L'Italie se fait remonter les bretelles au sommet de l'UE
Le président français, Nicolas Sarkozy, et la chancelière allemande, Angela Merkel, ont exhorté hier (23 octobre) le premier ministre italien, Silvio Berlusconi, à mettre en œuvre des réformes économiques visant à rassurer les marchés.
Le président français, Nicolas Sarkozy, et la chancelière allemande, Angela Merkel, ont exhorté hier (23 octobre) le premier ministre italien, Silvio Berlusconi, à mettre en œuvre des réformes économiques visant à rassurer les marchés.
Lors de la conférence de presse commune suite à la réunion des 27 chefs d'Etat et de gouvernement, les journalistes ont sommé M. Sarkozy et Mme Merkel de commenter le résultat de leur réunion en marge du sommet avec le premier ministre italien, Silvio Berlusconi.
La conjugaison d'une croissance lente, d'une énorme dette publique d'environ 1900 milliards d'euros (120 % du PIB) et d'une coalition au pouvoir en difficulté n'a de cesse d'alarmer les marchés financiers. L'Italie, un pays instable sur le plan politique, aurait besoin d’un minimum de 600 milliards d'euros dans le cas d'un renflouement (voir « Contexte »), une somme trop importante pour le fonds de sauvetage de la zone euro qui ne dispose que de 440 milliards d'euros.
Le gouvernement a adopté le mois dernier un ensemble de mesures d'austérité s'élevant à 60 milliards d'euros, ce qui lui a permis d'avancer d'un an son objectif d'équilibre budgétaire initial, en échange du soutien de la BCE sur son marché obligataire.
Cependant, de nombreux acteurs du marché craignent que le pays ne puisse pas mettre en oeuvre ces mesures d'austérité.
M. Sarkozy a affirmé que l'Espagne, précédemment mise dans le même panier que l'Italie, avait réalisé d'importants progrès. « Grâce aux efforts de M. Zapatero [le premier ministre espagnol] et au sens des responsabilités de l'opposition espagnole de M. Mariano Rajoy, l'Espagne n'est plus en première ligne », a-t-il affirmé.
Son langage corporel a toutefois fait transparaître qu'il n'était pas autant convaincu des progrès de l'Italie.
Lorsqu'un journaliste lui a demandé si le premier ministre italien avait fourni de nouvelles garanties quant à la mise en oeuvre de réformes économiques et s'il sortait rassuré de sa réunion avec lui, il est resté silencieux quelques secondes, se tournant vers Mme Merkel, ce qui a fait rire les journalistes rassemblés pour l'évènement.
« Nous étions ensemble dans ce rendez-vous », a-t-il répondu, avant d'ajouter : « Nous faisons confiance au sens de la responsabilité de l'ensemble des autorités italiennes politiques, financières et économiques ».
Pour sa part, Mme Merkel a été très claire sur le fait que l'Italie était un pays très important pour l'UE.
« C'est une réunion entre amis. Nous devons clairement nous faire confiance. L'Italie est un pays fort sur le plan économique, mais elle souffre également d'une énorme dette qui devra être réduite de manière crédible et durable au cours des prochaines années.
« Problème de démocratie »
Sans toutefois nommer la Grèce, le plus mauvais élève, ou l'Italie, M. Sarkozy a longuement discouru sur les pays qui ont été admis dans la zone euro alors qu'ils n'étaient pas encore prêts à cela. Il a insisté sur le fait que ce problème avait été hérité des dirigeants précédents.
Il a expliqué qu'il s'agissait d'un « problème de démocratie », dans la mesure où les dirigeants de la France et de l'Allemagne n'ont pas de mandat pour diriger ces pays, mais qu'ils sont obligés et déterminés à leur demander de faire des efforts et des sacrifices.
La coalition de centre-droit de M. Berlusconi reste très divisée sur bon nombre de questions politiques et personnelles, d'autant plus que les scandales concernant le premier ministre ne sont pas rares.
Certains économistes et chefs d'entreprise affirment que l'Italie devrait être dirigée par un gouvernement de technocrates qui pourraient élaborer des mesures visant à diminuer la dette publique du pays (environ 1900 milliards d'euros) et à relancer la croissance la plus faible de la zone euro.
Les leaders de l'opposition ont à plusieurs reprises demandé au gouvernement de démissionner suite à sa mauvaise gestion de la crise, et nombreux sont ceux qui pensent que M. Berlusconi sera obligé de quitter le pouvoir avant la fin de son mandat en 2013. Toutefois, plusieurs motions de confiance au parlement italien ont permis au premier ministre de rester à la tête du pays.