L'Europe intensifie la pression sur l'Iran
Les gouvernements européens se sont mis d'accord sur le principe d'interdire les importations de pétrole iranien, ont affirmé des diplomates. Il pourrait s'agir d'un réel coup dur pour Téhéran à quelques mois des élections.
Les gouvernements européens se sont mis d'accord sur le principe d'interdire les importations de pétrole iranien, ont affirmé des diplomates. Il pourrait s'agir d'un réel coup dur pour Téhéran à quelques mois des élections.
L'Union européenne a décidé hier (4 janvier) d'imposer un embargo sur le pétrole iranien. Cet embargo et les mesures financières strictes imposées par le président américain, Barack Obama, le soir du réveillon du Nouvel An constituent une réelle campagne occidentale concertée visant à imposer des sanctions à l'Iran en raison de son programme nucléaire.
L'Iran martèle que son programme nucléaire est strictement pacifique, mais les pays occidentaux arguent qu'un rapport de l'ONU de novembre dernier montre que le pays cherche à se doter de la bombe atomique. Les discussions entre Téhéran et les principales puissances ont été interrompues il y a un an.
Certains diplomates ont expliqué que des envoyés de l'UE avaient mené des pourparlers sur la situation de l'Iran fin décembre et que toutes les objections à un embargo pétrolier avaient été levées, notamment du côté de la Grèce endettée qui dépend de l'Iran pour un tiers de son pétrole et qui dépend donc de l'indulgence de Téhéran. L'Espagne et l'Italie sont également de gros acheteurs de pétrole iranien.
« Beaucoup de progrès ont été faits », a déclaré un diplomate de l'UE qui s'est exprimé sous le couvert de l'anonymat. « Le principe d'un embargo pétrolier fait consensus. Il ne fait plus l’objet de débats. »
Des diplomates européens à Bruxelles ont affirmé que les Etats membres ne s'étaient pas encore mis d'accord sur l'entrée en vigueur de l'embargo et qu'ils débattaient encore de la possibilité de mettre en place d'autres sanctions.
La France a déclaré qu'elle souhaitait que l'embargo ainsi que d'autres sanctions soient adoptés lors de la réunion des ministres européens des affaires étrangères à la fin de ce mois-ci. Paris réclame également un gel des transactions avec la banque centrale iranienne similaire à celui imposé par Washington.
Le premier ministre italien, Mario Monti, a déclaré que son pays était prêt à soutenir un embargo pétrolier à condition qu'il soit mis en place progressivement et que les livraisons visant à rembourser les dettes que Téhéran a contractées auprès de l'entreprise énergétique ENI en soient exemptées.
Les Etats-Unis saluent la nouvelle
La porte-parole du département d'Etat américain, Victoria Nuland, a déclaré à propos de la décision de l'UE : « C'est le genre d'initiatives qu'on aimerait voir adoptées non seulement par nos alliés proches et partenaires tels que l'Europe, mais aussi par différents pays à travers le monde. »
« Nous pensons que cela [est] cohérent avec une stratégie d'étranglement économique de l'Iran », a-t-elle ajouté.
Un fonctionnaire du Trésor américain a affirmé que les recettes pétrolières de Téhéran pourraient être amenuisées sans que cela ne perturbe gravement les marchés pétroliers mondiaux.
Cet embargo forcera Téhéran à trouver d'autres acheteurs pour son brut. Les pays de l'UE achètent environ 450 000 des 2,6 millions de barils par jour (bpj) exportés par l'Iran. L'Union européenne arrive donc à la deuxième place, après la Chine, dans le classement des plus gros acheteurs de pétrole iranien.
Téhéran minimise l'impact des sanctions
Téhéran a insisté sur le fait que le pays ne souffrirait pas de ces mesures : « Nous pourrions très facilement trouver d'autres clients », a affirmé S.M. Qamsari, le directeur international de la National Iranian Oil Co.
Les nouvelles sanctions américaines ont cependant déjà compliqué la tâche de l'Iran qui peine à conserver ses clients, ce qui pourrait l'obliger à baisser ses prix pour les pays restants.
Son plus grand partenaire commercial, la Chine, se montre intraitable dans les négociations et a réduit ses commandes de pétrole iranien de plus de moitié ce mois-ci.
Les pays occidentaux imposent des sanctions à l'Iran depuis des années, mais elles n'ont que peu d'impact. Toutefois, ces récentes mesures ne sont pas du même acabit : elles visent directement l'industrie pétrolière iranienne qui représente 60 % de son économie.
La plupart des acteurs du marché sont persuadés que l'Iran continuera de trouver des acheteurs pour son brut, notamment en Asie, mais Téhéran devra se résoudre à opérer d'importantes ristournes, ce qui réduira les recettes sur lesquelles l'Etat compte pour subvenir aux besoins fondamentaux de ses citoyens.
Ces sanctions plus strictes auraient déjà un impact pour la population, dans la mesure où les prix des aliments grimpent en flèche. Le rial a perdu 40 % de sa valeur par rapport au dollar au cours du mois dernier.
Le marché des changes iranien reste très perturbé et les citoyens font la queue pour retirer leurs économies des banques et acheter des dollars.
La population souffre de ces difficultés économiques à deux mois des élections législatives, les premières dans le pays depuis les élections présidentielles de 2009 qui avait donné lieu à des manifestations de masse dans les rues, réprimées dans la violence par le pouvoir.
Les dirigeants iraniens craignent un soulèvement populaire, surtout après que les révoltes du printemps arabe ont révélé l'année dernière la vulnérabilité des gouvernements du Moyen-Orient face à ce genre de manifestation.
L'Iran a prévenu que toute mesure visant à réduire ses exportations de pétrole pourrait entraîner des perturbations majeures sur les marchés pétroliers internationaux en ces temps de crise économique. Le pays commence également à se montrer de plus en plus menaçant d'un point de vue militaire depuis quelques semaines.