L’Italie exposée à un risque comparable à celui de la Grèce, selon Mario Monti

L’Italie a été exposée à un risque de faillite comparable à celui de la Grèce. L’avenir de l’euro aurait pu être compromis si des mesures d’austérité n’avaient pas été approuvées par le gouvernement, a déclaré hier (5 décembre) Mario Monti. Le premier ministre a ensuite appelé ses partenaires européens faire leur part du boulot.

EURACTIV.com / Reuters
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L’Italie a été exposée à un risque de faillite comparable à celui de la Grèce. L’avenir de l’euro aurait pu être compromis si des mesures d’austérité n’avaient pas été approuvées par le gouvernement, a déclaré hier (5 décembre) Mario Monti. Le premier ministre a ensuite appelé ses partenaires européens faire leur part du boulot.

L'annonce du plan de M. Monti dimanche est survenue à la veille du début d'une des semaines les plus importantes depuis le lancement de l'euro il y a plus de dix ans. Cette semaine cruciale se terminera avec un sommet des leaders européens à Bruxelles jeudi et vendredi. Les dirigeants tenteront d'y élaborer une série de mesures pour enrayer la crise.

« Si l'Italie ne parvenait pas à renverser la spirale négative de la croissance de sa dette et à regagner la confiance des marchés internationaux, les conséquences seraient dramatiques et pourraient aller jusqu'à mettre en péril la survie de la monnaie commune », a déclaré M. Monti au parlement.

« L’Italie est prête à prendre ses responsabilités, mais l'Europe doit faire sa part du boulot », a-t-il affirmé.

Cette série de mesures, intitulée « Salvare l'Italia » par Mario Monti, a pour objectif de lever plus de 10 milliards d'euros grâce à un impôt foncier, d'appliquer une nouvelle taxe sur les produits de luxe tels que les yachts, d'augmenter la taxe sur la valeur ajoutée, de lutter contre l'évasion fiscale et de reculer l'âge de la retraite.

« Sans cette série de mesures, nous pensons que l'Italie se serait effondrée, que l'Italie se serait retrouvée dans la même situation que la Grèce », a déclaré M. Monti à la presse avant de se rendre au parlement pour présenter son plan à l'assemblée.

Il a reconnu que ces mesures pèseraient sur l'économie fragile du pays qui, selon la plupart des analystes, est déjà en récession. Il a toutefois affirmé que sans ces mesures, la situation aurait été encore pire.

Alors que l'Italie subit déjà des pressions pour mettre en oeuvre rapidement ses réformes, l'agence Standard & Poor's a prévenu qu'elle pourrait abaisser sa notation de crédit dans le cadre d'une dégradation de masse des pays de la zone euro si les leaders de l'UE ne parvenaient pas à résoudre la crise de la dette.

« Nous estimons que les risques augmentent quant aux perspectives de croissance et à la stabilité financière de l'Italie; nous pensons cependant que le nouveau gouvernement Monti a montré son engagement envers l'application de réformes favorables à la croissance et à la continuité de la consolidation budgétaire », a expliqué S&P dans un communiqué.

L'agence de notation n'a pas fait mention de la série de mesures d'austérité dévoilée dimanche.

Ces réformes, rassemblées dans un décret d'urgence qui prend effet avant l'approbation officielle du parlement, devraient jouir du soutien de la plupart des partis, à l'exception de la Ligue du Nord, un parti régional.

L'Italie, la troisième économie de la zone euro, est au cœur de la crise de la dette depuis que ses coûts d'emprunt ont approché des niveaux de ceux qui ont poussé l'Irlande, la Grèce et le Portugal à faire appel à l'aide internationale.

Les marchés ont bien accueilli ces nouvelles mesures qui, selon les analystes, devraient se révéler suffisantes pour convaincre la Banque centrale européenne de continuer d'acheter des obligations italiennes sur les marchés, afin d'éviter que les coûts d'emprunt ne grimpent.

Les rendements des obligations italiennes à 10 ans sont descendus à 6 %, environ un point de pourcentage de moins que la semaine dernière, tandis que l'écart entre les emprunts italiens et les Bunds allemands, référence dans la zone euro, est retombé sous la barre des 400 points de base, des niveaux qui n'avaient pas été enregistrés depuis le mois d'octobre.

Les syndicats menacent de faire grève

La communauté internationale a également salué ces mesures. Le premier ministre néerlandais, Mark Rutte, qui a rencontré M. Monti à Rome lundi matin, la Commission européenne et l'Organisation de coopération et de développement économiques ont tous bien accueilli le plan de M. Monti.

Toutefois, le gouvernement technocratique de M. Monti pourrait devoir affronter une opposition féroce, comme le montre l'appel à la grève des trois principaux syndicats du pays. Ils souhaitent en effet manifester le 12 décembre pour protester contre des mesures qui, selon eux, sont trop strictes vis-à-vis des retraités et des travailleurs salariés.

CGIL, le plus grand syndicat italien, a affirmé qu'il organiserait des rassemblements lors d'une grève de quatre heures, tandis que les syndicats plus modérés CISL et UIL prévoient une autre grève de deux heures le même jour.

M. Monti, dont la retenue contraste avec le style provocateur de son prédécesseur, Silvio Berlusconi, a déclaré que l'Italie souhaitait faire partie intégrante de l'Europe et qu'aucun pays ne devrait faire cavalier seul.

Il a affirmé que les mesures d'austérité de son gouvernement contribueraient à une solution impliquant le fonds de sauvetage de la zone euro, le Fonds monétaire international et la Banque centrale européenne, et il a soutenu les propositions franco-allemandes pour un contrôle plus strict des budgets nationaux.

« Je pense qu'il serait tout à fait logique que la Commission européenne dispose des mêmes pouvoirs dans le domaine du budget que dans le domaine de la concurrence », a-t-il expliqué à la presse.

M. Monti, nommé à la tête d'un gouvernement de technocrates le mois dernier, devait à tout prix présenter des mesures concrètes pour rassurer les marchés quant à la dette considérable de son pays.

Il a décidé de respecter la promesse de M. Berlusconi d'arriver à un budget à l'équilibre d'ici 2013, malgré des signaux indiquant que l'Italie se dirige vers une récession. Une récession mettrait clairement des bâtons dans les roues du premier ministre s'agissant de réduire une dette publique qui représente actuellement 120 % du PIB.

Le vice-ministre de l'économie, Vittorio Grilli, a affirmé que les mesures présentées dimanche permettraient d'atteindre l'objectif de déficit, même si le PIB italien venait à se contracter de 0,4-0,5 % en 2012.

Le plan de M. Monti comprend 20 milliards d'euros de resserrement budgétaire et 10 milliards d'euros supplémentaires qui seront injectés dans l'économie sous la forme de mesures visant à aider les entreprises et à relancer la croissance.