L'OTAN met en garde contre des frappes sur le « Grand fleuve » libyen

Les frappes aériennes menées par l'OTAN en Libye pourraient engendrer un désastre humanitaire et écologique si elles portaient atteinte à l'immense projet de Grand fleuve artificiel qui facilite la production agricole au milieu du désert du Sahara et fournit de l'eau potable à plus de 70 % de la population libyenne.

manmade.jpg
manmade.jpg

Les frappes aériennes menées par l'OTAN en Libye pourraient engendrer un désastre humanitaire et écologique si elles portaient atteinte à l'immense projet de Grand fleuve artificiel qui facilite la production agricole au milieu du désert du Sahara et fournit de l'eau potable à plus de 70 % de la population libyenne.

Le projet de Grand fleuve artificiel, reconnu comme le plus grand système de transport d’eau au monde, est parmi les projets les moins connus entrepris par Mouammar Kadhafi, qui le décrit lui-même comme la huitième merveille du monde.

Le monde occidental ignore pratiquement que sous le paysage aride du pays nord-africain, se trouve en fait un réel océan d’eau douce de haute qualité, découvert par hasard dans les années 1950 lorsque l’on cherchait du pétrole au sud de la Lybie.

Le projet de fleuve artificiel a été conçu dans les années 1960 et lancé en 1984. Aujourd’hui, il compte au total 4 000 kilomètres d’aqueduc d’un diamètre de quatre mètres enterrés à une profondeur de deux à quatre mètres du sud au nord du pays.

Une eau fossile de haute qualité est pompée grâce à des centaines de puits situés à des centaines de mètres de profondeur et ensuite transportée du sud vers les zones côtières peuplées du nord, où vit et travaille la grande majorité des six millions d’habitants du pays.

Agriculture dans le désert

A un prix de plus de 23 millions d’euros, payés grâce aux pétrodollars libyens, et appartenant à l’Autorité du projet du Grand fleuve artificiel, le projet d’irrigation le plus cher de l’Histoire fait partie de l’ambition de Kadhafi de rendre la Libye autosuffisante en nourriture en irrigant des zones agricoles reculées du désert du Sahara.

Selon la Commission européenne, « plus de 70 % de l’eau issue de ce système de fleuve artificiel est vouée à l’agriculture ». 130 000 hectares de terres agricoles devraient se créer grâce à la mise en œuvre du projet.

L’océan souterrain, appelé système aquifère des grès nubiens, est le plus grand projet d’eau fossile mondial en date. La Libye le partage avec trois autres pays africains, le Tchad, le Soudan et l’Egypte. Selon les Nations unies, au rythme d’extraction actuel, le système ne devrait pas être épuisé avant mille ans.

L’année dernière, des délégations turques et libyennes se sont rencontrées à Tripoli pour discuter de la possibilité d’attribuer 60 000 hectares de terres agricoles libyennes aux investisseurs turcs pour produire du  blé et du maïs.

Réunion d’urgence

Alors que les bombes de l’OTAN continuent de tomber, une réunion d’urgence a été organisée dimanche (3 avril) par le conseil de gestion du projet de fleuve artificiel pour alerter le monde de la gravité des conséquences éventuelles d’un endommagement de l’infrastructure, selon des sources citées dans la presse.

Lors d’une conférence de presse tenue dans la centrale de contrôle ultramoderne du projet, dans la banlieue sud de Tripoli, le dirigeant du projet, Abdelmajid Gahoud, a prévenu d’un éventuel « désastre humanitaire et écologique » si l’infrastructure était touchée par des raids aériens de l’OTAN, a rapporté l’AFP.

M. Gahoud a déclaré aux journalistes que si une partie de l’infrastructure était endommagée, l’ensemble du réseau serait affecté et la quantité d’eau qui pourrait s’échapper priverait 4,5 millions de libyens d’eau potable.

Dans une déclaration conjointe suite à la réunion d’urgence, le Secrétariat libyen du Comité général populaire (ministère) sur l’agriculture et le comité exécutif du Grand fleuve artificiel ont exhorté les Nations unies et ses agences spécialisées sur la nourriture et l’environnement d’exiger que les forces de la coalition occidentale cessent de bombarder les régions de Brega, Ajdabia et Benghazi, au nord et à l’est, où le système de rivière artificiel est installé, selon certaines sources de la presse.