L’Italie se dirige vers une impasse politique et une instabilité

Les résultats des élections italiennes indiquent une plus grande instabilité et une impasse entre coalitions, car ni Pier Luigi Bersani ni Silvio Berlusconi n’ont remporté la majorité dans aucune des chambres législatives. Le Mouvement cinq étoiles, emmené par Beppe Grillo, apparaît comme le plus grand parti unique en Italie.

EURACTIV.fr
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Les résultats des élections italiennes indiquent une plus grande instabilité et une impasse entre coalitions, car ni Pier Luigi Bersani ni Silvio Berlusconi n’ont remporté la majorité dans aucune des chambres législatives. Le Mouvement cinq étoiles, emmené par Beppe Grillo, apparaît comme le plus grand parti unique en Italie.

 

L'Italie reste sérieusement fragmentée après les élections nationales organisées dimanche et lundi (24 et 25 février). Les coalitions de centre-gauche et de centre-droit divisent en effet les deux chambres de manière électorale.

La coalition de centre-gauche, emmené par Pier Luigi Bersani, est créditée de 31,6 % au Sénat et de 29,5 % à la Chambre des députés. Le centre-droit, sous la houlette de Silvio Berlusconi, a remporté 30,7 % des voix au Sénat et 29,18 % à la chambre basse alors que Beppe Grillo, et son Mouvement cinq étoiles a obtenu respectivement 23,7 % et 25,55 %.

Le parti emmené par le premier ministre sortant Mario Monti, Choix civique, a récolté 9,1 % des voix au Sénat et 10,5 % à la Chambre des députés.

En raison du droit électoral italien et de la répartition divisée, il est peu probable que des coalitions fortes émergent, ce qui présage un parlement sans majorité et de nouvelles élections dans les prochains mois.

« Les craintes de tout le monde se sont matérialisées et l'Italie reste ingouvernable. M. Bersani s’est allié à Nichi Vendola, qui n’exprime pas vraiment les mêmes opinions que M. Monti, alors que les autres partenaires de coalition du parti de M. Monti semblent aussi très instables », a déclaré Marco Incerti, chercheur au Centre d'études de la politique européenne, à EURACTIV.

« Il s'agit fondamentalement d'un bloc et le centre-gauche a besoin de Mario Monti et des autres, ce qui rend la coalition encore plus instable et improbable. Il ne faut pas oublier que les petits partisans qui composent le parti de M. Monti et la base de M. Bersani représentent un mélange de partis qui ne partagent pas la même idéologie et qui tendent à se contredire sur plusieurs sujets. C'est une autre raison sérieuse d'impasse, au-delà des résultats des élections », a-t-il indiqué.

L'Italie ingouvernable ?

D'après les sondages effectués à la sortie des bureaux de vote, l'Italie semble mal préparée à entamer des négociations sur des coalitions éventuelles au Parlement. Les Italiens devraient peut-être revoter dans les prochains mois.

« Si M. Bersani compte sur M. Monti, la coalition sera très instable, en partie à cause de son caractère hétérogène », a affirmé M. Incerti. « M. Vendola, le partenaire de coalition de M. Bersani, était communiste, alors que le soutien de M. Monti vient de Pier Ferdinando Casini et de Gianfranco Fini, qui ont auparavant tous deux participé à différentes coalitions constituées notamment du centre et de l'extrême droite », a-t-il poursuivi.

Toutes les coalitions, dont le centre-gauche et le groupe centriste de M. Monti, expriment des points de vue idéologique différents, notamment sur les politiques d'austérité, la monnaie européenne et l'imposition. Le succès du Mouvement cinq étoiles soulève des craintes quant à l'avenir économique de l'Italie, car plusieurs membres de ce parti ont exprimé des idées eurosceptiques.

Les marchés ont réagi fortement à l'incertitude.

« Beppe Grillo constituera une menace pour la stabilité économique, car les marchés financiers réagissent mal à des candidats incroyables et eurosceptiques, dont Silvio Berlusconi », a déclaré Salvatore Morelli, maître de conférence en économie à l'université d'Oxford.

« Les résultats électoraux sont dangereux parce que M. Berlusconi a promis des rabais et le retour des impôts collectés depuis 2012. L'impôt municipal sur l'immobilier (IMU) représente environ la moitié de la politique de M. Monti en 2012, ce qui signifie que si M. Berlusconi ou toute autre coalition effleure ces promesses en remboursant les 11 milliards depuis 2012, en ne demandant pas davantage pour 2013, et l'Italie perdra 20 milliards d’euros et devra prélever des impôts ailleurs », a-t-il indiqué.

« En fin de compte, nous avons un accord européen et nous devons être à la hauteur. Vous ne pouvez pas vous en débarrasser. Et si cela arrive, ce sera une pente glissante [qui entraînera] une réaction d'instabilité en chaîne, en raison de l'incidence négative de la crédibilité des marchés financiers et des taux d'intérêt », a-t-il affirmé.

L'Italie a devant elle des politiques économiques sérieuses et nécessaires, ce qui représente l'une des raisons probables d'instabilité, a poursuivi M. Morelli.

« D'un côté, elle doit s'assurer que ses politiques sont cohérentes par rapport aux marchés financiers et au pacte budgétaire. De nouvelles [mesures] d'austérité n'aident pas nécessairement, alors que des impôts supplémentaires et moins de dépenses contribuent également à la récession. Il s'agit d'un cercle vicieux et l'incidence pourrait aussi être négative pour la croissance et la situation économique italienne, ce qui empêcherait encore plus l'Italie de respecter son accord sur le pacte budgétaire avec l'Europe. »

« Tout cela alors que les coalitions gouvernementales restent incertaines. C'est comme un serpent qui se mord la queue », a-t-il indiqué.