plus de 200 000 personnes à évacuer.

Les pompiers devraient arriver samedi. « L’Ukraine est toujours prête à aider ceux qui nous ont soutenus tout au long de ces années de lutte contre l’agression russe », a déclaré Volodymyr Zelenskyy.

Ce déploiement représente environ un dixième des effectifs de lutte contre les incendies disponibles de l’UE qui participent actuellement aux opérations en Espagne et en France.

Qui parle au nom de l’Europe ? L’Irlande

L’Irlande domine les rangs des rédacteurs de discours et des porte-parole au sein des institutions européennes, une tendance qui s’est encore accentuée depuis le Brexit.

« Nous envoyons des rédacteurs à travers l’Europe depuis le Moyen Âge », a déclaré Thomas Byrne, ministre irlandais des Affaires européennes, à Rapporteur.

Cette tradition se poursuit au XXIe siècle. Les présidents des trois principales institutions de l’UE, ainsi que Kaja Kallas, emploient désormais des rédacteurs de discours irlandais. J’ai cherché à comprendre ce qui rend les Irlandais si omniprésents dans les fonctions de communication de l’UE. Lisez mon article complet.

Sanctions contre la Russie : y aura-t-il un 22e train de mesures ?

La Commission européenne a refusé de confirmer qu’elle proposerait un 22e train de sanctions contre la Russie, ce qui laisse penser que Bruxelles pourrait être en train de repenser son approche en matière de pression économique sur Moscou.

« Ce que nous pouvons garantir, c’est que nous continuerons à exercer une pression maximale sur la machine de guerre russe, comme nous l’avons fait jusqu’à présent », a déclaré un porte-parole de l’exécutif européen aux journalistes lorsque Rapporteur lui a demandé directement s’il y aurait un autre train de sanctions.

Ces remarques font suite aux déclarations d’Helen McEntee, ministre irlandaise des Affaires étrangères, qui a indiqué à Euractiv que l’Union envisage de s’orienter vers des mesures plus régulières et progressives plutôt que vers des paquets de sanctions de grande envergure, qui sont exposés aux vetos des différentes capitales de l’UE.

Kallas, qui s’était empressée de réclamer un 21e train de sanctions après avoir approuvé le 20e en avril, s’est contenté d’évoquer les « prochaines étapes » pour accentuer la pression sur Moscou, sans encore faire mention d’un 22e train de sanctions.

Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :


Les capitales


PARIS 🇫🇷 | MADRID 🇪🇸

La France et l’Espagne ont gagné du terrain face à certains des pires feux de forêt d’Europe, permettant à de nombreux évacués de rentrer chez eux après la fuite de centaines de milliers de personnes. Mais de nouveaux incendies se sont propagés ailleurs en Europe : la Grèce a mis en garde contre des « jours difficiles » après la mort de trois pompiers, tandis que des incendies font également rage au Portugal, en Turquie et en Grande-Bretagne. Les scientifiques affirment que le changement climatique accentue l’intensité de ces incendies.

– Christina Zhao

BERLIN 🇩🇪

L’Allemagne a enregistré environ 9 800 décès liés à la chaleur au 19 juillet, selon l’Institut Robert Koch, dont plus de la moitié sont liés à la vague de chaleur qui a frappé le pays dans la seconde moitié du mois de juin. L’institut a estimé à environ 7 900 le nombre de décès liés à la chaleur entre début avril et le 12 juillet, auxquels s’ajoutent 1 900 décès enregistrés au cours de la semaine suivante, du 13 au 19 juillet.

– Björn Stritzel

REYKJAVÍK 🇮🇸

Un nouveau sondage montre que 53 % des Islandais ont l’intention de voter en faveur de la reprise des négociations d’adhésion à l’UE, contre 47 % qui s’y opposent, alors que le vote par anticipation débute en vue du référendum du 29 août. Bien que le résultat ne soit pas juridiquement contraignant, le gouvernement s’est engagé à le respecter. La Première ministre Kristrún Frostadóttir, qui dirige une coalition tripartite, espère conclure les négociations d’adhésion dans un délai de deux ans si les électeurs soutiennent la proposition, avant d’organiser un deuxième référendum sur tout accord d’adhésion.

– David Mac Dougall

VARSOVIE 🇵🇱

L’ancien Premier ministre Mateusz Morawiecki allume aujourd’hui le barbecue à Varsovie à l’occasion du premier grand rassemblement de son nouveau mouvement Rozwój Plus, avec au menu des kiełbasa grillées au charbon de bois et une politique conservatrice, quelques jours seulement après sa scission du parti nationaliste Droit et Justice (PiS). Cet événement, axé sur la sécurité, la démographie et la politique historique, permettra de tester le soutien dont bénéficie ce mouvement dissident, alors que tant le PiS que les alliés du Premier ministre Donald Tusk évaluent son impact électoral. Lisez l’article complet.

– Karolina Wójcicka

BUCAREST 🇷🇴

La Roumanie restera le plus fervent soutien de la Moldavie au sein de l’UE, a déclaré le Premier ministre par intérim Ilie Bolojan à l’issue d’entretiens à Bucarest avec son homologue moldave, Vasile Tofan. Les deux hommes ont abordé la candidature à l’adhésion de la Moldavie, les liaisons énergétiques et de transport, ainsi que la sécurité régionale. Bolojan a indiqué que la Roumanie espère que l’UE ouvrira d’ici la fin de l’année les négociations sur les quatre derniers volets d’adhésion de la Moldavie, tout en faisant avancer les projets transfrontaliers dans les domaines de l’énergie et des infrastructures.

– Charles Szumski


Editrices.teurs : Eddy Wax, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski

Contributeurs.trices : Inés Fernández-Pontes, Nikolaus J. Kurmayer, Elisa Braun, Thomas Moller-Nielsen, Pietro Guastamacchia

Traductrice : Clara Vassent