L'euroscepticisme britannique est un mythe [FR]
Reijo Kemppinen, le chef de la représentation de la Commission au Royaume-Uni, a l'intention de mettre un terme au débat inutile 'être ou ne pas être' qui a lieu dans cet Etat membre.
Reijo Kemppinen, le chef de la représentation de la Commission au Royaume-Uni, a l’intention de mettre un terme au débat inutile ‘être ou ne pas être’ qui a lieu dans cet Etat membre.
Une part importante du grand programme de la commissaire chargée de la communication, Margot Wallström, pour rétablir le contact entre l’UE et ses citoyens est de donner des pouvoirs aux représentations de la Commission dans les Etats membres. Elle a ainsi commencé par envoyer au front Reijo Kemppinen, ancien responsable du service presse de la Commission sous la présidence de Romano Prodi.
Dans une interview exclusive accordée à EURACTIV, ce grand Finlandais au franc-parler soutient que l’euroscepticisme généralement reconnu des Britanniques est en partie un mythe : « Les Britanniques et la presse au Royaume-Uni ont été encouragés à penser qu’ils sont pour une raison ou pour une autre particulièrement eurosceptiques. Je ne suis pas sûr que la presse tabloïd britannique traite l’UE différemment de la façon dont elle traite Tony Blair et ses ministres. Les médias britanniques sont très commercialisés et politisés, c’est ainsi. Il est inutile de tenter de remettre en question cela. »
« Cependant, il serait faux de dire que le Royaume-Uni en tant que tel est plus eurosceptique que les autres. En effet, les statistiques n’indiquent plus cette tendance. Nous avons des pays dans l’UE qui sont au moins autant, si ce n’est plus eurosceptiques que le Royaume-Uni. Selon la définition qu’on a d’eurosceptique, je suppose que plus de la moitié de l’Europe l’est! Les Britanniques ont peut-être d’importantes réserves quant à la façon dont les institutions fonctionnent et dont elles ont été établies, mais je ne pense pas que les gens remettent en cause l’idée d’avoir une Union européenne, il s’agit plus de savoir quelle sorte d’Union. »
M. Kemppinen rejette également la notion selon laquelle il a été envoyé sur une ‘mission impossible’ pour convertir les Britanniques :
« Je ne suis pas un missionnaire. Mon travail ne consiste pas à convertir ou prêcher les gens. Je ne suis absolument pas intéressé par l’idée de vendre ou de promouvoir des histoires positives sur l’UE. Je pense que l’époque où il était utile de débattre sur la question de savoir si l’UE est une bonne ou une mauvaise chose est terminée. Nous avons besoin d’un débat politique. »
Cela signifie-t-il que vous ne perdez pas de temps à demander aux éditeurs de corriger des informations erronées?
« J’envoie effectivement entre une et trois lettres aux éditeurs chaque semaine, et au moins, ils les publient. Il s’agit d’une part importante du travail de base, mais cela ne fait pas partie d’un effort proactif de communication qui doit prendre les problèmes à leur racine, avant qu’ils soient publiés. »
Qu’entendez-vous par travail proactif?
« La Commission reconnaît le fait que l’Europe a profondément changé. L’UE ne peut que communiquer davantage avec ses citoyens. Ce n’est pas nouveau mais c’est une obligation à l’époque où l’on vit. »
« Nous avons déjà commencé à établir des contacts avec les médias locaux et régionaux plutôt que de se contenter de contacts avec les médias situés à Londres uniquement. J’établis ainsi ces contacts en me rendant notamment dans diverses régions du Royaume-Uni et en donnant des interviews aux médias pour expliquer ce que telle ou telle proposition de l’UE signifiera pour cette région. Il s’agit d’un virage à 180 degrés. Nous ne vendons pas l’UE mais proposons l’UE comme une solution aux défis auxquels nous sommes actuellement confrontés. »
« Nous voulons également renforcer le dialogue avec la Chambre des communes et la Chambre des lords. Nous souhaitons contribuer à renforcer leurs activités de surveillance en faisant venir davantage de commissaires ou d’experts de Bruxelles pour qu’ils soient entendus ou interrogés par différents comités spéciaux. Nous faisions déjà cela auparavant mais nous voulons développer cette pratique pour qu’elle devienne plus systématique. »
Est-ce que les articles à votre sujet sont différents de ceux des médias situés à Londres?
« Les médias londoniens préfèrent la controverse que la diffusion d’informations. C’est un fait avéré. Les questions européennes que nous souhaitons communiquer sont ainsi souvent cachées derrière la controverse que ces dernières ont suscité. Les journalistes se préoccuperont plus de savoir pourquoi ce n’est pas une bonne chose sans présenter les effets de la proposition. Ils empêchent les Britanniques de se faire leur propre opinion. D’expérience, les médias régionaux sont beaucoup plus réceptifs aux faits et examinent tous les aspects d’une proposition avant de se faire une opinion. Il en va de même pour les médias spécialisés. Un journaliste qui s’intéresse, par exemple, à la politique énergétique n’abordera pas une question en se demandant si l’UE est une bonne chose ou non. »
Comment évalueriez-vous votre succès dans trois ans?
« Nous voulons rétablir notre présence au Royaume-Uni afin de devenir une sorte d’épicentre du débat européen. Sans faire de concurrence aux think tanks, nous souhaitons offrir nos services à toutes les personnes et tous les partis pour faire de la représentation britannique le lieu à qui s’adresser à chaque fois que des questions relatives à l’UE sont débattues ou que des informations sur l’UE sont nécessaires. Nous souhaitons également promouvoir le débat et en faire partie. Nous voulons créer des centres de débat par le biais du réseau d’informations Europe Direct, qui sera lancé en mai. Entre 15 et 20 centres devraient ainsi ouvrir au Royaume-Uni. »
« Généralement, nous souhaitons être plus visibles en tant que source d’informations pour les médias. Je suis moins intéressé par un débat existentiel pour déterminer si l’Europe est une bonne chose ou non. Mais je veux offrir mes services pour expliquer ce que telle ou telle politique européenne signifie dans la vie des Britanniques. Je considère que nous pouvons contribuer à mettre un terme au débat inutile ‘être ou ne pas être’ et orienter davantage le débat sur les défis auxquels tous les pays européens sont confrontés, y compris le Royaume-Uni (manques d’approvisionnement en énergie, réchauffement climatique, lutte contre le terrorisme) et ce que l’UE peut faire pour relever ces défis. »